Entre jésuites, le pape joue au gardien de but

22 Septembre, 2021
Provenance: fsspx.news
Le pape François et le supérieur général des jésuites

« La liberté nous fait peur. » C’est sous ce titre évocateur que le directeur de La Civiltà Cattolica publie, le 21 septembre 2021, l’entretien que le pape François a accordé, quelques jours plus tôt, aux jésuites venus le rencontrer dans la capitale slovaque.

Un huis clos savamment orchestré, au point de se retrouver en première page de La Civiltà Cattolica, site à partir duquel le portail officiel d’informations du Saint-Siège doit lui-même renvoyer, afin de relayer une exclusivité qui n’est désormais plus la sienne.

D’ailleurs, le pape ne s’en cache pas « l’idée d’inviter des jésuites dans mes voyages apostoliques était celle du père Spadaro, parce que de cette façon il a de la matière pour faire un article pour La Civiltà Cattolica qui publie toujours ces conversations », avoue, d’un air complice, le pontife romain.

Et d’ajouter en bon argentin : « je suis là, j’attends les questions. Lancez le ballon au gardien de but. Allez ! »

Les questions, sans doute préparées, permettent au successeur de Pierre de livrer de façon directe le fond de sa pensée : d’abord sur les rumeurs qui ont circulé sur sa santé.

« (Je suis) toujours en vie, bien que certaines personnes souhaitent ma mort », explique le souverain pontife qui ajoute « qu’il y a même eu des réunions entre prélats qui pensaient que l’état du pape est plus grave que ce qui était dit. Ils préparaient le conclave. Patience ! Dieu merci, je vais bien. »

Point besoin d’être vaticaniste pour jauger l’ambiance pesante qui règne oltretevere, ainsi que les murmures qui s’élèvent des murs léonins.

Puis vient la question de la vision de l’Eglise que défend le successeur de Benoît XVI. L’occasion de pourfendre en quelques phrases choisies, ceux qui voient dans la Tradition une dimension essentielle à la vie de l’Eglise : « ce dont nous souffrons aujourd’hui dans l’Eglise, c’est l’idéologie du retour en arrière. (…) Il s’agit d’une forme de colonisation idéologique », déclare-t-il.

Le ton est donné, et l’on entend rabâcher – bis repetita placent – les notions de « rigidité » et de « cléricalisme », toutes deux considérées comme « des grandes perversions » de l’esprit.

On l’a compris, aimer la Tradition de l’Eglise relève de la pathologie, et cela ne souffre pas le moindre débat, au point que l’on pourrait rétorquer au Saint-Père ce qu’il déclarera quelques instants plus tard, à l’adresse de ceux qui le critiquent : « Je perds parfois patience, surtout lorsqu’ils portent des jugements sans entrer dans un véritable dialogue. »

Comme on pouvait s’y attendre, le pontife argentin est revenu sur la question du motu proprio Traditionis Custodes, qui lui tient particulièrement à cœur, saluant un document qui « met fin à l’automatisme de l’ancien rite », et appelant ceux qui souhaitent célébrer selon le rite tridentin, à « atterrir » et « revenir sur terre » : des propos d’une rare apesanteur théologique…

A un jésuite qui lui affirme que « cela a été une expérience merveilleuse » d’être prêtre-ouvrier, le pape répond très brièvement : « Travailler pour gagner son pain… le travail manuel ou intellectuel est un travail, c’est la santé. » Réponse qui sonne comme un encouragement pour ce qui a été condamné par le pape Pie XII et qui a fait tant de mal aux prêtres.

Bien sûr, le pape François n’a pas manqué de revenir sur ce qui restera l’une des nombreuses illusions mort-nées de son pontificat, appelant à « accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants ».

« Lancez le ballon au gardien de but », avait dit le pontife romain au début de son entretien. Mais ce dernier, tout en encourageant ses frères jésuites, a distribué nombre de cartons rouges, surtout à ceux qui ne veulent pas se laisser entraîner dans le tourbillon de son progressisme.