Chine : les catholiques persécutés par Pékin, Rome se tait

31 Mai, 2021
Provenance: fsspx.news
Margaret Ng

Initialement publiées en novembre 2020 – avec une version finale en février 2021 – par l’Administration d’Etat chinoise pour les affaires religieuses (SARA), de nouvelles directives, intitulées « Mesures administratives pour le personnel religieux », sont entrées en vigueur le 1er mai 2021, a annoncé le site anglophone Crux le 3 mai 2021.

Des mesures administratives chinoises pour mieux “siniser” les religions

Ces “mesures administratives” prévoient la création d’une base de données nationale avec des informations sur le personnel religieux indiquant récompenses et punitions distribuées, et tous détails sur leur ministère, rappelle Elise Ann Allen de Crux.

Déclinées en sept chapitres de 52 articles, ces règles sont applicables à tous ceux qui exercent une fonction religieuse (évêques, prêtres, moines bouddhistes et taoïstes, etc.) et imposent à chacun d’être officiellement enregistrés auprès du gouvernement.

Tous doivent « aimer la patrie, soutenir la direction du Parti communiste chinois, soutenir le système socialiste, respecter la Constitution, les lois, les règlements et les règles ».

Le personnel religieux est également tenu de « pratiquer les valeurs fondamentales du socialisme, d’adhérer au principe d’indépendance et d’autogestion de la religion et d’adhérer à la politique religieuse de la Chine [“sinisation”], en maintenant l’unité nationale, l’unité ethnique, l’harmonie religieuse et la stabilité sociale ».

Et par conséquent chacun doit participer à la lutte contre « les activités religieuses illégales, l’extrémisme religieux et la résistance à l’infiltration par des forces étrangères qui utilisent la religion ».

L’annonce préliminaire, en novembre 2020, de ces nouvelles “mesures administratives” a eu lieu un mois après que le Vatican a renouvelé son Accord provisoire de deux ans avec la Chine sur la nomination des évêques. Un accord dont les termes n’ont jamais été rendus publics.

L’Accord du Vatican pour « garantir une vie normale dans l’Eglise en Chine »

Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, a accordé un entretien à la radio espagnole Cope, diffusé le 5 avril 2021. Il s’est en particulier exprimé sur les fruits de l’Accord entre le Vatican et la Chine. « L’Eglise en Chine représente une partie fondamentale de l’Eglise catholique et (…) tout ce qui a été fait et est en train d’être fait, vise à protéger cette communauté qui est encore petite mais qui a une grande force et vitalité », a déclaré le secrétaire d’Etat.

« Tout ce que l’on fait, c’est de garantir une vie normale dans l’Eglise en Chine » en assurant des « espaces de liberté religieuse » et de communion « car on ne peut pas vivre dans l’Eglise catholique sans communion avec le successeur de Pierre. (…) Nous regardons donc l’Eglise en Chine avec un grand respect, également pour son histoire, (…) une histoire qui comporte beaucoup de souffrances », a-t-il ajouté.

Si les mesures prises « n’ont pas résolu tous les problèmes qui existent encore et demanderont probablement beaucoup de temps, elles vont dans la bonne direction, vers une conciliation au sein de l’Eglise », a-t-il affirmé sans sourciller.

« L’Accord sino-vatican trahi » ?

A ce jour, de nombreux observateurs, souligne Elise Ann Allen, se sont déclarés préoccupés par le fait que les nouvelles règles chinoises concernant le personnel religieux limitent toujours plus la liberté religieuse et sont donc en contradiction directe avec l’Accord sino-vatican sur la nomination des évêques.

Ainsi, ajoute-t-elle, le père Bernardo Cervellera, rédacteur en chef de l’agence italienne AsiaNews et expert des affaires chinoises, a écrit dans son éditorial du 27 avril, qu’après le renouvellement de l’Accord, les actions de l’Etat chinois contre des évêques non officiels – telles que la détention, les assignations à résidence et les amendes – se sont poursuivies.

Le P. Cervellera concluait son éditorial intitulé « L’accord sino-vatican trahi » par ces lignes amères : « Il y a un autre aspect grave pour lequel l’Accord risque d’être trahi. Dans le passé, les évêques officiels et non officiels se réunissaient et les communautés clandestines se voyaient offrir l’utilisation des églises pour les célébrations.

« Avec les nouvelles réglementations et surtout avec les nouvelles mesures, cette hospitalité devient risquée et “illégale” : elle crée une plus grande division entre officiels et clandestins, rendant encore plus lointaine la réconciliation, tant souhaitée par le pape François ». – Ironie du sort ou logique ignorée par la politique vaticane ?

Des confesseurs de la foi dans les prisons de Hong Kong

Le 16 avril 2021, neuf défenseurs de la liberté à Hong Kong ont été condamnés et mis en prison. Cinq d’entre eux sont catholiques. Le P. Gianni Criveller de l’Institut pontifical des missions étrangères (PIME), professeur de théologie, les a connus et a dressé un portrait de chacun d’eux le jour même, dans la revue du PIME, Mondo e Missione, repris sur le site Settimo Cielo.

