Brésil : les catholiques progressistes plaident la destitution de Jair Bolsonaro

04 Février, 2021
Provenance: fsspx.news
Leonardo Boff

Le Comité justice et paix de la Conférence des évêques catholiques du Brésil (CNBB) et le père Leonardo Boff – célèbre promoteur de la théologie de la libération – en appellent à la destitution du président Jair Bolsonaro, pour « négligence » dans la gestion de l’épidémie de Covid-19 qui frappe le pays.

En ce 26 janvier 2021, un groupe hétéroclite de religieux se rend à la Chambre des députés pour demander la destitution du président de la République brésilienne, Jair Bolsonaro. Ils ont donné à leur rassemblement le nom de Front de la foi, Frente da fe, en portugais.

Parmi eux, des représentants du Comité justice et paix de la Conférence des évêques catholiques du Brésil (CNBB), ainsi qu’une délégation du Conseil national des églises chrétiennes (CONIC) qui rassemble une bonne partie de la nébuleuse protestante.

« Nous sommes conscients qu’un certain nombre de nos fidèles ne sont pas favorables à notre action, mais il est important de souligner la pluralité et les contradictions qui existent dans le cadre du christianisme. Le christianisme n'est pas bolsonariste en bloc », a déclaré la « pasteure » Romi Marcia Bencke, représentante du CONIC, féministe à ses heures, et connue pour défendre l’avortement : les représentants de l’épiscopat brésiliens auraient pu choisir meilleure compagnie…

Les pétitionnaires accusent le chef de l’Etat brésilien d’avoir minimisé le problème posé par l’épidémie de Covid-19, et d’avoir oscillé « de manière irresponsable, entre le déni, le mépris, et le sabotage des politiques de prévention et de soins de santé ». Pire, Jair Bolsonaro est accusé d’avoir mis en œuvre une politique « génocidaire » : épithète hyperbolique qui ne risque pas de plaider pour la crédibilité des signataires.

« Il est urgent que notre pays se libère de cette politique qui favorise la mort. C’est pourquoi nous utilisons un moyen fondé sur notre Constitution brésilienne », déclare pour sa part Daniel Seidel, au nom de la CNBB.

Pour donner davantage de poids à son initiative, le Front de la foi a extrait de sa retraite le père Leonardo Boff, religieux franciscain de 82 ans, considéré comme l’un des chantres de la théologie de la Libération, un courant condamné en 1984 par le Saint-Siège.

A l’époque, le père Boff n’hésitait pas à proposer « le marxisme et le matérialisme historique dans la théologie ». Depuis, l’eau a coulé sous les ponts du Tibre, et désormais, le pape argentin envoie ses vœux au théologien qu’il salue comme un « frère ».

Du côté des soutiens du chef de l’Etat, on relativise : « on sait tous que ces religieux liés au CNBB sont de gauche : leur initiative n’a rien d’étonnant, on ne peut pas s’attendre à autre chose d’une opposition de gauche », explique Bibo Nunes, député membre du Parti social-libéral au pouvoir.

Et le parlementaire d’ajouter avec ironie à l’adresse du Front de la foi : « qu’ils fassent leur demande, elle prendra sa place dans une longue file d’attente, et tout cela n’aboutira nulle part ».

Il est bien probable que l’initiative n’entend pas aboutir, mais l’important est la démarche et les épithètes qui sont produits. Et il est indéniable que la démarche est d’ordre politique plutôt que religieuse, mais la théologie de la libération a depuis longtemps fait la confusion entre les deux ordres et ne s’en est toujours pas dépêtrée.