France : nomination de Mgr Ulrich à Paris

31 Mai, 2022
Provenance: fsspx.news
Mgr Laurent Ulrich, lors de la prise de possession de son nouveau diocèse, le 23 mai dernier

Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, a été nommé par le pape François archevêque de Paris.

Comme le rappelle Jean-Marie Guénois dans Le Figaro du 26 avril 2022, il « bénéficie d’une longue expérience épiscopale, puisqu’il a exercé cette responsabilité pendant une vingtaine d’années : à Chambéry (2000-2008) tout d’abord, puis dans le Nord à Lille (2008 –2022). C’est un homme plutôt méthodique, réputé pour sa capacité de gestion et d’administration. “Il suit de près les dossiers, il écoute tous les points de vue mais sait trancher. Sans être autoritaire, il a une autorité naturelle”, confie l’un de ses collaborateurs. »

Selon la Lettre de Paix liturgique n°860 du 26 avril : « cet homme d’allure classique, mais qui n’a rien d’un traditionnel, est parfaitement dans la ligne du pontificat bergoglien. A Lille, où il était sur le siège qui fut occupé par Mgr Vilnet et Mgr Defois, il est entouré d’un clergé du Nord plus progressiste que lui, au sein duquel il a d’ailleurs eu à gérer trois grosses affaires de mœurs.

« Mais il entend qu’on sache quelle est sa ligne : accueil des migrants, proximité des pauvres. […] Bon administrateur, il gère avec prudence, évitant “les histoires”, détestant le bruit et la fureur, sachant faire avancer des collaborateurs en guise de “fusibles”.

« Il lui faudra restaurer la confiance avec ses subordonnés et son clergé : l’ancien archevêque [Mgr Aupetit], homme d’un caractère difficile et cassant avec ses subordonnés, avait vu deux de ses vicaires généraux, Alexis Leproux et Benoist de Sinety, claquer la porte et démissionner à quatre mois d’intervalle. Du jamais vu. Benoist de Sinety était d’ailleurs parti dans le diocèse de Lille, où Mgr Ulrich lui avait confié la grosse paroisse lilloise de Saint-Eubert. »

Beaucoup s’interrogent sur la position du nouvel archevêque vis-à-vis de la liturgie traditionnelle, à la publication de Traditionis custodes, relate Paix liturgique, « Mgr Ulrich (et surtout son conseil) a (ont) voulu réduire le nombre des messes traditionnelles célébrées dans ces lieux. Des négociations s’en suivirent, dans lesquelles le P. de Sinety, sur la paroisse duquel se trouve Saint-Etienne [où est célébrée la messe tridentine], a joué un rôle important de facilitateur.

« Et pour finir, Mgr Ulrich fit une déclaration pour dire que rien n’était changé… » A ce sujet, Jean-Marie Guénois rapporte dans l’article déjà cité : « Un observateur le dit devenu, avec l’expérience, “plus pragmatique qu’idéologue”. » Le temps dira ce qu’il en est vraiment.

Le prédécesseur sacrifié sur « l’autel de l’hypocrisie »

A Rome, à l’occasion du choix de Mgr Ulrich, les vaticanistes s’intéressent plus aux critères du pape François dans les renvois et les nominations épiscopales en France et dans le monde. Ainsi Sandro Magister, sur son blogue Settimo Cielo du 5 mai, écrit : « plus que cette nomination, c’est la manière dont son prédécesseur a dû abandonner sa charge qui en dit long sur le style de gouvernement du pape.

« Mgr Michel Aupetit, qui était archevêque de Paris depuis 2017, a été renversé par une campagne médiatique massive qui a déterré et retourné contre lui une relation présumée avec une secrétaire, une affaire qui avait pourtant été classée comme privée de fondement par les autorités ecclésiastiques plusieurs années auparavant.

« Le pape François, comme on le sait, considère le “commérage” comme la peste et l’a défini à plusieurs reprises comme étant même plus criminel que le terrorisme. Et pourtant, il n’a pas hésité à sacrifier Mgr Aupetit sur ce qu’il a lui-même défini comme étant “l’autel de l’hypocrisie”.

