En Irlande du Nord, les vieux démons réapparaissent

19 Avril, 2021
Provenance: fsspx.news
Peinture murale dans Londonderry

L’Eglise catholique s’implique pour essayer de mettre fin aux violences urbaines qui secouent les villes de Belfast et Londonderry (Irlande du Nord) depuis le début du mois d’avril.

Versez une bonne dose de « Brexit dur », ajoutez une mesure bien tassée de restrictions sanitaires imposées depuis Westminster, et vous obtiendrez un cocktail incendiaire, dont l’Irlande du Nord a le secret : une simple étincelle suffit à l’enflammer.

L’étincelle a jailli au moment de la semaine de Pâques, lorsque les autorités de Belfast ont renoncé à poursuivre plusieurs membres du parti Sinn Fein – largement soutenus par les catholiques – accusés d’avoir violé les mesures sanitaires liées à la Covid-19, lors d’une cérémonie de funérailles.

La capitale d’Irlande du Nord s’est alors embrasée, au point que la police a dû faire usage de canons à eau, le 8 avril dernier, afin de disperser les émeutiers protestants : fait rare dans une région où les catholiques avaient jadis l’habitude d’être douchés par les forces de l’ordre.

Ulcérés, les responsables du Democratic Unionist Party – le parti unioniste protestant – ont appelés Simon Byrne, le chef de la police, à démissionner, faisant monter la tension d’un cran supplémentaire.

C’est dans ce contexte qu’est intervenu Mgr Noel Treanor, le 9 avril dernier : l’évêque de Belfast a prié les politiciens de tous bords de « mesurer l’impact de leurs paroles, au moment où la ville sombre dans les violences nocturnes ».

« Cessez dès maintenant de vous livrer à des troubles et à des activités violentes », a lancé le prélat à l’adresse des jeunes catholiques irlandais qui n’ont pas hésité à descendre dans les rues afin de répondre à leurs frères ennemis protestants, alors qu’on dénombrait au 12 avril, quatre-vingt-dix blessés parmi les membres des forces de sécurité.

Des cocktails Molotov et des feux d'artifice ont été utilisés contre la police, un journaliste a été agressé, et un chauffeur blessé lors de l’assaut de son bus. La ville de Londonderry a elle aussi connu des violences similaires.

« Quel malheur d’avoir vu un tel retour de la violence urbaine, au cours de la semaine passée », a déploré Mgr Treanor, qui a prévenu les jeunes manifestants : « prenez garde de ne pas être manipulés ou téléguidés par d'autres qui vous incitent à la violence, tandis qu’ils restent eux-mêmes en arrière afin de ne pas être inquiétés ».

Ces troubles surviennent vingt-trois ans jour pour jour après la signature de l’accord de paix du Vendredi saint – conclu le 10 avril 1998 – mettant fin à trente années de guerre civile entre protestants et catholiques.

Depuis, le Brexit est passé, avec l’instauration d’une frontière douanière entre l’Irlande du Nord et le reste du royaume, sans parler d’un nombre croissant de mesures imposées unilatéralement ces derniers mois par Westminster : il n’en fallait pas tant pour que les protestants loyalistes se sentent désormais trahis par une couronne britannique qu’ils avaient jadis servie avec fidélité.

« Il faut mettre en échec ceux qui cherchent à nous contrôler et à ressusciter les fantômes du passé », concluait Mgr Treanor le 9 avril dernier : quelques jours plus tard, le 13 avril, les responsables anglicans et presbytériens emboîtaient le pas à l’évêque de Belfast, appelant à leur tour à la fin des violences et à la reprise du dialogue entre tous les acteurs politiques.

D’autant que le pouvoir est toujours vacant depuis janvier 2017 en Irlande du Nord, ce qui permet à Westminster de prendre des décisions unilatérales, comme la récente imposition de l’avortement et de l’union civile des personnes de même sexe.