Catholiques et orthodoxes à la recherche d’une date commune pour Pâques

25 Mars, 2021
Provenance: fsspx.news
La célébration de Pâques dans la cathédrale orthodoxe de Kiev

En prévision du 1 700e anniversaire du Concile de Nicée, le chef de la représentation permanente du Patriarcat de Constantinople auprès du Conseil œcuménique des Eglises (COE), préconise une réforme du calendrier orthodoxe, afin que les chrétiens célèbrent Pâques à la même date en 2025.

« Mettre sur pied une date commune pour fêter Pâques ne sera pas une tâche aisée », explique le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, qui « salue l’avance » réalisée par Job de Telmessos.

De son vrai nom Ihor Getcha, celui qui occupe symboliquement le siège de Telmessos (actuelle Turquie) est depuis 2016 le représentant permanent du Patriarcat œcuménique de Constantinople auprès du Conseil œcuménique des Eglises, à Genève.

Pour Job de Telmessos, la commémoraison du 1 700e anniversaire du Concile de Nicée, en 2025, est l’occasion rêvée de trouver une date de Pâques commune avec les catholiques, quitte à modifier le calendrier en vigueur dans les églises autocéphales de rit grec.

L’une des grandes avancées du Concile de 325 fut de régler les controverses pascales qui, dès le IIe siècle, se cristallisent autour de la date de Pâques, et empoisonnent la vie de l’Eglise.

A cette date, deux observances pascales s’opposent : l’une, suivie par toute l’Asie proconsulaire, célèbre la fête chrétienne de Pâques le même jour que l’échéance de la fête juive, le soir du 14e jour du mois de nisan, d’où son nom d’observance quartodécimane. Le célèbre évêque de Smyrne et martyr saint Polycarpe suivait cette pratique.

L’autre, se basant sur le fait que le Sauveur est ressuscité un dimanche, exige que la fête de Pâques soit célébrée le dimanche qui suit le 14 nisan : c’est l’usage qui prévaut à Rome, tel qu’il est attesté sous le règne du pape Xyste, au premier quart du IIe siècle.

Peu à peu les choses s’enveniment, et Rome voit d’un œil de moins en moins favorable ceux qu’elle nomme les Quartodécimans, car la controverse pascale n’accuse pas seulement une divergence sur la date de la fête, mais aussi une différence en ce qui concerne le jeûne préparatoire à Pâques.

Dans le courant du IIIe siècle, dans le monde latin, des cycles pascals sont calculés afin de prévoir la date de Pâques plusieurs années à l’avance : ils reposent sur le calendrier solaire, et non lunaire, afin de se démarquer davantage du peuple juif. Les écarts de date n’en deviennent que plus criants.

L’usage se répand ainsi à Rome de célébrer Pâques le dimanche après la pleine lune qui suit l’équinoxe de printemps : dès lors, Pâques tombe au plus tôt le 22 mars, et au plus tard le 25 avril.

En 314, au concile d’Arles, il est statué que tous les chrétiens devront célébrer la fête de Pâques le même jour, et que le pape, par une circulaire, en annoncerait la date chaque année.

Quelques années plus tard, le concile de Nicée répudie la manière de fixer Pâques « selon la coutume des Juifs », et fixe que tous les chrétiens devront suivre l’usage pascal auquel se conforment « la ville de Rome, l’Italie, et l’Afrique entière, les Espagnes, les Gaules, les Bretagnes, toute la Libye, la Grèce, le diocèse d’Asie, celui du Pont et de la Cilicie ».

Il faudra encore deux siècles pour que les dispositions du concile de Nicée soient acceptées par tous, et qu’on se mette d’accord sur la façon de calculer : par exemple, la fixation de la date de l’équinoxe, qui diffère alors entre Rome et Alexandrie…

Avec l’adoption du calendrier grégorien, à la fin du XVIe siècle, le problème rebondit, car les Latins et les Grecs ne célèbrent plus la fête de Pâques à la même date.

Pour sortir de l’impasse, Job de Telmessos, reprenant les résultats d’une consultation organisée à Alep en Syrie par le COE en 1997, propose en 2021 aux « orthodoxes » d’utiliser « les données astronomiques calculées selon les moyens scientifiques les plus précis possibles » et en prenant pour base de calcul « le méridien de Jérusalem ».

Ce qui reviendrait d’une part à réformer le calendrier julien, et d’autre part à se référer à Jérusalem pour le calcul de la date de Pâques.

Etant donné l’éparpillement des « églises » autocéphales dans le monde grec, et les sujétions politiques que leur statut entraîne, il est difficile d’imaginer que l’uniformisation de la date de Pâques soit pour demain…