« En 2020 déjà, la destitution de Mgr Philippe Barbarin comme archevêque de Lyon avait suivi le même schéma : bien que blanchi par la justice, il avait finalement succombé à un raz-de-marée d’accusations médiatiques pour présomption de couverture d’abus sexuels.

« Et aujourd’hui, c’est l’archevêque de Cologne, le cardinal Rainer Maria Woelki, qui se trouve sur la sellette et qui fait l’objet d’une campagne médiatique similaire, alors qu’il est en réalité attaqué parce qu’il est l’une des rares voix critiques importantes du Chemin synodal de l’Eglise en Allemagne.

« Et l’archevêque de Milan, Mgr Mario Delpini, est lui aussi sous le feu des critiques, là encore pour avoir soi-disant couvert des abus. Paris, Lyon, Cologne et Milan sont tous des diocèses très importants. Et pourtant, c’est “l’autel de l’hypocrisie” qui aura décidé de la destitution de leurs titulaires respectifs, même pour le pape. »

Le 25 avril, sur le site Monday Vatican, Andrea Gagliarducci écrivait : « Le problème avec l’autel de l’hypocrisie, c’est que le poids de l’opinion publique devient insupportable. Et cela influence aussi les critères de sélection des nouveaux évêques, car leurs positions doivent être celles que l’opinion publique peut comprendre, afin que l’Eglise ne soit pas attaquée.

C’est un péché originel qui nous accompagne depuis l’élection du pape François, qui avait été appelé pour changer le discours sur l’Eglise après une saison d’attaques constantes. […] Ainsi, avec ce péché originel, le pape François est peut-être sur la voie du dernier changement générationnel significatif de son pontificat.

« La pression de l’opinion publique et les sacrifices sur l’autel de l’hypocrisie, et le carriérisme qui ne manque pas, y compris sous le pontificat de François – qui prétend pourtant les combattre vigoureusement –, jouent un rôle décisif dans les décisions. »

Le vaticaniste souligne que c’est au nom de la « pastoralité » – entendez : contre le « cléricalisme » doctrinal, moral et liturgique – que d’importantes nominations ont été faites : « le pape François, au fil des ans, est devenu le protagoniste de ce qui a été défini par beaucoup comme “un tournant pastoral”.

« Le profil de certains nouveaux évêques immédiatement devenus cardinaux en témoigne : aux Etats-Unis, Blaise Cupich, transféré à Chicago ; Wilton Gregory, déplacé à Washington ; et Joseph Tobin, transféré à Newark.

« En Amérique latine, la création de l’archevêque de Huancayo Pedro Barreto Jimeno comme cardinal, et la promotion comme archevêque de Santiago du franciscain Celestino Aos, mais aussi l’influence croissante de l’évêque Robert Francis Prevost de Chiclayo (Pérou).

« Dans de nombreux cas, le pape a accordé sa confiance à des membres d’ordres religieux, en particulier les jésuites et les franciscains, car il a probablement l’impression de mieux connaître leur mentalité, et il les trouve à l’abri des excès du carriérisme. […]

« Ce virage pastoral, qui se reflète également dans les intentions de la réforme de la Curie, ne garantit cependant pas une bonne gouvernance. En voulant à tout prix changer d’approche, on court le risque d’une inexpérience du pouvoir qui n’est pas toujours bonne. »

Et Andrea Gagliarducci de s’interroger sur une des contradictions de ce pontificat : « On peut dire que c’est l’Eglise que veut le pape François, une Eglise non pas accro au pouvoir mais pastorale. C’est peut-être vrai. Mais est-ce la voie à suivre ?

« Et surtout, si c’est le modèle d’Eglise recherché, pourquoi le pape n’a-t-il aucun scrupule à s’arroger les prérogatives de Pape Roi – cela est démontré par les presque 40 motu proprio de son pontificat – et de décideur universel ? »