« C’est la faute aux chrétiens ! »

05 Juin, 2021
Provenance: fsspx.news
Baba Ramdev

Dans la Rome antique, les païens, s’il survenait un malheur public, avaient pour dicton : « C’est la faute aux chrétiens ! » Il semble que les nationalistes hindous au pouvoir en Inde aient repris le même refrain. Afin de faire oublier leur gestion désastreuse de la crise sanitaire, ils orchestrent une campagne de dénigrement contre les chrétiens, accusés d’être à l’origine du coronavirus !

Le fleuve le plus sacré de l’Inde revêt depuis quelques semaines les allures d’un corbillard, charriant par milliers les corps des victimes de la Covid-19, que les familles les plus démunies n’ont pu incinérer, faute de moyens.

Le gouvernement nationaliste de Narendra Modi, impuissant à gérer la situation sanitaire, s’efforce de minimiser l’ampleur de la tragédie, afin de masquer son incompétence. Et de désigner des boucs-émissaires en guise de diversion.

Les chrétiens sont naturellement tout désignés pour jouer ce rôle dans un pays où le parti au pouvoir – le Bharatiya Janata Party (BJP) – a fait de l’extinction de toute religion non hindoue, l’un de ses principaux objectifs politiques.

Pour ce faire, le premier ministre indien peut s’appuyer sur des personnalités médiatiques de premier plan acquis à sa cause. Tel Swami Ramdev, plus connu sous le nom de Baba Ramdev, et son bras droit, Acharya Balkrishna.

Ne nous y trompons pas, ces maîtres yogis charismatiques, dont les noms sont inconnus en Occident, sont loin d’être des enfants de chœur, et arrivent à la neuvième place du classement des personnes les plus influentes en Inde. Sans parler de leur fortune qui s’évalue en milliards d’euros.

Selon les deux hommes, le coronavirus n’est rien d’autre qu’un « complot pour convertir l’Inde au christianisme et lui faire tourner le dos au yoga et à la médecine ayurvédique », tel que l’indique un tweet publié sur leur compte officiel durant le mois de mai 2021, rapidement devenu viral sur les réseaux sociaux. Du pain bénit pour Narendra Modi.

Toute « l’hindou-sphère » numérique relaye ce thème sur la toile, et bientôt, c’est le président de l’Indian Medical Association (IMA), l’un des plus importants syndicats de médecins, Johnrose Austin Jayalal, chrétien lui-même, qui est accusé de vouloir se servir de la pandémie aux fins de prosélytisme.

De son côté, Baba Ramdev l’assure : « l’allopathie a déjà tué des centaines de milliers de personnes atteintes de Covid-19, et donc les Indiens feraient bien de refuser de telles thérapies, et d’utiliser à la place les remèdes ayurvédiques produits par Patanjali ».

Patanjali est le nom de la société fondée par nos maîtres yogis, qui leur assure de juteux revenus. Elle commercialise, entre autres, le fameux Panchagavya, « remède » qui consiste en un mélange de fumier, d’urine et de lait de vache, et qui aurait déjà guéri 800 malades infectés par le SARS-CoV-2, à en croire la notice. Ou comment Panacée se trouve elle-même dépassée…

Ces propos ne font pas sourire le père Babu Joseph, ancien porte-parole de la Conférence des évêques d’Inde : « porter des accusations aussi ridicules contre un corps professionnel respecté ne fait que montrer son aversion pour tout ce qui touche au progrès. La médecine conventionnelle a fait ses preuves et sauve des millions de vies dans le monde. Le fait qu’un homme sans compétences médicales puisse la calomnier, c’est le monde à l’envers », explique le prêtre.

Souvent visés en raison de leur foi, les chrétiens d’Inde voient croître l’hostilité de la majorité hindoue à leur endroit, depuis le début d’une crise sanitaire aux effets largement sous-évalués par le pouvoir en place : au lieu des 315 235 morts officiellement annoncés le 27 mai dernier, le nombre des malades décédés se situerait dans une fourchette allant de 630 000 à 945 000.