Chine : un évêque menace de suspendre les prêtres qui ne s’enregistrent pas

02 Août, 2022
Provenance: fsspx.news
Cathédrale du diocèse de Baoding, dans le Hebei

Au Hebei, l’évêque “officiel” a publié une lettre pastorale où il affirme avoir concélébré récemment avec 30 prêtres qui étaient auparavant « clandestins », et a utilisé les Directives publiées par le Vatican en 2019 pour les obliger à rejoindre l’Association patriotique catholique chinoise.

Quelques rappels

L’Association patriotique catholique chinoise est en fait une émanation du Parti communiste chinois (PCC), qui réunit le clergé ayant accepté de prêter allégeance au gouvernement. Elle est d’essence schismatique. Une dénomination commune appelle ce clergé l’Eglise « officielle », par opposition à l’Eglise « clandestine » ou « souterraine », dont le clergé est resté fidèle à Rome.

En septembre 2018, un accord a été signé entre le Vatican et le gouvernement chinois, concernant la nomination des évêques. Il était valable deux ans. Les clauses de cet accord, renouvelé en 2020 pour deux nouvelles années, n’ont toujours pas été révélées.

Le 28 juin 2019, le Saint-Siège publiait des « Directives pastorales sur l'enregistrement civil du clergé en Chine », qui permettaient l’adhésion à l’Association patriotique, sans l’imposer, et en précisant certaines limites qui ne devaient pas être franchies. Ces Directives furent diversement accueillies, mais de nombreux prêtres et évêques s’y opposèrent. (Voir les articles en bas de page.)

Les manœuvres de l’évêque « officiel » de Baoding

Le 15 juillet 2022, l’évêque officiel de Baoding, Mgr Francis An Shuxin, a publié une « Lettre pastorale sur l’enregistrement civil du clergé dans le diocèse de Baoding ». Il informe que plus de 30 prêtres ont concélébré avec lui ces derniers mois.

Il explique qu’il a utilisé l’accord sino-Vatican de 2018, les Directives pastorales susmentionnées, ainsi que d’autres déclarations papales pour encourager tout le clergé à s’enregistrer officiellement et tous les fidèles du diocèse à accepter le clergé enregistré, de manière à favoriser l’unité du diocèse.

Il a aussi menacé les prêtres qui refusent de se faire enregistrer, de leur interdire de conférer les sacrements – ce qui est contraire au texte des Directives – et a souligné que les privilèges spéciaux accordés par le Saint-Siège en juin 1978 au clergé non enregistré avaient été abolis. Il a averti que les autorités civiles traiteraient les contrevenants conformément à la loi et aux règlements.

« Une pression sans précédent sur le clergé d’une Eglise qui a toujours résisté »

Les Directives sont donc devenues une arme redoutable aux mains des autorités gouvernementales, en particulier dans la région de Hebei, pour entreprendre une « transformation forcée » du clergé clandestin. Un commentateur chinois écrit :

« En plus de la restriction complète de la liberté personnelle (surveillance et emprisonnement) du clergé clandestin, et des pressions physiques et mentales opérées par les autorités, un autre moyen important a été l’utilisation des Directives pastorales du Saint-Siège. Ce document est devenu l’arme la plus puissante pour “transformer” le clergé clandestin ».

L’instrumentalisation des Directives pastorales a suscité de nombreuses réactions. Certains les ont analysées et réfutées sous l’angle théologique et pastoral, soulignant son ambiguïté et son ignorance de la praxis des autorités chinoises. D’autres ont tenté de les préciser, mais ont souligné l’abus qu’en ont fait les autorités chinoises, avec le concours d’un évêque officiel.

Ainsi, les prêtres de Baoding, connus depuis des décennies pour leur loyauté, ont signé, après deux ou trois mois seulement, ce qu’ils considéraient auparavant comme « contraire » à leur foi et ont célébré avec Mgr An, qui avait déjà rejoint l’Association patriotique. La puissance de cette arme est telle que même l’Eglise fidèle de Baoding s’est effondrée en masse.

De nombreux prêtres n’avaient jamais vu ce document auparavant et lorsque les autorités gouvernementales le leur ont lu, ils l’ont signé en acceptant les conditions. Ils pensaient que c’était bien la volonté du Saint-Siège. Il faut remarquer que le texte dit bien que les prêtres ne sont pas obligés, mais plusieurs arguments leur sont proposés pour les y pousser.

Les conséquences ont souvent été dramatiques pour les prêtres ayant signé : certains ont fait une dépression nerveuse après avoir signé ; d’autres ont regretté de l’avoir fait et se sont sentis trahis ; d’autres encore, après avoir été officialisés, ont été rejetés par leurs paroissiens et ont dû rentrer chez eux.

La conséquence, conclut ce témoignage, est qu’un chaos sans précédent a été créé dans le diocèse de Baoding. - Et ce chaos a été créé par la politique vaticane dans ses relations avec le gouvernement chinois et avec les évêques officiels de l’Association patriotique. Il avait été prédit par certains esprits clairvoyants et habitués aux pratiques du PCC.