France : la splendeur retrouvée du Retable d’Issenheim

22 Juillet, 2022
Provenance: fsspx.news
Retable d’Issenheim : partie peinte

Installé dans un ancien couvent de Dominicaines fondé en 1252, le musée Unterlinden de Colmar présente une remarquable collection de sculptures et de peintures de la fin du Moyen Age et de la Renaissance. Le cloître gothique, édifié de 1280 à 1289, serait aujourd’hui le plus complet d’Alsace.

Ce musée possède l’un des chefs d’œuvre de l’art occidental : le Retable d’Issenheim, impressionnant polyptique sculpté par Nicolas de Haguenau vers 1510 et peint par Mathias Grünewald de 1512 à 1516. Le Retable a retrouvé son éclat original, grâce au travail magistral réalisé par une équipe de restaurateurs.

A deux pas du couvent, les visiteurs pouvaient, il y a peu, observer les dernières retouches effectuées par Anna Brunetto, spécialiste mondiale de la restauration au laser, penchée sur le cadre en bois d’un des tableaux qui composent l’œuvre. Il s’agit de progresser millimètre par millimètre, pour enlever les couches de peinture successives ajoutées sur le cadre au fil du temps, et retrouver les couleurs d’origine.

« La complexité est de trouver l’équilibre entre les parties qu’on veut enlever et celles qu’on veut garder », expliquait cette Italienne de 52 ans. Le Retable d’Issenheim, composé de dix tableaux, présente des épisodes de la vie du Christ et de saint Antoine, et huit reliefs sculptés.

Une restauration sur plus de quatre ans

Le chef-d’œuvre a pâti des couches de vernis déposées successivement, assombries ou jaunies avec le temps, et des manipulations opérées à la Révolution française comme au cours des deux guerres mondiales, pour le mettre à l’abri, qui ont altéré les encadrements et les supports en tilleul.

Après plusieurs opérations superficielles, jusqu’à la dernière menée au début des années 1990, une restauration complète s’imposait. Elle s’est déroulée sur plus de quatre ans et demi, principalement dans l’enceinte du musée, mais aussi à Paris (pour les sculptures) et Vesoul (pour certains encadrements). Une rénovation qui a coûté 1,4 million d’euros, financée à 80% par le mécénat.

La restauration a mobilisé deux équipes, dix personnes en charge des sculptures, sous la houlette de Juliette Lévy, et vingt-et-une pour les peintures, dirigées par Anthony Pontabry, qui exprime sa satisfaction devant l’ampleur du travail accompli.

« Il y a cinq siècles de patine sur les tableaux, donc il y a une légère métamorphose des couleurs, mais je pense que nous sommes très très proches de ce que Grünewald a fait », soutient le restaurateur âgé de 75 ans.

Le Retable de la vie du Christ et de saint Antoine

Entre 1512 et 1516, les artistes Nicolas de Haguenau (pour la partie sculptée) et Grünewald (pour les panneaux peints) réalisent le célèbre retable pour la commanderie des Antonins d’Issenheim, un village situé à une vingtaine de kilomètres de Colmar. Ce polyptyque, qui ornait le maître-autel de l’église du couvent d’Issenheim avant la Révolution, fut commandé par l’un des supérieurs de l’ordre, Guy Guers, précepteur de la commanderie de 1490 à 1516.

Fondée vers 1300, la commanderie d’Issenheim relève de l’ordre de Saint-Antoine qui a vu le jour à la fin du IXe siècle dans un village du Dauphiné. L’ordre des Antonins a pour vocation de soigner les malades atteints du feu sacré ou feu de saint Antoine, véritable fléau au Moyen Age. Cette maladie liée à l’ingestion d’ergot de seigle, parasite de cette céréale, provoque une contraction des vaisseaux sanguins pouvant mener à la nécrose des membres.

Pour venir en aide aux malades, les Antonins leur servaient du pain de bonne qualité et préparaient le saint-vinage, un breuvage à base de vin dans lequel les religieux faisaient macérer des plantes et tremper des reliques de saint Antoine. Ils produisaient également un baume à base de plantes aux vertus anti-inflammatoires.

La commanderie d’Issenheim acquiert peu à peu une richesse considérable dont témoignent les nombreuses œuvres d’art qu’elle a commandées et financées. Le Retable figure parmi elles. Il est resté dans cet établissement religieux jusqu’à la Révolution et pour empêcher sa destruction, il fut transporté à Colmar, à la Bibliothèque Nationale du District, en 1792. Il a été transféré en 1852 dans l’église de l’ancien couvent des Dominicaines d’Unterlinden, où il constitue le joyau du musée.

Outre le Retable, le Musée Unterlinden propose un parcours de visite couvrant près de 7000 ans d’histoire, de la Préhistoire à l’art du XXe siècle. Ce voyage dans le temps, à travers des collections encyclopédiques, permet de découvrir les multiples aspects de l’architecture du musée. Dans le cloître gothique est présenté l’art du Moyen Age et de la Renaissance, avec des œuvres de Martin Schongauer, Hans Holbein, Lucas Cranach.

Musée Unterlinden, Place Unterlinden, 68000 Colmar - 03 89 20 15 50

Mercredi au lundi : 9h – 18h. Mardi : fermé. Clôture des caisses 30 minutes avant la fermeture du Musée.

Retable d’Issenheim : partie sculptée