Chine : « Le gouvernement chinois a intensifié la persécution »

19 Décembre, 2014
Provenance: fsspx.news
Cardinal Joseph Zen Ze-Kiun

Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun (sur la photo), évêque émérite de Hong Kong (depuis le 15 avril 2009), a pris part au Symposium de l’agence d’information catholique AsiaNews qui s’est tenu le 18 novembre 2014, à l’Université pontificale Urbaniana à Rome. « Nous ne devrions pas être trop optimistes avant que le gouvernement chinois ait fait un véritable changement de sa politique. Je ne vois aucun signe d’amélioration immédiate des relations entre la Chine et le Saint-Siège », a-t-il déclaré alors à l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED). Né le 13 janvier 1932 à Yang King-pang, diocèse de Shanghai, le cardinal Zen Ze-kiun explique que « le gouvernement chinois a récemment intensifié la persécution. Nous avons vu des églises être démolies, des croix être enlevées des bâtiments, nous n’avons donc pas beaucoup à espérer pour l’immédiat. L’Eglise est toujours asservie au gouvernement ».

Eglises d’Asie souligne que la campagne intitulée « Trois rectifications pour une démolition » qui a cours depuis janvier 2014 dans la province du Zhejiang, située sur la côte est de la Chine, ne faiblit pas. Officiellement cette campagne, qui doit se poursuivre jusqu’en 2015, vise à « embellir » la province en supprimant les aspects disgracieux des structures déclarées illégalement construites : des centaines d’églises catholiques et de temples protestants ont été détruits ; plus de 360 croix ont été retirées de force par les autorités locales, jugées « trop grandes et trop visibles ».

Le 15 novembre 2014, AsiaNews rapporte qu’un éditorial publié dans l’organe de presse du régime chinois déclare que « les membre du Parti communiste ne peuvent pas appartenir à une religion ». Signé de Zhu Weiqun, directeur de la Commission pour les affaires religieuses et ethniques du Parti, le texte précise que « si le niveau de moralité d’une société était dépendante de son niveau de religiosité, alors l’Europe du Moyen Age, qui était totalement sous influence du Vatican, aurait dû aller de pair avec un âge d’or de l’humanité, et il n’y aurait pas eu besoin d’une Renaissance ! ». Et d’affirmer que les intellectuels chinois qui demandent la liberté religieuse « se sont depuis longtemps convertis au christianisme ».

Le cardinal Zen considère, pour sa part, qu’une visite du pape en Chine serait inopportune : « Si l’on m’interroge à ce sujet, je lui recommanderai vivement de ne pas y aller, les circonstances actuelles ne sont pas favorables ». Car, le gouvernement chinois ne semble pas faire le moindre effort pour améliorer la situation de l’Eglise, ni les relations avec le Vatican, et un voyage pontifical serait probablement manipulé par Pékin, commente-t-il. « Ils ne laisseront pas le pape rencontrer les gens qu’il aimerait rencontrer, et ils essayeront de le forcer à rencontrer les gens qu’ils veulent qu’il rencontre. Une telle visite aurait pour unique résultat de faire souffrir des gens bien et de détourner la bienveillance du pape (des vrais catholiques) ».

Déjà lors d’un entretien avec Eglises d’Asie, publié le 23 mai 2012, le cardinal Joseph Zen Ze-kiun expliquait la situation en ces termes : « Pour tout ce qui concerne l’Eglise en Chine, nous avons à considérer trois entités : l’Eglise de Chine elle-même, le gouvernement chinois et le Saint-Siège. Il y a quelques années, nous pouvions faire montre d’un certain optimisme. Et c’est avec cet optimisme à l’esprit que la lettre du pape Benoît XVI a été écrite en 2007 (27 mai). Cet optimisme était nourri du fait que, lorsque la Chine a entamé sa politique d’ouverture fin 1979, parmi les évêques âgés encore en place et qui avaient été nommés de manière illégitime, nombreux sont ceux qui, à la faveur des nouvelles facilités de communication avec Rome, ont approché le Saint-Siège pour demander pardon et rentrer dans la communion avec l’Eglise universelle. Le Saint-Siège a été très généreux, tout en étant prudent et en menant des enquêtes précises sur ces évêques. L’avis des évêques clandestins a été demandé et, le plus souvent, ces évêques ont été légitimés avec l’accord des évêques clandestins. Pour ces évêques repentants, il a fallu faire preuve de courage pour approcher ainsi le Saint-Siège car il est évident que le gouvernement avait eu vent de leur démarche. En dépit du danger, ces évêques ont agi pour le bien de l’Eglise et le gouvernement ne les a pas sanctionnés. (…)

