Crises à répétition au sein de la banque du Vatican

09 Août, 2013
Provenance: fsspx.news
Siège de l'IOR, au Vatican.

Depuis le mois de juin, les crises se succèdent au sein de l’Institut des œuvres de religion (IOR), la « banque du Vatican ». Le 28 juin, Mgr Nunzio Scarano, employé de l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA) est arrêté, ainsi que deux Italiens – un membre des services secrets et un intermédiaire financier – dans le cadre d’une enquête de la justice italienne. 

Nommé « Chapelain de Sa Sainteté » en 1998, le prélat, originaire de Salerne dans le sud de la péninsule, est soupçonné d’avoir utilisé son compte au sein de l’IOR pour des opérations de corruption, de blanchiment d’argent et de fraude. Dans une conférence de presse donnée le jour même au Vatican, le P. Federico Lombardi a précisé que le prêtre avait été suspendu de ses fonctions « plus d’un mois auparavant », soit « dès que ses supérieurs avaient appris qu’il faisait l’objet d’une enquête ». Il s’agissait alors d’une suspension préventive en conformité avec le règlement de la curie romaine. Le porte-parole du Saint-Siège n’a cependant pas confirmé les informations selon lesquelles Mgr Nunzio Scarano aurait utilisé son compte à l’IOR pour une fraude avoisinant les 600.000 €.

D’après l’agence italienne Ansa, dans une dépêche datée du 28 juin dernier, l’enquête porterait également sur le rapatriement en Italie – par jet privé – de 20 millions d’euros en espèces depuis la Suisse, issus d’une fraude fiscale pour une famille d’armateurs napolitains. Ces trois arrestations sont liées à une enquête de la justice italienne, lancée en 2010, visant l’IOR pour violation de la législation contre le blanchiment d’argent. Dans une lettre adressée au pape François – et dont des extraits ont été publiés par l’agence Ansa le 25 juillet dernier – Mgr Nunzio Scarano a clamé son innocence et mis en cause les abus de ses anciens supérieurs laïcs « bien couverts et protégés par certains cardinaux ». « Les documents en ma possession sont autant de preuves de mon honnêteté et des batailles que j’ai menées contre les abus de mes supérieurs laïcs couverts par certains cardinaux», a notamment écrit le prélat. Nommé quelques jours avant la démission de Benoît XVI en mars dernier, le nouveau président de l’IOR, l’Allemand Ernst von Freyberg, a promis, selon une dépêche publiée par l’AFP le 28 juin dernier, de faire vérifier « un par un » les comptes de l'IOR par l’Agence américaine de consultants financiers Promontory. Le 1er juillet, le Saint-Siège a annoncé la démission du directeur général de l’IOR Paolo Cipriani, et de son adjoint Massimo Tulli. Ils sont tous les deux soupçonnés d’avoir autorisé des transferts pour un montant de 23 millions d’euros, en septembre 2010. Cette nouvelle affaire est intervenue alors que le pape François venait de créer, le 26 juin dernier, une commission pontificale chargée d’enquêter sur les activités de la banque du Vatican. Formée de quatre religieux et une laïque, elle est chargée d’inspecter l’Institut et de proposer une réforme dont les grandes lignes devraient être connues en octobre.

Parallèlement, la justice italienne continue son travail. D’après certains éléments cités par Il Corriere della Sera dans son édition du 6 juillet 2013, c’est tout le mode de fonctionnement de la banque qui serait en cause. L’organisme « n’identifie pas ses clients avec précision » et donc ses « comptes peuvent être utilisés comme écran pour dissimuler des opérations illégales. L’IOR peut facilement devenir un vecteur de blanchiment d’argent d’origine criminelle », peut-on lire dans le quotidien italien. Le 18 juillet, un observateur avisé du Vatican, Sandro Magister, révèle sur le site internet de L’Espresso que le nouveau prélat de l’IOR – nommé le 15 juin dernier – a ouvertement vécu une relation homosexuelle au début des années 2000. D’après les révélations du magazine italien reprises en France par le quotidien Le Monde dans son édition en ligne du 20 juillet, Mgr Battista Ricca, âgé de 57 ans, avait été chassé en 2001 de la nonciature de Montevideo, en Uruguay, parce qu'il avait profité d'un changement de nonce pour abriter et employer au sein de la diplomatie vaticane son ami et amant, un ancien capitaine de l'armée suisse.

Selon les informations publiées par le périodique italien et reprises par Le Monde, les frasques de Mgr Ricca sont devenues à ce point notoires et scandaleuses que le nouveau nonce de l’époque, le Polonais Janusz Bolonek, a rapidement demandé son transfert à Rome. « Connu pour ses qualités de gestionnaire rigoureux et incorruptible » selon Le Monde, Mgr Ricca était depuis quelques années directeur de plusieurs résidences vaticanes, dont celle de Sainte-Marthe, où s'est installé le pape après son élection. Celui-ci l’a nommé dans le but d’être une sorte de « numéro deux » avec un droit de regard sur le fonctionnement de la banque. Bien que le pape ait pu examiner le dossier du prélat, « aucune trace de cette affaire n’y figurait » selon le porte-parole du Saint-Siège, le P. Frederico Lombardi. Ce dernier a démenti, dès le 18 juillet au soir, lors d’une conférence de presse tenue au Vatican, les affirmations de L'Espresso, affirmant qu’elles n’étaient « pas dignes de foi ». Le journal a toutefois maintenu ses révélations dans un communiqué publié sur son site internet le même jour, précisant que des « dizaines de personnes » étaient au courant de l'affaire en Uruguay.

Selon l’agence romaine I.Media dans une dépêche datée du 21 juillet, Mgr Battista Ricca aurait présenté sa démission au pape avant que celui-ci ne parte au Brésil pour les JMJ. Dans ce contexte délicat, le 26 juillet 2013, l’Autorité d’information financière (AIF) du Saint-Siège et de l’Etat de la Cité du Vatican et l’Italie ont signé un protocole d’entente en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. L’Italie est le 6e pays avec lequel le Vatican ait signé un tel accord, après la Belgique, l’Espagne, la Slovénie, les Pays-Bas et les Etats-Unis. A l’occasion d’une conférence de presse donnée le jour même à Rome, le directeur de l’AIF, René Brülhart, a exprimé son souhait d’une « collaboration constructive et fructueuse ». Par la signature de ce protocole d’entente, « le Saint-Siège et l’Italie montrent leur volonté de « faciliter leurs efforts communs dans la lutte contre le blanchiment. » C’est dans ce but que la banque du Vatican a lancé son site internet, www.ior.va, le 31 juillet dernier, en anglais et en italien. Son président, Ernst von Freyberg, a déclaré le jour même sur Radio Vatican que les comptes du Saint-Siège seraient mis en ligne tous les ans et qu'il fournirait des informations sur « nos réformes, ce que nous faisons dans le monde et comment nous soutenons l'Eglise, ses missions et ses œuvres de charité ».

L’IOR est la principale institution financière du Vatican formellement créée en 1942 par le pape Pie XII, avec son siège dans la cité du Vatican (sur la photo). L’organisme est considéré comme l'établissement bancaire « le plus secret au monde », selon le magazine américain Forbes cité par le quotidien français La Tribune dans son édition du 22 mai dernier. Il gère les transferts d'argent des congrégations religieuses ainsi que 19.000 comptes appartenant en majorité au clergé catholique, soit environ 7 milliards d'euros. Ses clients peuvent être à la fois des religieux de passage à Rome pour quelques années d’études ou encore des évêques, des cardinaux ou diplomates.