« Selon l’accusation, précise le P. Criveller, ces derniers auraient organisé, le 31 août 2019, une marche d’un million sept cent mille personnes, pacifique mais non autorisée. A cette époque, la loi sur la sécurité nationale [imposée par Pékin] n’était pas encore en vigueur.

« Les personnes condamnées ont en réalité joué un rôle de retenue et de modération de la grande manifestation spontanée, faisant en sorte de maintenir l’ordre et le calme. Ce ne sont donc pas des activistes excités mais des personnalités politiques qui, depuis une décennie, sont acteurs de la vie publique ; des personnes respectées par la population : le plus jeune a 64 ans, le plus âgé 82 ans. (…)

« Martin Lee, le père de la démocratie de Hong Kong, est un avocat et un ex-parlementaire de 82 ans. Il a été condamné à 12 mois de prison, avec sursis. Il a fondé le Parti démocratique (qui est soutenu par la majorité de la population) et est l’un des auteurs de la Basic Law, la charte constitutionnelle de la ville. Pour les catholiques, c’est un personnage familier qui sert la messe tous les matins dans l’église Saint-Joseph, en plein centre-ville. (…)

« A 64 ans, le parlementaire et syndicaliste Lee Cheuk-Yan appartient lui aussi à l’Eglise catholique : c’est un ami très cher, lié aux missionnaires de l’Institut pontifical des missions étrangères par des liens familiaux. (…)

« Il y a des années, la parlementaire Cyd Ho, âgée de 66 ans, incarcérée à partir de ce soir pour huit mois, m’avait confié que, enfant, elle avait été baptisée par un missionnaire des MEP. (…)

« L’intellectuelle Margaret Ng est aussi catholique. Aujourd’hui, 16 avril 2021, avant la lecture du jugement qui l’a condamnée à 12 mois (avec sursis), elle a fait une déclaration qui s’est conclue par une invocation à saint Thomas More : “j’ai vieilli au service de l’Etat de droit. Je sais que saint Thomas More est le saint patron des hommes de loi. Il a été jugé pour trahison parce qu’il n’avait pas plié la loi à la volonté de son roi”. (…)

« Jimmy Lai, 72 ans, catholique lui aussi, est en prison depuis longtemps. Il est le fondateur d’Apple Daily, le journal le plus populaire de Hong Kong. Il s’est converti adulte grâce à l’évêque de Hong Kong de l’époque, ensuite devenu cardinal, Mgr Joseph Zen Ze-kiun. Il a reçu aujourd’hui 19 mois de prison supplémentaires. (…)

« Ce sont les “confesseurs”, les témoins et les prophètes de notre époque : ils mériteraient davantage de reconnaissance. Mais notre époque et ce monde n’aiment pas la liberté, ni ceux qui combattent pour elle, et qui en payent le prix fort. »

« L’Accord de 2018 vaut-il vraiment ce silence complet ? »

Le 26 mars, le P. Criveller, s’interrogeait dans Mondo e Missione, sur le silence du Vatican à propos des graves événements de Chine et de Hong Kong. « L’accord Vatican-Chine de 2018 exige-t-il vraiment ce silence complet, même si l’accord a conduit à des résultats aussi modestes ? », s’alarme-t-il.

« Autant que je sache, la plupart des catholiques de Hong Kong sont profondément déçus. Alors qu’ils traversent les plus grandes difficultés – depuis l’invasion japonaise –, le Saint-Siège garde le silence. Et ils comprennent d’autant moins ce silence aujourd’hui devant le témoignage offert par des militants catholiques respectés et populaires désormais en prison (comme la jeune Agnès Chow) ou en attente de procès [comme les cinq cités plus haut]. »

Et de poursuivre : « Il est peut-être vrai, comme le suggère Mgr Paul Gallagher, secrétaire du Vatican pour les relations avec les Etats, que les “grandes revendications” ne produisent pas nécessairement de bons résultats. Mais alors pourquoi le Vatican intervient-il dans les affaires concernant les choses de notre monde, les nations, leurs dirigeants ? »

Un rapport accablant

Le 20 avril 2021, l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) a publié son rapport bisannuel sur la liberté religieuse dans le monde. Celui-ci pointe des violations notoires de ce droit fondamental dans 62 pays parmi les 196 étudiés. Soit, un pays sur trois, contre un sur cinq lors de la précédente édition de 2018.

L’analyse régionale en Asie du Sud-Est souligne que « plusieurs pays d’Asie continentale continuent d’être gouvernés par des dictatures marxistes à parti unique. La plus grande d’entre elles, la Chine, qui compte 1,4 milliard d’habitants, se distingue tristement par la mise en place de l’un des outils les plus invasifs et efficaces au monde de contrôle de la religion par l’Etat. (…)

« Combinant une surveillance de masse, un système de crédit social qui scrute et sanctionne les comportements individuels, et des répressions brutales contre les groupes religieux et ethniques soupçonnés de déloyauté, le Parti Communiste Chinois (PCC) atteint des sommets lorsqu’il s’agit d’étouffer la liberté religieuse. En outre, comme le révèle le rapport sur la Chine, la situation est devenue encore plus brutale depuis que Xi Jinping a été élu Président de la Chine en 2013. »