« Cependant, certains ont dit qu’il y avait une contradiction dans la politique du Saint-Siège : le pape nomme des évêques officiels qui sont en même temps membres de l’Association patriotique des catholiques chinois, une organisation incompatible avec la doctrine catholique. Avant la lettre du pape de 2007, il était sous-entendu que les évêques n’avaient rien à faire avec cette association incompatible avec la foi catholique. Après la lettre du pape, les choses ont été clarifiées : le pape écrit que les évêques ne doivent pas être liés à cet organisme. Pourtant, depuis 2007, rien n’a changé. C’est tout simplement le fruit des années antérieures où la Congrégation pour l’évangélisation des peuples a fait passer aux évêques chinois des messages contradictoires ou, à tout le moins, les incitant à penser qu’un certain degré de compromission avec Pékin était envisageable. Aujourd’hui, les équipes en place au Saint-Siège ont changé certes, mais nous continuons de vivre sur cet héritage. La conséquence est qu’aujourd’hui, je vois moins d’espoir pour la partie officielle de l’Eglise en Chine qu’il y a cinq ans, lorsque la lettre du pape a été publiée. Je vois des évêques moins courageux qu’autrefois, des opportunistes ainsi que Mgr Savio Hon Tai-fai (Secrétaire de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples) l’a écrit. (…)

« S’agissant des communautés clandestines, il faut dire que là aussi, les politiques erronées du Saint-Siège ont fait beaucoup de dégâts. Les héritiers de l’Ostpolitik au Vatican, par la recherche permanente du compromis avec le pouvoir en place, n’ont pas accordé suffisamment d’importance aux communautés clandestines ; ils les ont négligées, voire même considérées comme une gêne. Le résultat, c’est, par exemple, l’évêque coadjuteur de Baoding qui a été encouragé à quitter les rangs des clandestins pour rejoindre les officiels. Après tant d’années en prison, lui qui était considéré comme un héros n’a semé que la confusion et la désunion au sein du diocèse. Quelle tristesse ! ».

Nommé évêque auxiliaire clandestin de Baoding (Hebei) en 1992, Mgr François An Shuxin a été arrêté en 1996 et libéré en 2006 ; il a fait savoir trois ans plus tard qu’il adhérait à l’église patriotique afin « d’aider au développement du diocèse », tandis que l’évêque ordinaire clandestin de Baoding, Mgr Jacques Su Zhimin, arrêté le 8 octobre 1997, et dont on reste sans nouvelle depuis, demeure toujours en détention.

Le quotidien officiel chinois, le Huanqiu Shibao, a annoncé le 21 novembre dernier, que les candidats à l’épiscopat seraient choisis après accord entre la Conférence des évêques catholiques de Chine et l’Administration d’Etat pour les affaires religieuses, puis présentés au Vatican pour qu’ils soient ordonnés. L’Association patriotique des catholiques chinois a déclaré qu’elle espérait recevoir une réponse du Vatican d’ici le début de l’année 2015. Dans un article du 24 novembre signé de Dan Long, traduit par Eglises d’Asie, l’agence Ucanews invite à la plus grande prudence quant à la conclusion prochaine d’un accord entre la Chine et le Vatican : « L’article rejette toute perspective de voir dissoute l’Association patriotique des catholiques chinois, alors que le Saint-Siège tient pour illégitime le fait que l’Association patriotique s’arroge le droit de nommer les évêques. En citant deux experts pour défendre le rôle de l’Association, le Huanqiu Shibao ne fait que recourir à une tactique bien rodée qui consiste à dépeindre les agissements du Parti communiste comme étant le reflet d’une opinion universellement acceptée en Chine même. »

(Sources : apic/asianews/aed/eda – DICI n°307 du 19/12/14)