Chine : Perspective d’un accord entre Rome et le gouvernement chinois ?

23 Décembre, 2016
Provenance: fsspx.news
Cardinal Joseph Zen Ze-Kiun

Le 13 novembre 2016, lors d’une réunion organisée par la Commission Justice et paix, à Hong Kong, le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, évêque émérite de Hong Kong, s’est exprimé sur les négociations en cours entre la Chine et le Saint-Siège, exposant sa grande défiance. Ses propos ont été rapportés dans le Sunday Examiner du 26 novembre, hebdomadaire diocésain de Hong Kong.  Cardinal Joseph Zen Ze-Kiun.

 

Particulièrement inquiet de l’optimisme des médias, prédisant qu’un accord équitable entre Pékin et le Saint-Siège pourrait être imminent, le cardinal affirme qu’il est actuellement « impossible d’avoir un bon accord » sur la nomination des évêques. Le Vatican ne pourrait refuser à plusieurs reprises une candidature avancée par Pékin, souligne-t-il. Devant l’inquiétante passivité du Saint-Siège, dont la seule volonté est d’apaiser Pékin, Mgr Zen a mis en garde les diplomates du Vatican de ne pas s’enliser dans ce qu’il appelle des accords maléfiques, dénonçant la « faiblesse politique » des prélats. Il a cité la lettre écrite au gouvernement chinois par le pape Benoît XVI demandant davantage de liberté religieuse, en particulier pour les communautés ‘clandestines’, pour rappeler que le texte avait été considérablement édulcoré quand il a été traduit en chinois. Certains prélats au Vatican avaient adopté une politique d’apaisement, expliqua-t-il. Ajoutant qu’il a fait part au pape François de ses réserves et inquiétudes, le cardinal dit douter que le pape lui prête attention, car les hauts membres du Vatican, y compris le Secrétaire d’Etat, le cardinal PietroParolin, précisa-t-il, semblent soutenir la théorie de l’apaisement. Cependant, le cardinal estime que sans accord le Vatican a encore une certaine marge de manœuvre, en raison du nombre considérable de catholiques en Chine, mais que ses diplomates n’envisagent qu’une chose : un compromis. Or, « les compromis détruisent tout », a-t-il déclaré.

Depuis plusieurs mois un accord entre le Saint-Siège et le gouvernement chinois est annoncé dans la presse ; en mai dernier, Mgr Zen faisait déjà part de sa grande inquiétude à ce sujet dans un entretien avec Famille Chrétienne et Eglises d’Asie (EDA). « On peut bien comprendre pourquoi la Chine n’a aucune raison de faire des compromis, déclarait le cardinal. Ils dominent la partie ‘officielle’ de l’Eglise et maintenant, ils veulent que l’autre partie, la partie ‘clandestine’, se fonde dans la partie ‘officielle’. Et ils veulent que le Saint-Père donne sa bénédiction à l’Association patriotique ! » A la question de Régis Anouil, rédacteur en chef d’EDA, sur la convocation à Pékin de l’Assemblée nationale des représentants catholiques, en décembre 2016, Mgr Zen déclara sans détour que ce serait « le signe le plus éclatant d’une Eglise schismatique. J’espère que le Saint-Père ne se fait pas d’illusions, mais à Rome, ceux qui négocient ne comprennent pas les communistes chinois. Cela renvoie à l’Ostpolitik », poursuit-il, mais « je dois rappeler ici que l’Ostpolitik a été un échec ».

Et d’expliquer : « Comment la Curie romaine pourrait-elle penser qu’elle aboutira à un accord en faveur des catholiques chinois alors que les autres religions restent soumises au contrôle du gouvernement ? C’est une illusion. » Paradoxalement, poursuit le cardinal, en l’absence de dialogue, « vous pouvez tolérer beaucoup de choses. Il y a eu ainsi, les années passées, des ordinations épiscopales pour des évêques qui avaient été acceptés par les deux parties, Rome et Pékin. Chacun disait avoir donné son accord, tout en prétendant ignorer ce que faisait ou disait l’autre partie ». Ce flou ne sera plus possible dès que « les choses seront fixées dans un document, fruit d’une négociation… Or, il n’y a aucun signe que Pékin va changer. »

Le cardinal Zen ajoutait : « On voit mal aujourd’hui que la Chine accorde à l’Eglise catholique une véritable autonomie de fonctionnement, autonomie qui est refusée à toutes les autres religions présentes en Chine ainsi qu’à la société civile dans son ensemble. Les 22 et 23 avril 2016, le président Xi Jinping a présidé une réunion sur la politique religieuse, et il y a réitéré une vieille antienne des communistes chinois, à savoir que le pays ‘devait résolument se prémunir contre toute infiltration étrangère menée au nom de la religion’. Sous la langue de bois, c’est bien l’Eglise qui est visée dans son lien à Rome. »

Le christianisme, avec ses 90 millions de catholiques et de protestants, représente une grave menace aux yeux du gouvernement chinois, avance Willy Lam Wo-lap, professeur d’histoire à l’Université chinoise de Hong Kong ; raison pour laquelle il est improbable de le voir desserrer l’étau de l’Eglise catholique, comme de toute autre organisation religieuse en Chine.

Les ordinations épiscopales à Chengdu, le 30 novembre, et à Xichang, le 2 décembre, en présence d’un évêque ‘officiel’ imposé par la police sont une « gifle » au souverain pontife, écrivait le cardinal Zen sur son site internet le 12 décembre, cité par l’agence Asianews. Réaffirmant que l’Ostpolitik menée par le Vatican sous le cardinal Casaroli et actuellement avec la Chine « est un échec », l’évêque émérite de Hong Kong demande au Saint-Siège de condamner l’Assemblée des représentants catholiques chinois à venir. « Nous sommes face à un acte qui sape les ministères pétrinien et épiscopal » (cf. Benoît XVI, lettre du 27 mai 2007, n.8) ! (…) Et je viens au secours de la parole de Jésus que nous entendons dans la liturgie de ces jours, parlant de saint Jean-Baptiste : « … êtes-vous allés voir un roseau agité par le vent ? … Le Royaume des cieux souffre violence » (Mt 11, 7, 12).

« Avant de contempler l’Enfant-Jésus, contemplons le Seigneur glorieux divisant les brebis des boucs. Il est cruel d’encourager les frères à s’installer dans l’esclavage, et une vraie charité de les inciter à s’en délivrer. Le Saint-Esprit leur donnera la force. L’Ostpolitik a été un échec. Laissez-nous au moins essayer cette autre stratégie, l’Evangile, avant qu’il ne soit trop tard. »

(Sources : cath-info/imedia/sundayexaminer/eda/famillechrétienne/asianews – DICI n°347 du 23/12/16)