François et les migrants

19 Juillet, 2021
Provenance: FSSPX Spirituality
Le cardinal Luis Antonio Tagle

Le 15 juin 2021, le cardinal Luis Antonio Tagle, préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des peuples, s’est exprimé à la clôture de la campagne Share the journey [partagez le voyage], soutenue par Caritas Internationalis.

Lancée en 2017 par le pape François, cette campagne était suivie par la Congrégation pour l’évangélisation des peuples et le Dicastère pour le service du développement humain intégral. Elle a donné lieu à un vaste programme de solidarité en faveur des migrants, qui a été relayé par les antennes nationales de Caritas Internationalis.

Le cardinal philippin a invité les Etats à ne pas se renfermer dans l’égoïsme et la peur de l’étranger : « A une époque où le Covid-19 est censé conduire à la solidarité mondiale, la fin de la campagne mondiale de Caritas Internationalis est une invitation à continuer à partager le voyage avec les migrants, surtout en ce moment très difficile. »

Ces initiatives montrent l’utilité « des actes concrets d’amour », a-t-il souligné, et procurent une « sainte fierté » à l’Eglise catholique. 

« Le Saint-Père a été une source d’inspiration pour tout cela », a poursuivi le cardinal Tagle, expliquant comment François a encouragé l’accueil, la protection, la promotion et l’intégration, quatre fondamentaux que le pape, dans son message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2018, a indiqué comme réponses aux défis posés par la migration contemporaine.

Dimanche 20 juin, à l’issue de la prière de l’Angélus le pape François, lui-même, a tenu à rappeler la Journée mondiale des réfugiés, promue par les Nations unies ce même dimanche.

« Ouvrons nos cœurs aux réfugiés ; faisons nôtres leurs peines et leurs joies ; apprenons de leur courageuse résilience ! », a-t-il déclaré après avoir cité dans sa catéchèse l’appel à l’aide des migrants qui se noient en mer.

« Tous ensemble, ainsi nous deviendrons une communauté plus humaine, une seule grande famille », a poursuivi le pape François.

Le rêve de François est-il la volonté de Dieu ?

Dans son message publié le 6 mai 2021 à l’occasion de la 107e Journée mondiale du migrant et du réfugié, qui aura lieu le 26 septembre prochain, François a choisi pour thème : « Vers un nous toujours plus grand », souhaitant ainsi, précise-t-il, « indiquer un horizon clair pour notre parcours commun dans ce monde ».

Cet horizon, déclare-t-il d’emblée, est présent dans le projet créatif de Dieu lui-même : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : “Soyez féconds et multipliez-vous” » (Gn 1, 27-28).

Et, à la désobéissance d’Adam et Eve, poursuit le pape, Dieu a offert « un chemin de réconciliation non pas à des individus, mais à un nous destiné à inclure toute la famille humaine, tous les peuples : “Voici la demeure de Dieu avec les hommes ! Il habitera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu” (Ap 21, 3) ».

Mais les temps de crise comme la pandémie actuelle, explique le souverain pontife, divisent le nous à la faveur des « nationalismes fermés et agressifs » et de « l’individualisme radical », et fatalement les étrangers, les migrants, les marginaux qui vivent dans les périphéries existentielles, en payent le prix fort.

Avec une exégèse singulière et une théologie personnelle, François écrit cette « histoire du nous » pour « lancer un double appel à marcher ensemble vers un nous toujours plus grand », appel qui s’adresse à tous les membres de l’Eglise catholique et, dans un second temps, à tous les hommes et femmes du monde entier.

Pour que grandisse « une Eglise toujours plus catholique », le pape François appelle ses fidèles à s’engager « en réalisant ce que saint Paul a recommandé à la communauté d’Ephèse : “Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit ; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême” (Ep 4, 4-5) ».

Et sachant que « son Esprit nous rend capables d’embrasser tout le monde pour faire communion dans la diversité, en harmonisant les différences sans jamais imposer une uniformité qui dépersonnalise », la rencontre avec les étrangers apporte alors – dialogue interculturel aidant – « l’opportunité de grandir en tant qu’Eglise, de nous enrichir mutuellement ».

