Castel Gandolfo : la guerre des vignes aura eu lieu

26 Février, 2021
Provenance: fsspx.news
Le palais pontifical de Castel Gandolfo et l'observatoire du Vatican

On se souvient de l’histoire de Noé, premier vigneron ; mais aussi de l’épisode tragique de la vigne de Naboth. En Avignon, on évoque encore avec émotion les vins de Valréas, devenus célèbres grâce au pape Jean XXII. Mais on connaît moins la pittoresque anecdote des vignes de Castel Gandolfo, qui se déroule sous les pontificats successifs de Benoît XVI et François.

Tout commence le 19 avril 2005. Vêtu d’une mozette cramoisie sur laquelle on a ajusté la lourde étole pontificale brodée d’or, Josef Ratzinger adresse son premier salut à la Ville et au monde, depuis la Loge des bénédictions.

Le pape allemand déclare notamment recevoir le souverain pontificat comme « un humble ouvrier dans la vigne du Seigneur ». Une allusion qui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd, du côté de la Confédération nationale des agriculteurs indépendants (Coldiretti).

Ces derniers offrent au nouveau pontife une vigne, ainsi que toutes les machines nécessaires à sa culture, ainsi qu’à la production du vin. Le lieu pour le futur cru pontifical est tout choisi : la résidence d’été des papes, à Castel Gandolfo.

Quelques mois plus tard, les rangées de Trebbiano – cépage blanc – et de Cesanese di Affile – cépage rouge – alternent leurs rangs sur une modeste surface de mille mètres carrés, près de la statue du Bon Pasteur et de la fontaine d’Orphée : on raconte que Benoît XVI aimait se promener là.

Mais, quatorze ans plus tard, en 2019, les moteurs des pelleteuses argentines se font entendre à Castel Gandolfo : le vignoble de Benoît XVI est arraché, découpé, détruit en quelques heures.

Au Vatican, on se renvoie la balle, ou plutôt la grappe : la faute à la direction des Musées des villas pontificales, clame-t-on oltretevere. Et qu’on n’aille surtout pas y voir un signe d’une quelconque animosité envers l’ancien pontife romain.

Le projet des Musées – qui avorte entre temps – était de construire un centre de congrès…

En 2021, nouveau rebondissement : le pape François a finalement décidé de planter à Castel Gandolfo sa vigne à lui – non loin de la précédente – et d’en confier l’exploitation à Riccardo Cotarella, président de l’Association italienne des producteurs de vin.

Le futur vignoble sera bien plus étendu que le précédent, puisqu’il doit couvrir près de deux hectares. Selon l’édition du 14 février dernier du quotidien Il Messagero, la production du vignoble papal et sa consommation seront réservées à la maison Sainte-Marthe.

La vigne du pape allemand a, quant à elle, cédé la place à une vaste roseraie, laissant Orphée en paix. Souhaitons que la guerre des roses ne dérange pas sa quiétude, sous un prochain pontificat…