Brésil : Ce que la presse n’a pas dit sur l’avortement subi par une petite fille

04 Août, 2009
Provenance: fsspx.news

Le 15 mars 2009, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, a publié un communiqué à propos de l’affaire de la petite fille brésilienne « victime des pulsions criminelles de son beau-père violeur ».

 

« De retour du Brésil où j’accompagnais une délégation d’évêques et de prêtres, j’ai été tenu directement au courant de l’affaire de la petite fille brésilienne de 9 ans qui a été violée, puis a subi un avortement. Elle attendait deux jumeaux. La presse internationale s’est emparée de cette affaire dans un contexte politique particulièrement polémique. En effet, actuellement, au Brésil sont débattues des dispositions législatives tendant à élargir le droit à l’avortement. Certains lobbies se sont saisis d’une tragédie particulière pour justifier l’extension des conditions légales de l’interruption volontaire de grossesse. La manière dont cette affaire a été souvent rapportée et traitée travestit l’objectivité des faits, et instrumentalise un drame particulier. (…) Le Père Rodrigues, curé de leur paroisse, s’est dépensé sans compter pour cette famille en mobilisant toutes ses ressources pour la soutenir dans l’épreuve. Il dénonce ‘la manipulation de conscience et le manque de respect pour la vie humaine dont toute la famille a été l’objet’. »

Egalement sur le site du diocèse de Fréjus-Toulon, est publié le témoignage du Père Rodrigues, curé de Alagoinha, signé du 10 mars 2009. Le curé précise qu’aussitôt les faits tragiques connus, la justice a confié les enfants, le 27 février, à l’Institut médical légal de Caruaru, dans l’Etat de Pernambuco puis à l’Institut médical de l’enfance de Recife. C’est là que la fillette a rencontré Karolina Rodrigues, assistante sociale, qui a alors envisagé l’avortement malgré le refus de son assistante, Maria Gomès, du conseil de Alagoinha, et de celui des parents de la fillette au nom de leur conscience catholique.

Le 2 mars, se rendant à nouveau à l’Institut Médical de l’Enfance de Recife, le Père Rodrigues rencontre Karolina Rodrigues qui déclare que l’état de santé de la fillette est critique : ni le curé, ni le père de la fillette ni Maria Gomès ne pourront s’opposer à sa décision de la faire avorter. « C’est alors, explique le curé, que l’archevêque de Recife, dom José Cardoso, et l’évêque de Pesqueira, dom Franceso Biasin, se sont impliqués. Mgr Cardoso a convoqué un groupe de médecins, d’avocats, de psychologues, de juristes pour étudier la légalité de cette affaire. Lors de cette réunion, le 3 mars, à la résidence de l’archevêque, il y avait le directeur de l’Institut Médical de l’Enfance de Recife, Antonio Figueiras. Il a reconnu en public les pressions exercées par Karolina Rodrigues. Il a contacté l’hôpital pour suspendre la décision de faire avorter la petite fille. »

Mais par la suite Antonio Figueiras informera l’archevêque qu’un groupe féministe - Curumin - aurait convaincu la maman d’accepter un transfert de sa fille à l’hôpital de CISAM (centre intégral de santé Amaury de Medeiros) spécialisé dans les grossesses à risques, le 4 mars.

Le 15 mars, Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la vie, s’est exprimé dans L’Osservatore Romano en un article intitulé « Du côté de l’enfant brésilienne ». C’est « une histoire de violence quotidienne qui a fait les unes des journaux uniquement parce que l’archevêque d’Olinda et de Recife s’est hâté de déclarer l’excommunication ». « Avant de penser à l’excommunication, il était nécessaire et urgent de protéger sa vie innocente et de la ramener à un niveau d’humanité dont nous autres, hommes d’Eglise, devrions être (…) maîtres », a souligné le président de l’Académie pontificale pour la vie. « Il n’en a pas été ainsi et, malheureusement, la crédibilité de notre enseignement s’en ressent, qui semble pour beaucoup insensible, incompréhensible et dénué de miséricorde ». S’il a reconnu que la petite Brésilienne « portait en elle d’autres vies innocentes comme la sienne, bien qu’elles soient le fruit de la violence, des vies qui ont été supprimées », Mgr Fisichella a néanmoins ajouté : « cela ne suffit pas pour prononcer un jugement qui tombe comme un couperet ». Certes, a-t-il écrit : « l’avortement provoqué a été toujours condamné par la loi morale comme un acte intrinsèquement mauvais et cet enseignement demeure inchangé depuis les premiers jours de l’Église », mais « retenons qu’il n’y avait nul besoin de tant d’urgence et de publicité pour déclarer un fait qui se réalise de manière automatique », à savoir que « l’excommunication se réalise dans l’instant même où le fait se produit (latae sententiae) ».

En réponse à cet article peu bienveillant de Mgr Fisichella, l’archidiocèse de Recife a publié sur son site Internet une lettre datée du 16 mars et signée de Mgr Edvaldo Bezerra da Silva, Vicaire général de l’archidiocèse d’Olinda et Recife, P. Cicero Ferreira de Paula, chancelier de l’archidiocèse d’Olinda et Recife, P. Moises Ferreira de Lima, recteur du séminaire archidiocésain, P. Edson Rodrigues, curé d’Alagoinha, diocèse de Pesqueira, Dr. Marcio Miranda, avocat de l’archidiocèse. Ce texte est publié dans nos Documents.

Interrogé par le quotidien italien La Stampa du 7 mars 2009, le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques et président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine, a déclaré : « C’est un triste cas, mais le vrai problème est que les jumeaux conçus étaient deux personnes innocentes qui avaient le droit de vivre et qui ne pouvaient pas être supprimées ». « L’Eglise a toujours défendu la vie et doit continuer de le faire sans s’adapter aux humeurs de l’époque ou à l’opportunité politique », a-t-il poursuivi. « Il faut toujours protéger la vie, l’attaque contre l’Eglise brésilienne est injustifiée. L’excommunication pour ceux qui ont provoqué l’avortement est juste », car cette opération constitue « toujours la suppression d’une vie innocente », a expliqué le cardinal.

Samuel Pruvot, dans Famille Chrétienne du 21 mars dernier, rapporte les propos de Louis Dufaur, juriste à Sao Paulo et membre de Dos Fundatores, l’une des principales associations pro-vie du Brésil : « Le président Lula appelle de ses vœux une révolution culturelle. Comme le Parti des travailleurs ne croit plus à la révolution sur le terrain social, il la porte sur celui des mœurs ». Les tentatives du gouvernement d’élargir les possibilités d’avortements de la loi en vigueur ont été relayées depuis le début de l’année 2009 par les mouvements pro-avortement. Et l’on comprend d’autant mieux cette volonté acharnée quand elle se heurte à une opposition de 93 % des Brésiliens selon une récente étude publiée par l’Institut Tafolha, contre 3 % des sondés, selon l’Institut Ibobe, qui estiment l’avortement moralement acceptable. 

(Sources : diocese-frejus-toulon/ L’Osservatore Romano/apic/imedia/Famille Chrétienne)