Duel entre le cardinal srilankais et l’ogre chinois

04 Juin, 2021
Provenance: fsspx.news
Le projet de Port City à Colombo

Le projet d’une implantation chinoise de grande envergure près de la capitale crée le malaise sur l’ancienne Ceylan. Le chef de file de l’Eglise catholique y voit un risque de « colonisation » qu’il vient de dénoncer publiquement.

Dans le cadre du projet des « nouvelles routes de la soie » – Belt Road Initiative (BRI), censées consacrer la suprématie économique et géostratégique chinoise à l’horizon 2049 – Port-City, près de Colombo (Sri Lanka) a valeur de symbole.

L’empire du Milieu a décidé d’investir là plus de huit cents millions d’euros dans un complexe immobilier et portuaire devant voir le jour sur une presqu’île artificielle de 269 hectares gagnés sur l’océan Indien.

Un projet qui doit doubler la taille du quartier financier actuel de la capitale de l’île. Piloté par le groupe étatique chinois Communications Construction Company (CCCC), il s’agit actuellement du plus gros investissement étranger sur l’île.

Le gouvernement espère que le nouveau complexe attirera les investisseurs : une manne financière bienvenue au moment où l’épidémie de coronavirus paralyse l’économie. Pour cela, l’exécutif entend faire passer à la hussarde un projet de loi donnant carte blanche aux Chinois.

Mais, le projet gouvernemental n’est pas du goût de l’opposition sri lankaise, qui a trouvé un allié de choix en la personne du cardinal Malcolm Ranjith, archevêque de Colombo.

Le chef de file de l’Eglise catholique sur l’île, dont l’aura politique a considérablement augmenté depuis les attentats islamistes de Pâques 2019, a tenu une conférence de presse, le 19 mai 2021, afin de dénoncer les ambitions chinoises.

« Le danger est que le Sri Lanka devienne une colonie chinoise », a prévenu le haut prélat, qui s’est associé à une démarche visant à obtenir de la Cour suprême du pays le blocage du projet de loi gouvernemental.

« En raison de l’épidémie de Covid-19, exercer le métier d’ouvrier est à haut risque en ce moment. Dans une telle situation, quelle urgence y a-t-il à adopter aussi vite le projet de loi ? Cela crée un problème de transparence du côté du gouvernement », insiste le cardinal Ranjith.

Le premier ministre sri lankais, Mahinda Rajapaksa se veut rassurant : il respectera l’avis de la Cour suprême, mais beaucoup en doutent, devant l’immensité des sommes en jeu.

Sans parler de la ténacité de Pékin qui entend bien élargir sa zone d’influence économique, militaire et politique, afin de réaliser la prophétie du président Xi Jinping : devenir la plus grande puissance mondiale, cent ans après l’avènement du socialisme en Chine, et réparer ainsi l’humiliation causée par les « injustes traités » du XIXe siècle, par lesquels l’Occident avait alors mis l’empire en coupe réglée…