Dubia sur Amoris lætitia : « Il faut aller plus loin »

02 Mai, 2017
Provenance: fsspx.news

Dans un éditorial paru le 24 avril 2017 dans La Nuova Bussola Quotidiana , le journaliste Riccardo Cascioli livre une réflexion sans détour sur la session de travail qu’il a organisée à Rome le 22 avril, à l'Hôtel Columbus sur la Via della Conciliazione, - session réunissant des universitaires catholiques du monde entier dans le but d’analyser en toute rigueur théologique l’exhortation apostolique Amoris laetitia .

« Il ne fait aucun doute que la conférence internationale « Faire la Lumière - Un an après Amoris laetitia », qui s’est tenue à Rome le 22 avril et organisée par La Nuova Bussola Quotidiana  et Il Timone, fut un événement exceptionnel. C’était non seulement la première réunion dans laquelle ont pu être traités de façon systématique les points controversés de l'Exhortation apostolique Amoris laetitia, mais - comme j'ai eu l'occasion de le constater dès l'ouverture de la session - tout a été pensé, voulu et réalisé par des laïcs. Et les conférenciers ont aussi été des laïcs, venus des quatre coins du monde, qui ont manifesté un grand niveau de préparation. 

« Evénement exceptionnel, certes, mais qui est loin d’être un feu de paille. C’est le fruit d'un travail de plusieurs années avec nos journalistes qui ont dans leur ADN l'amour du Christ et de l'Eglise, et qui veulent juger toute la réalité à la lumière du magistère. Cet événement est né de cette désorientation et de cette confusion régnant aujourd’hui dans l’Eglise et constatées par de nombreux catholiques. Il est certain que la tâche ne saurait se limiter à cette série de conférences. 

« Née dans le but d’être une caisse de résonnance pour les  Dubia des quatre cardinaux - Brandmüller, Burke, Caffarra Meisner - auxquels le pape n’a pas encore répondu, cette réunion a certainement contribué à clarifier les problèmes liés à  Amoris laetitia et à son interprétation commune. 

« Je pense pouvoir dire avec certitude qu’à l’issue de la rencontre de samedi dernier, il y a eu la prise de conscience d'une très grave crise traversée par l'Eglise, une crise qui a des similitudes avec d'autres moments délicats dans l'histoire de l'Eglise, mais qui revêt aussi des aspects inédits.  

« Bien sûr, cette crise n’est certainement pas apparue directement à cause d’ Amoris laetitia ni des différents Synodes sur la Famille qui en sont les principales sources, mais il ne fait aucun doute que l'exhortation apostolique en question a eu pour effet d'ouvrir les portes, et de laisser se diffuser librement dans l'Église des idées et des pratiques étrangères au Dogme. L'enjeu est de taille : c’est le fondement même de l'Eglise catholique qui se trouve atteint. 

« Le problème n'est pas principalement dans le texte même d’ Amoris laetitia, dont les contradictions ont été bien mises en relief, mais il réside surtout dans le contexte actuel. Il y a d'une part les discours et les actes du pape François qui donnent du crédit aux interprétations les plus 'progressistes', par exemple en ce qui concerne l'accès des 'divorcés remariés' à l’Eucharistie ; et d’autre part, il y a l’état concret de l'Église dans laquelle ce document a été élaboré. Nous savons que désormais dans de nombreux diocèses la notion de 'discernement' est devenue synonyme de 'communion pour tous'. 

« Le point auquel nous sommes arrivés nous porte à croire que le temps où il convenait de se battre sur l’une ou l’autre interprétation de l’exhortation est aujourd’hui révolu. 

« Si le principe qui consiste à interpréter une proposition ambiguë dans le sens de la continuité avec le magistère précédent reste toujours d’actualité - selon les directives énoncées entre autres par Jean-Paul II dans plusieurs de ses enseignements sur la famille -, la situation actuelle exige qu’on aille plus loin.  

"Si les prêtres sont punis par leurs évêques parce qu'ils jugent en conscience qu'ils ne peuvent pas donner la communion aux 'divorcés remariés' ; si un grand nombre d'évêques laissent le discernement nécessaire des situations personnelles se traduire par un accès libre à la communion - quand ce ne sont pas les évêques eux-mêmes qui l’exigent - ; si désormais l’homosexualité se trouve justifiée et promue au rang de 'valeur positive' ; si tout cela enfin se réalise partout dans le monde, il est clair alors pour nous qu'il faut aller plus loin. 

"Ces derniers mois, on a entendu parler à de nombreuses reprises de 'correction fraternelle' de la part des quatre cardinaux, et de fait ce thème a également été abordé à la réunion du 22 avril ; mais il n’est pas difficile de comprendre que c’est un cas de figure que l’on cherche naturellement à éviter. Les contradictions, cependant, ne peuvent pas durer plus longtemps, et afin d'éviter que l'erreur ne se diffuse davantage, il est nécessaire que l’on demande au pape d'intervenir avec force afin de clarifier la question."  

(Source : La Nuova Bussola Quotidiana / FSSPX.Actualités - 03/05/17)