Fin de vie en France : une claire limite à l’œcuménisme

03 Décembre, 2022
Provenance: fsspx.news

Dans le débat sur la fin de vie, il n’y aura pas de front commun du côté des dirigeants religieux de l’Hexagone. Et pour cause : si le catholicisme rejette de façon claire l’euthanasie, le protestantisme, le judaïsme et l’islam ont quant à eux des nuances parfois importantes sur la question.

Sans surprise, il n’y aura pas de déclaration commune œcuménique, au moment où la convention citoyenne doit se réunir à partir du 9 décembre 2022, afin d’éclairer le choix de l’Etat sur l’opportunité de faire évoluer la loi Claeys-Leonetti, entendez parvenir à une légalisation de l’euthanasie : « Nous avons plutôt éliminé cette option », déclare pudiquement le président de la Conférence des évêques de France (Cef), dans l’édition du 27 novembre dernier du Journal du Dimanche.

En réalité, les nuances sont parfois abyssales entre le catholicisme d’une part, et le protestantisme, l’islam et le judaïsme d’autre part. Cohérente avec elle-même, signe réconfortant de son unité et de sa catholicité, l’Eglise catholique condamne sans appel toute action visant à mettre directement fin à la vie du patient, ou à mettre à la disposition de ce dernier les moyens lui permettant d’en finir.

Les autres grandes « religions » présentes sur le sol français avancent en ordre dispersé sur la question, sans parler de leurs contradictions internes : dans le judaïsme, l’euthanasie est ainsi strictement interdite, comme le rappelle le site internet du Consistoire, mais certains rabbins, s’appuyant sur des récits talmudiques évoquant les cas où la vie n’est plus digne ou n’est plus supportable, estiment que la mort peut être accélérée, au cas par cas.

Dans l’islam, Allah est lui aussi maître de la vie et de la mort, aussi l’euthanasie est-elle ordinairement condamnée. Mais il y a des nuances parmi les spécialistes du Coran : le Pr Sadek Beloucif, qui fut membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) de 1999 à 2007, insiste sur l’importance donnée par l’islam à l’intentionnalité des actes.

C’est ainsi qu’il cite un hadith – un propos ou acte prêté au prophète de l’islam Mohammed – sur l’aide à mourir. « Même si l’acte a une conséquence négative, il est valide s’il est effectué de bonne foi et avec un bon esprit », explique le spécialiste, dont la position n’est pas isolée.

Quant aux protestants, traversés par une nébuleuse de courants allant des littéralistes aux plus libéraux, leur approche de la fin de vie est à géométrie variable : « Au sein du protestantisme, nous ne sommes pas tous alignés », reconnaît dans un bel euphémisme, Christian Krieger, président de la Fédération protestante de France.

Ainsi, la position de l’Eglise sur la fin de vie manifeste une belle cohérence qui fait sa force, comme l’explique dans une contribution inattendue au Figaro l’ancien ministre de l’éducation nationale : « De toutes les religions, c’est sans doute la catholique qui, depuis toujours, s’oppose le plus résolument à une légalisation de l’euthanasie.

« Et elle le fait au nom d’une théologie qui vaut tout autant à ses yeux contre l’avortement et qu’on trouvera formulée de manière forte dans les paragraphes du Catéchisme officiel de l’Eglise romaine consacrés à ces questions. »

Et Luc Ferry de conclure : « La doctrine catholique, sur ce point aussi claire que constante, culmine alors dans un vigoureux appel à développer les soins palliatifs plutôt qu’à légaliser l’euthanasie, mais à l’idée que les êtres humains ne sont pas les “maîtres et possesseurs” d’une vie qui leur a été confiée par Dieu, elle ajoute deux autres considérations touchant la signification de la souffrance. (…)

« D’une part, la maladie peut être une “voie de conversion”. (…) En outre, le supplice du Christ est selon l’Eglise un exemple pour les êtres humains, car “par sa passion et sa mort sur la Croix, Il a donné un sens nouveau à la souffrance : elle peut désormais nous configurer à Lui et nous unir à sa passion rédemptrice”. »

De fortes paroles que les évêques de France pourront reprendre à leur compte, afin de galvaniser tous les fidèles français et les rassembler derrière la bannière du combat pour la vie, de sa conception à sa fin naturelle.