Brésil : décès du cardinal Hummes, grand soutien du pape François

07 Septembre, 2022
Provenance: fsspx.news
Le cardinal Claudio Hummes

Le cardinal Claudio Hummes, archevêque émérite de São Paulo au Brésil, est décédé à l’âge de 87 ans, le 4 juillet 2022. Il avait participé, en mars 2013, au conclave qui aboutit à l’élection de son ami argentin, le cardinal Jorge Mario Bergoglio.

Bien que cela ne soit pas conforme au protocole, le pape lui demanda alors de venir avec lui à la loggia de la basilique Saint-Pierre pour sa première bénédiction à la foule. Le nouveau pape confiera quelques jours plus tard que le cardinal Hummes lui avait inspiré le nom de François en lui glissant à l’oreille, dans la chapelle Sixtine : « N’oublie pas les pauvres. »

Délégué pour l’Amazonie au sein de la conférence épiscopale brésilienne, le prélat s’est vu confier, à 85 ans, le rôle de rapporteur général du synode sur l’Amazonie (octobre 2019), dont il fut l’inspirateur.

Soutien inconditionnel des réformes entreprises par François, le cardinal Hummes disait du pape dans un entretien de 2019 à La Civiltà Cattolica : « dès le début de son pontificat, il a exhorté et encouragé l’Eglise à se lever et à ne pas rester statique et trop confiante dans sa théologie, sa vision des choses, dans une attitude défensive.

« Le passé n’est pas pétrifié, il doit toujours faire partie de l’histoire, d’une tradition qui va vers l’avenir. » A juste titre l’agence suisse cath.ch voit en Claudio Hummes une « figure clé du pontificat de François », et un « compagnon de route du pape ».

Le faiseur de papes

Sur le site katholisches.info du 5 juillet, le vaticaniste Giuseppe Nardi apporte les précisions suivantes : « C’est Hummes qui a soutenu l’archevêque de Buenos Aires dès le préconclave et qui, selon ses dires, a encouragé Jorge Mario Bergoglio lors du conclave. La préoccupation majeure du groupe secret de Saint-Gall et de l’équipe travaillant à l’élection de Bergoglio, était que leur candidat argentin puisse, comme en 2005, retirer sa candidature.

« Le cardinal Kasper avait obtenu l’assurance de Bergoglio que cela ne se reproduirait pas. Mais c’est à Hummes que revint la tâche de ne pas quitter Bergoglio dans la chapelle Sixtine. Lorsque ce dernier s’est présenté au monde en tant que nouveau pape, le “faiseur de papes” Hummes se tenait à ses côtés sur la loggia de la basilique Saint-Pierre. »

Giuseppe Nardi poursuit : « Dans le climat modifié du nouveau pontificat, Hummes a accordé en juillet 2014 au journal brésilien Zero Hora un aperçu plus profond de l’univers mental d’un “faiseur de papes”, où le “mariage homosexuel”, l’abolition du célibat et le sacerdoce des femmes ne constituent pas des problèmes, mais jouent un rôle essentiel. »

Et d’ajouter : « Cela explique pourquoi l’évêque missionnaire révolutionnaire autrichien Erwin Kräutler a trouvé en Hummes le compagnon de route déterminant pour le projet d’“Atelier amazonien”, dont l’objectif principal était l’élimination du “célibat forcé”. C’est Hummes qui lui a ouvert la porte de Santa Marta et du synode sur l’Amazonie.

« Hummes et Kräutler ont ensuite contrôlé le réseau REPAM [Réseau ecclésial pan-amazonien], créé spécialement pour le synode : Kräutler en tant que président pour le Brésil, Hummes en tant que président général.

« C’est Hummes qui, à l’été 2018, avant le synode, annonçait tour à tour, sur un ton énigmatique, que le synode “pourrait être historique” ou déclarait ouvertement que le synode “déciderait des prêtres mariés”, et que ce synode “n’était pas convoqué pour répéter ce que l’Eglise dit déjà, mais pour aller de l’avant”. En fait, le grand objectif du prélat brésilien était l’abolition du “célibat forcé”, comme il avait déjà appelé avec mépris le célibat sacerdotal, en 2010. »

Bien documenté, Giuseppe Nardi rappelle que « Hummes a célébré en marge du synode sur l’Amazonie une réédition du Pacte des catacombes de 1965. Et la veille de l’ouverture du synode, le 4 octobre 2019, a eu lieu ce qui est connu sous le nom de “danse des sorcières au Vatican” en raison de l’introduction scandaleuse de la Pachamama. »

Le défenseur du socialisme brésilien et le partisan de l’Eglise amazonienne

L’influence du cardinal Hummes sur le pape s’est aussi manifestée au plan politique, comme le signale Giuseppe Nardi : « C’est également à Hummes que l’on doit l’engagement remarqué de François en faveur de Lula da Silva.

« Le pape a soutenu la campagne “Liberté pour Lula”, lorsque l’ancien président de la République était en prison, soupçonné de corruption ; il lui a envoyé des messages de solidarité dans sa cellule de prison et s’est indigné d’un prétendu “coup d’Etat en gants blancs”, lorsque la défaite électorale des socialistes de Lula s’est profilée en 2018. »

Et de conclure : « le cardinal Hummes a travaillé jusqu’à la fin sur le projet d’une “Eglise aux racines amazoniennes”. L’exhortation post-synodale Querida Amazonia n’a certes pas apporté l’abolition du célibat qu’il espérait en Occident aussi, mais elle a tout de même apporté un instrument bergoglien qui, utilisé dans de “bonnes” conditions et avec la couverture médiatique nécessaire, offre une grande marge de manœuvre pour l’avenir.

« C’est ainsi que Hummes a encore récemment soutenu avec zèle la création de la Conferencia Eclesial de la Amazonia en tant que structure ecclésiastique parallèle. Le 10 juillet 2020, katholisches.info écrivait sur cette “révolution par la petite porte” : “La création d’institutions entièrement nouvelles ouvre la voie à l’élimination des considérations les plus ‘gênantes’ et à la poursuite plus conséquente et directe des objectifs visés. […]

« Avec cette nouvelle institution, on renoue sans transition avec l’agenda révolutionnaire que certains voyaient, ou en tout cas voulaient voir, déjà mis au placard. La nouvelle institution aurait pour mission de présenter au Vatican “un document important” sur la question de savoir comment ordonner des hommes mariés dans les “régions sans prêtres”.

« Il est clair que les objectifs sont restés inchangés et continuent d’être les suivants : création d’un nouveau rite amazonien, abolition du célibat, admission d’hommes mariés à la prêtrise, admission de femmes au sacrement de l’ordre, en tant que diaconesses – pour l’instant –, et d’autres héritages progressistes. Or c’est le cardinal Hummes qui est devenu président de la nouvelle structure parallèle. »

Tel est l’important soutien que le pape vient de perdre. Mais cette perte est déjà largement compensée par les nominations faites par François, dans la ligne tracée par le cardinal Hummes et les prélats progressistes du Groupe de Saint-Gall qui ont tant œuvré à son élection.