Egypte : mise au jour d’un des plus anciens monastères du monde

27 Avril, 2021
Provenance: fsspx.news
Le monastère du Tell Ganoub

La mission archéologique franco-norvégienne – un partenariat entre l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO) et la MF Norwegian School of Theology, Religion and Society – a découvert de nouveaux vestiges d’édifices chrétiens de l’Antiquité tardive dans le désert occidental égyptien, indiquant une vie monacale au Ve siècle, a annoncé le 13 mars 2021 le ministère égyptien des Antiquités.

Sur le site de Tell Ganoub Qasr al-Agouz, dans l’oasis d’al-Bahariya, « nous touchons du doigt le monachisme primitif », commente Victor Ghica, spécialiste du christianisme des premiers siècles et directeur de la campagne de fouilles.

Cette découverte, explique-t-il, permet de comprendre l’aménagement des bâtiments et la formation des premières communautés monacales dans cette région égyptienne.

Ces vestiges chrétiens se trouvent à 370 km au sud-ouest du Caire. Le site a été habité du IVe au VIIIe siècle. Les premières fondations du monastère remontent à environ 350 après J.-C., soit peu après l’édit de Milan promulgué par l’empereur Constantin en 313. 

Les fouilles se poursuivent depuis plusieurs années : deux campagnes ont eu lieu en 2009 et 2013, la dernière en décembre dernier.

Osama Talaat, chef du secteur des antiquités islamiques, coptes et juives au ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, précise que le monastère est composé « de six secteurs comprenant les vestiges de trois églises et de cellules de moines ».

Le secteur étudié lors de la dernière saison a révélé que les murs de l’église qui s’y trouve sont recouverts de textes religieux écrits en grec ou détaillant les aspects de la vie monastique.

Certains des textes sont des citations du moine Evagre le Pontique (345-399). Vivant dans le désert égyptien, il fut le premier qui codifia la pensée ascétique chrétienne. D’autres écritures sont du théologien et poète Ephrem le Syrien (306-373).

La disposition des bâtiments ainsi que les techniques de construction employées, indiquent que Qasr al-Agouz « fonctionnait comme une laure [établissement monastique oriental. NDLR] atypique, c’est-à-dire comme un établissement monastique semi-indépendant comprenant des espaces de vie pour les moines », explique le communiqué de l’université norvégienne.

Les fouilles entreprises sur le site en 2009 et 2013, avaient mis au jour les activités des moines, en particulier « la production et la conservation du vin ainsi que l’élevage de bétail en contexte monastique, ou encore les contacts commerciaux (des moines) avec diverses régions de l’Empire byzantin », précise l’IFAO.

Un certain nombre d’ostraca grecs, fragments de poterie, datant des Ve et VIe siècles ont également été découverts, indique le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités. L’un d’eux est une lettre adressée au Père abbé du monastère. Lequel est mentionné dans un autre ostracon découvert par un archéologue égyptien dans les années 1940. Cette lettre indique qu’un moine du monastère était en voyage d’études à Constantinople, c’est-à-dire à 1400 kilomètres !

Malgré sa grande valeur culturelle et historique, il est presque impossible de conserver ce monastère à l’air libre, à l’épreuve de la pluie ou du vent. Le site sera donc à nouveau recouvert, une fois que les chercheurs auront terminé leurs travaux d’investigation.