En Allemagne, le diocèse de Münster réforme sa gouvernance

27 Janvier, 2021
Provenance: fsspx.news
Mgr Felix Genn, évêque de Münster

Petite révolution dans l’administration du diocèse de Münster (Allemagne) : dès le 1er février 2021, un diacre permanent marié et père de deux enfants, prend la tête du vicariat général, pour toutes les questions administratives et économiques. C’est à lui aussi qu’il revient de diriger les quelques 730 employés qui travaillent actuellement dans le diocèse.

La nouvelle a été annoncée le 19 janvier 2021, par Mgr Felix Genn, qui tient les rênes du diocèse du Westphalie du Nord depuis 2009.

L’actuel vicaire général, Mgr Klaus Winterkamp, garde son titre, mais ses fonctions se limitent désormais à « orienter la stratégie pastorale diocésaine », indique le communiqué diocésain.

Pour le prélat, la décision de créer le poste de directeur administratif du diocèse « a pour objectif de rehausser le profil du vicariat général, en tant que prestataire de service compétent » : une façon de réduire la religion au business, que les fidèles apprécieront…

Le nouveau patron « temporel » du diocèse se nomme Ralf Hammecke. Il est né à Münster en 1965, a travaillé pendant 13 ans au siège de la Deutsche Bank, à Francfort-sur-le-Main, puis a exercé divers postes de direction en entreprise. Il est diacre permanent depuis 2001, marié et père de deux enfants.

En somme, le profil idéal pour ceux qui appellent de leurs vœux une Eglise où prêtres et évêques seraient dépossédés de leurs pouvoirs : l’étape d’un mouvement plus profond de sécularisation ?

Car depuis l’ouverture de son chemin synodal, l’Eglise catholique d’Allemagne accélère le mouvement de décomposition entamé dans la foulée de l’ère post-conciliaire : la réforme de Münster pourrait même paraître insignifiante au regard de ce qui se passe dans d’autres diocèses outre-Rhin, où l’on va jusqu’à appliquer le modèle dit « de Rottenburg ».

En 1972, ce diocèse fut le premier à officialiser l’intégration de laïcs dans la direction des paroisses : un modèle qui a, peu à peu, essaimé dans le pays.

Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, l’Allemagne pousse au bout de leur logique et à l’extrême, les notions équivoques de « peuple de Dieu », et de « sacerdoce commun des fidèles », âprement débattues lors du Concile Vatican II. Ainsi, en Allemagne, depuis 2018, quatre laïcs dirigent des paroisses dans le diocèse d’Osnabrück, sans supervision d’un prêtre.

De même, le pouvoir séculier de plusieurs diocèses tend-il à glisser entre les mains des laïcs : c’est le cas à Eichstätt, Hambourg, Bamberg, Münich-Freising, et désormais Münster.

Comme l’explique d’ailleurs le site d’informations religieuses en langue allemande katholisch.de, il ne s’agit ici que d’une étape afin « d’oser plus de démocratie dans l’Eglise » : l’objectif à court terme, pour Mgr Heiner Wilmer, évêque de Hildesheim, étant d’établir un conseil pastoral diocésain, composé par des laïcs, dont le vote aurait un caractère décisionnel, et donc contraignant pour l’évêque.

Pourtant, un rapide coup d’œil sur deux mille ans d’Histoire de l’Eglise suffit à convaincre : à de rares exceptions près, quand les laïcs interfèrent de façon notable et durable dans le gouvernement et la gestion de l’Eglise, les conséquences sont le plus souvent désastreuses.

Pour preuve, qu’on se rappelle le problème posé par l’investiture laïque, avec son cortège de simonie et d’abus en tous genres, qui empoisonna la vie de l’Eglise du IXe au XIIe siècle.

A force de vouloir conduire sans regarder dans le rétroviseur de l’Histoire, l’Eglise d’Allemagne – et d’ailleurs – risquent fort de finir dans le fossé des idéologies…