Des rabbins troublés par les paroles du pape sur la Loi juive

28 Août, 2021
Provenance: fsspx.news
Le siège du Grand rabbinat à Jérusalem

Les plus hautes autorités religieuses juives d’Israël se sont plaint auprès du Vatican au sujet des commentaires du pape François concernant la Loi juive et ont demandé une clarification.

D’après une lettre consultée par l’agence Reuters, le rabbin Rasson Arousi, président de la Commission du Grand rabbinat d’Israël pour le dialogue avec le Saint-Siège, a déclaré que « les commentaires semblaient suggérer que la loi juive était obsolète ».

La catéchèse incriminée du pape François

Cette lettre faisait suite à la catéchèse du pape donnée lors de l’audience générale du 11 août 2021. François y commentait un passage de l’épître de saint Paul aux Galates : « Alors pourquoi la Loi ? », Ga 3, 19. Selon les commentaires habituels, le pape use de cet autre passage de la même épître : « Mais si vous êtes conduits par l’esprit, vous n’êtes plus sous la Loi. » (Ga 5, 18)

La Loi désigne ici la Loi mosaïque. Or, fait remarquer François, la Loi garantissait aux Hébreux les bienfaits de l’Alliance que Dieu avait établie avec son peuple. Cependant, il n’est pas possible d’identifier la Loi avec l’Alliance, qui, toujours selon saint Paul, est fondée sur la foi dans l’accomplissement de la promesse que Dieu a faite à Israël, comme le dit Ga 3, 17-18 :

« Voici ce que je veux dire : Dieu ayant conclu une alliance en bonne et due forme, la Loi qui est venue quatre cent trente ans après ne la rend pas nulle, de manière à rendre vaine la promesse. Car si l’héritage s’obtenait par la Loi, il ne viendrait plus d’une promesse ; or, c’est par une promesse que Dieu a fait à Abraham ce don de sa grâce. »

Le pape en tire donc la conclusion logique : « la Loi n’est pas à la base de l’Alliance car elle arrivée après ; elle était nécessaire et juste, mais auparavant, il y avait la promesse, l’Alliance ». Ce qui signifie que la Loi n’est pas une partie constitutive de l’Alliance.

Mais alors pourquoi la loi ? Elle a un rôle dans l’histoire du salut, dit le pape et il ajoute ce qui va faire sursauter les rabbins d’Israël :

« Mais la Loi ne donne pas la vie, elle n’offre pas l’accomplissement de la promesse, car elle n’est pas dans la condition de pouvoir la réaliser. La Loi est un chemin qui te fait avancer vers la rencontre. Paul emploie un terme très important, la Loi est le “pédagogue” vers le Christ [Ga, 3, 24], le pédagogue vers la foi dans le Christ, c’est-à-dire le maître qui te conduit par la main à la rencontre. Celui qui cherche la vie a besoin de se tourner vers la promesse et sa réalisation dans le Christ. »

François ajoute immédiatement : « Très chers amis, cette première explication de l’apôtre Paul aux Galates présente la nouveauté radicale de la vie chrétienne : tous ceux qui ont foi dans Jésus-Christ sont appelés à vivre dans l’Esprit Saint, qui libère de la Loi et, dans le même temps, la conduit à son accomplissement selon le commandement de l’amour. »

L’explication donnée est celle que l’on trouve chez les Pères ou les exégètes : la loi Nouvelle a remplacé l’Ancienne, la loi de charité inscrite dans nos cœurs par l’Esprit Saint a remplacé la loi de crainte inscrite sur des tables de pierre.

La réaction du Grand rabbinat

Le rabbin Arousi a envoyé sa lettre au nom du Grand rabbinat – l’autorité rabbinique suprême pour le judaïsme en Israël – au cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, en charge des relations avec le judaïsme.

« Dans son homélie, le pape présente la foi chrétienne comme non seulement remplaçant la Torah, mais affirme que cette dernière ne donne plus vie, ce qui implique que la pratique religieuse juive à l’époque actuelle est rendue obsolète », déclare Arousi dans la lettre.

« Cela fait en effet partie intégrante de “l’enseignement du mépris” à l’égard des Juifs et du judaïsme que nous pensions avoir été entièrement répudié par l’Église », ajoute-t-il.

Dans sa lettre, Arousi a également demandé au cardinal Koch de « faire part de notre détresse au pape François » et a demandé des éclaircissements au pape pour « s’assurer que toutes les conclusions désobligeantes tirées de cette homélie soient clairement répudiées ».

Des voix catholiques sont venues au soutien de la demande des rabbins israéliens. « Dire que ce principe fondamental du judaïsme ne donne pas vie, c’est dénigrer la vision religieuse fondamentale des Juifs et du judaïsme. Cela aurait pu être écrit avant le Concile », commente le père John Pawlikowski, ancien directeur d’un programme d’études catholiques-juives à Chicago.

« Je pense que c’est un problème pour les oreilles juives, d’autant plus que les propos du pape s’adressaient à un public catholique », a déclaré le Pr Philip Cunningham, directeur de l’Institut pour les relations judéo-catholiques de l’Université St. Joseph de Philadelphie. « Cela pourrait être compris comme une dévalorisation de l’observance juive de la Torah aujourd’hui », a-t-il ajouté.

Le rabbin Arousi a émis l’hypothèse qu’une partie de la catéchèse papale, ait été écrite par des assistants et que la phrase n’ait pas été correctement vérifiée.

Le secrétariat du cardinal Koch a déclaré mercredi qu’il avait reçu la lettre, qu’il « y réfléchissait sérieusement et songeait à une réponse ».

Il sera intéressant de considérer cette réponse, car, à moins de renier l’enseignement de saint Paul et de toute la Tradition sur l’ancienne Loi, il est impossible de donner satisfaction à la demande du rabbin Arousi.