Chine : l’Eglise dans les griffes du dragon rouge

03 Décembre, 2020
Provenance: fsspx.news

L’administration d’Etat pour les affaires religieuses (Sara) vient de publier un projet de « règles détaillées sur les activités religieuses étrangères en République populaire de Chine ». La mainmise de l’Etat totalitaire communiste y est si claire, qu’on se demande comment l’Eglise catholique pourrait encore subsister longtemps dans l’Empire du milieu.

C’est une litanie de quarante articles qui égrènent les directives sur les rassemblements religieux, les lieux concernés, le type de manifestation, les échanges éventuels entre étrangers et Chinois, le matériel religieux, etc.

La dernière section du document pourrait étonner, car on y évoque – au cas où une infraction serait constatée – des sanctions contenues dans les lois relatives à la sécurité publique et au contre-espionnage. Elle ne surprendra que celui qui ignore tout du communisme.

Selon Asianews qui mentionne la nouvelle le 25 novembre 2020, le soupçon qui pèse sur les activités religieuses et les compare à de « l’espionnage », est diffuse dans tout le projet.

Bien qu’il soit rappelé, pour la forme, que « la Chine respecte la liberté religieuse des étrangers sur son territoire et protège les activités religieuses conformément à la loi » (n. 4), chaque groupe, individu ou activité est, dans les faits, soumis à des conditions très strictes, vérifiées par le Bureau pour affaires religieuses à l’échelle de la ville, de la province, ou du pays.

L’activité religieuse des étrangers rendue impraticable

Pour exercer une activité religieuse en Chine, les étrangers doivent « obéir aux lois et aux réglementations chinoises ; respecter le principe d’indépendance religieuse et d’autodétermination de la Chine ; accepter la juridiction du gouvernement chinois sur la sphère religieuse » : ce qui rend impossible le culte et la foi catholique vide de sens.

Il est notamment rappelé qu’aucun étranger ne saurait « s’immiscer ou dominer les affaires des organisations religieuses chinoises » (n. 21, 1) : une attitude schismatique qui semble faire peu de de cas la juridiction suprême dont le pontife romain jouit sur tous les membres de l’Eglise.

Pour marquer davantage cette « sinisation » des religions dont le maître de l’Empire du milieu s’est fait le chantre, il est clairement indiqué que les activités religieuses des étrangers ne doivent employer que des étrangers, « même s’ils peuvent parfois utiliser le concours d’un personnel chinois, à titre temporaire, afin d’accomplir un rite ou un sacrement » (nn. 17 et 20).

Dans cette entreprise de mainmise totale du temporel sur le spirituel, il est désormais interdit aux étrangers de « créer des groupes religieux, des activités, des écoles ; de faire du prosélytisme parmi les citoyens chinois, recruter des adeptes ou accepter des dons de citoyens chinois » (n. 21). Mao a vraiment trouvé un successeur digne de lui…

Même le matériel religieux est soumis à l’autorisation du tout-puissant Sara : on ne possèdera pas plus de dix exemplaires d’un même livre, d’une brochure, d’un document audio ou vidéo.

Pour recevoir la permission d’introduire un tel matériel, encore faudra-t-il fournir une documentation expliquant le contenu, la soumettre au Sara qui jugera en dernier lieu si ledit matériel est de nature à « nuire à la sécurité nationale de la Chine », ou être « contraire aux principes chinois d’indépendance religieuse et d’autonomie gouvernementale » (n. 25).

Si des « échanges religieux et culturels » demeurent possibles, il convient que les personnalités étrangères indiquent clairement qu’elles adhèrent aux principes « d’indépendance et d’autonomie », évoqués plus haut.

Le communisme est par essence totalitaire

Bien sûr, il est désormais « criminel », rien de moins, d’avoir des relations avec des chrétiens non officiels, telle l’Eglise catholique souterraine, la seule à demeurer intégralement fidèle.

Et, ce qui n’étonnera que les ingénus, il devient difficile d’avoir des relations, sans la supervision de Sara, avec l’Eglise officielle, reconnue par le gouvernement : voilà comment Pékin récompense les catholiques qui ont accepté le petit livre rouge à côté des 4 évangiles !

La nouvelle de la publication du projet intervient peu de jours après que le pape François a évoqué la « persécution » dont l’ethnie Ouïghoure est victime de la part de Pékin, dans la province du Xinjiang (nord-ouest du pays).

Une façon pour Xi Jinping de rappeler qu’il tient fermement les rênes du pays, et de manifester au passage la faiblesse préoccupante de l’accord provisoire signé dans l’euphorie en septembre 2018, et reconduit en octobre dernier : au jeu de go – qui repose sur l’encerclement de l’adversaire – il n’est pas aisé de mettre en échec l’Empereur rouge…

Sara sonne comme le chant funèbre de l’accord entre le Vatican et la Chine et l’on croit entendre la voix de Cassandre du cardinal Zen qui écrivait il y a dix jours sur son blogue : « Comment peut-il ignorer [le cardinal Parolin] que tout le monde en Chine est à la “merci” du Parti ? »