Etats-Unis : une mémoire sélective

06 Décembre, 2021
Provenance: fsspx.news

Désireux de redorer, sur le continent africain, un blason terni par de nombreux faux pas, les Etats-Unis viennent de retirer le Nigéria de la liste noire des Etats où la liberté religieuse est particulièrement menacée, pays gangrené par un terrorisme islamiste qui vise régulièrement les chrétiens.

La dernière édition de la liste noire des pays « particulièrement préoccupants » en matière de liberté religieuse, que la première puissance met à jour tous les ans réserve une suprise.

Le 17 novembre 2021, le Nigéria a disparu de la liste des pays montrés du doigt « pour avoir perpétré ou toléré des violations flagrantes, systématiques et persistantes de la liberté religieuse ». La situation des chrétiens se serait-elle réellement améliorée dans ce pays d’Afrique ?

Pas vraiment, si l’on écoute les témoignages de première main : ainsi, en marge d’une conférence organisée par l’Aide à l’Eglise en détresse (AED), le 9 octobre 2021, Mgr Wilfred Anagbe, évêque catholique de Makurdi, au centre du Nigéria, dénonce un nettoyage ethnique et religieux :

« La réalité que nous vivons n’est pas celle d’une guerre, mais celle d’un génocide, les fulanis [des bergers nomades peuls, acquis à la cause du djihad pour des raison diverses] réalisent des raids sur les chrétiens cultivateurs », dénonce le prélat.

A la toute fin de l’année 2020, dans son Rapport sur la liberté religieuse dans le monde, AED avançait le chiffre de 2 200 chrétiens tués en un an, dont 1 300 par les seuls djihadistes peuls, et plusieurs centaines par les autres organisations islamistes qui terrorisent le nord de la région.

L’absence du Nigéria a stupéfait les observateurs : « nous demandons instamment au gouvernement américain de nous aider en nous permettant de savoir ce qui a changé entre le moment où notre pays a été placé sur la liste des ‘pays particulièrement préoccupants’ et aujourd’hui », écrit dans un communiqué du 21  novembre dernier, l’Association chrétienne du Nigeria (CAN).

Cette dernière exprime son étonnement. « Le gouvernement américain ne nous a pas contactés lorsqu’il a inscrit le Nigéria sur la liste des pays particulièrement préoccupants en matière de liberté de religion, et ne nous a pas demandés notre avis avant de retirer le Nigéria de cette liste », explique Samson Ayokunle, le président de la CAN.

« S’il l’avait fait, nous aurions pu comparer les statistiques d’alors et d’aujourd’hui sur la question de la liberté de religion au Nigeria », ajoute-t-il. Aux yeux de la CAN, dans le pays le plus peuplé d’Afrique, les chrétiens ont été et sont toujours persécutés par l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) et le groupe djihadiste Boko Haram.

« Ces personnes ont déclaré que leur objectif était de faire disparaître le christianisme du Nigéria et de faire de l’islam la seule religion du nord jusqu’à l’océan Atlantique au sud ; ce programme, avec le meurtre de chrétiens, n’a pas cessé jusqu’à aujourd’hui et les Nigérians en sont les témoins vivants », conclut Samson Ayokunle.

En fait, l’administration Biden sacrifie les chrétiens sur l’autel des intérêts américains sur le continent africain, car il y a urgence, vu le recul de l’influence des Etats-Unis dans la région, à l’inverse de la Chine et de la Russie, dont le poids y est sans cesse croissant.

En effet, de récents ratés n’ont pas aidé à redorer le blason de l’Amérique : pressions opérées sur le gouvernement soudanais pour traduire l’ancien chef d’Etat Omar Al-Bachir devant la Cour pénale internationale ou sympathies affichées à l’égard des rebelles tigréens dans le conflit éthiopien.

Autant de faux pas qu’il convient de réparer en s’assurant les faveurs de la première économie de l’Afrique subsaharienne.

Alors qu’ils viennent d’ôter le Nigéria de leur liste noire des Etats au sein desquels la liberté religieuse est mise à mal, les Etats-Unis ont en revanche ajouté la Russie de Vladimir Poutine.