Chine : l’arrestation du cardinal Zen et l’accord Chine-Vatican

04 Juillet, 2022
Provenance: fsspx.news
Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun

Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, archevêque émérite de Hong Kong, a été arrêté nuitamment le 11 mai 2022, avec quatre militants pro-démocratie, pour « collusion avec des forces étrangères » : l’avocate et politicienne Margaret Ng, la militante et chanteuse Denise Ho, la parlementaire Cyd Ho (déjà en prison pour un autre chef d’accusation) et l’universitaire et militant Hui Po-keung.

Le Saint-Siège a publié une brève déclaration, le 11 mai, disant avoir « appris avec inquiétude la nouvelle de l’arrestation du cardinal Zen », assurant qu’il suivait « la situation avec grande attention ». Le prélat chinois âgé de 90 ans a été libéré sous caution le 11 mai au soir, ainsi que les autres inculpés, hormis Cyd Ho.

Le tribunal de West Kowloon les a accusés d’avoir omis d’enregistrer correctement un fonds humanitaire dont ils étaient les administrateurs. Le “612 Humanitarian Relief Fund”, créé en 2019, a collecté plus de 32 millions de dollars pour les frais de défense et de soins des personnes arrêtées et brutalisées lors de manifestations en faveur de la démocratie.

Le fonds a été fermé en octobre dernier, en vertu de la loi sur la sécurité nationale entrée en vigueur en juillet 2020. Les accusés ont plaidé non coupables : leurs avocats ont demandé si l’organisme de bienfaisance avait l’obligation de s’enregistrer en vertu de l’ordonnance sur les sociétés.

Le procès proprement dit débutera le 19 septembre 2022. Sans poursuites pour menaces à la sécurité nationale – apparemment –, les prévenus encourent une amende maximale de 10.000 dollars hong-kongais, soit 1.274 euros.

Cependant, Cyd Ho est déjà en prison pour avoir participé à une manifestation non autorisée, un verdict qui a frappé diverses personnalités démocrates, dont le magnat catholique Jimmy Lai emprisonné depuis décembre 2020.

L’accord sino-Vatican sera-t-il remis en question ?

L’accusation portée contre le cardinal Zen intervient trois ans et demi après la signature par le Saint-Siège d’un accord provisoire et secret avec Pékin sur la nomination des évêques. Dénoncé comme une « trahison » de l’Eglise clandestine fidèle à Rome par le cardinal chinois, cet accord a été renouvelé fin 2020 pour une durée expérimentale de deux ans qui arrivera à son terme en septembre prochain, au moment de l’ouverture du procès.

Ce qui amenait Edward Pentin, du journal américain National Catholic Register, à déclarer le 11 mai 2022 que les derniers événements permettront de « tester l’efficacité de ces accords et de déterminer s’ils ont réellement offert au Saint-Siège un pouvoir de négociation. (…)

« Le Vatican a toujours fait valoir qu’il fallait être patient avant que ces accords ne portent leurs fruits ; il sera intéressant de voir comment le Saint-Siège réagira à mesure que l’affaire du cardinal progressera », poursuit le vaticaniste. « Cette arrestation constitue également un test important pour le successeur actuel du cardinal Zen, Mgr Stephen Chow Sau-yan, en charge du diocèse depuis décembre 2021 », ajoute E. Pentin.

Mark Simon, ami et ancien associé de Jimmy Lai, a expliqué au National Catholic Register : « En ce qui concerne les catholiques, notre religion est en conflit direct avec le communisme ou toute forme de gouvernement totalitaire. Les communistes le savent, [le président chinois] Xi [Jinping] le sait, et il n’y aura donc pas de quartier. Malheureusement, le pape François et le Vatican semblent ne pas le savoir ».

Le père Gianni Criveller, des Missions étrangères italiennes et sinologue, précisait sur AsiaNews : « Cette arrestation est une terrible carte de visite pour le nouveau chef de l’exécutif John Lee – chargé d’instaurer un régime policier à Hong Kong – élu avec 99% des voix de la commission électorale spéciale, le 8 mai 2022. Lee ne prendra ses fonctions que le 1er juillet [prochain], mais ils veulent qu’il soit clair qu’il est déjà en charge, ou plutôt Pékin ». Le nouveau chef du gouvernement de Hong Kong est un ancien chef de la sécurité de Hong Kong et un fervent partisan de Pékin.

La faiblesse de la « diplomatie fluide » de François

Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican commentait : « Par-dessus tout, cette arrestation semble porter un coup sévère aux négociations en cours en vue d’un éventuel renouvellement de l’accord entre la Chine et le Saint-Siège pour la nomination des évêques. Ou peut-être s’agit-il simplement d’un avertissement : rien ne changera en Chine, pas même l’accord. (…)

« Dans des situations comme celle-ci, la “diplomatie fluide” du pape François montre toutes ses faiblesses. Le pape François se concentre davantage sur les relations personnelles que sur l’activité diplomatique institutionnelle. Pour lui, il est crucial d’ouvrir des processus, même si ceux-ci peuvent être douloureux. L’accord avec la Chine pour la nomination des évêques était l’un de ces processus. »

Et de conclure : « Une diplomatie fluide, précisément parce qu’elle est fondée sur des sentiments personnels et des relations personnelles. La diplomatie n’est donc pas influente. Le pape est volontiers mis en avant lorsqu’il parle de fraternité humaine, d’écologie, d’objectifs de développement durable.

« Cependant, le pape est laissé de côté lorsqu’il s’agit des questions importantes du monde. L’arrestation du cardinal Zen en est une autre preuve, dans une Chine où l’Eglise semble être privée de véritables points de référence. »

Le 13 juin, sur son blogue, le cardinal Zen n’hésitait pas à pourfendre la promotion du Chemin synodal en Allemagne dans un article intitulé « Discutons ensemble ! Synodalité ? Anticléricalisme ?! ».

« C’est certainement une bonne chose de promouvoir l’esprit de “discuter et marcher ensemble” dans l’Eglise, mais le mot “synodalité” a suscité une grande inquiétude chez les frères et sœurs qui savent ce qui s’est passé dans l’Eglise en Allemagne ces dernières années », affirmait-il.

Après avoir évoqué la lettre publique des quelques évêques allemands opposés au Chemin synodal, le cardinal émérite de Hong Kong, expliquait que « la synodalité absolument démocratique promue par l’Eglise allemande a en fait été introduite par l’Eglise néerlandaise après le concile Vatican II. Et au fil des ans, de telles réformes n’ont pas apporté de progrès à l’Eglise néerlandaise, mais ont entraîné un grand déclin ».

Le cardinal Joseph Zen rappelait alors avec douleur le mot d’ordre scandaleux donné dans le document émis par Rome pour ce synode : « Il y a un mal historique dans l’Eglise, appelé cléricalisme (théocratie ?). C’est le principal obstacle à la mise en œuvre de la synodalité et il doit être renversé » ! Arrêté par Pékin, le prélat est bâillonné par Rome.