– Ces conclusions très pratiques en faveur de l’immigration montrent bien qu’une exégèse singulière et une théologie personnelle sont nécessaires pour écrire cette « histoire du nous », qui ressemble fort à un évangile… selon François.

A travers ce message du pape, il s’agit moins d’être apôtre, d’enseigner la bonne nouvelle évangélique, que d’établir « un terrain fécond pour le développement d’un dialogue œcuménique et interreligieux sincère et enrichissant ». Il s’agit avant tout de « marcher ensemble », il s’agit moins de partager le trésor de la foi que « d’élargir sa tente pour accueillir tout le monde ».

Puis François exhorte tous les hommes et toutes les femmes du monde « à recomposer la famille humaine, pour construire ensemble notre avenir de justice et de paix, en veillant à ce que personne ne reste exclu ».

Faisant référence à l’idéal de la nouvelle Jérusalem, « où tous les peuples se rassemblent dans la paix et l’harmonie, célébrant la bonté de Dieu et les merveilles de la création », le pape explique qu’il faut « tous nous efforcer de faire tomber les murs qui nous séparent, et de construire des ponts qui favorisent la culture de la rencontre ».

Il demande enfin à tous de « préserver la création que le Seigneur nous a confiée et de la rendre encore plus belle », dans la ligne de Laudato si’ et de Querida Amazonia.

Et de conclure : « Nous sommes appelés à rêver ensemble. Nous ne devons pas avoir peur de rêver et de le faire ensemble comme une seule humanité, comme des compagnons de route, comme les fils et filles de cette même terre qui est notre maison commune, tous frères et sœurs. »

Les migrants du pape et les manants de Dieu

Face à cet engouement du pape et de son entourage pour la « culture de la rencontre », le dossier intitulé « Le pape et les migrants » paru dans Nouvelles de Chrétienté n°169, janvier-février 2018, n’a en rien perdu de son actualité. L’éditorial de ce numéro permet d’en saisir la portée :

« Dès le début de son pontificat, le pape François a montré une sollicitude extrême à l’égard des migrants, au point que certains fidèles catholiques se demandent s’il ne faudrait pas être des réfugiés pour attirer son attention.

« Les “périphéries extérieures” sont l’objet de son vif intérêt, mais les manants de Dieu, ceux qui demeurent (en latin : manent) fidèles, paraissent l’intéresser moins ; tant ils sont suspects, à ses yeux, de crispation identitaire ou d’égoïsme rigide.

« Naguère c’était “l’option préférentielle pour les pauvres”, aujourd’hui il semble que l’on opte préférentiellement pour les migrants, au détriment des manants. Ces derniers sont-ils crispés parce qu’ils ne veulent pas que les minarets remplacent les clochers ? Sont-ils rigides parce qu’ils veulent conserver la foi catholique ? […]

« Les positions du pape sur l’immigration, majoritairement musulmane, concernent la vie, ou la survie, des nations chrétiennes. Question vitale où tous sont concernés.

« Le dossier de ce numéro de Nouvelles de Chrétienté permet de voir que l’immigration n’est pas qu’une question simplement politique et économique, mais bien religieuse.

« Les principes théologiques nouveaux, adoptés au Concile, sur l’Eglise et la modernité, sur la dignité de la personne humaine, sur le dialogue interreligieux, sont sous-jacents à ce débat.

« Ceux qui voulaient ne voir dans les controverses sur les nouveautés conciliaires que des querelles byzantines, s’aperçoivent que ces nouveautés théologiques ont des conséquences concrètes, pratiques, vitales.

« Il s’agit bien d’un dossier auquel ont été versés les documents utiles à la compréhension de ce grave problème. Plutôt que d’ajouter des explications nouvelles, nous avons préféré laisser parler le pape, les analyses critiques qui lui sont adressées, et surtout les faits et les chiffres sur l’immigration qui, à eux seuls, valent tous les commentaires.

« Loin d’être le signe d’une étroitesse d’esprit et de cœur, demeurer dans la fidélité à la foi reçue est le gage de pouvoir en transmettre toutes les richesses à ceux qui n’ont pas eu la grâce de la recevoir. De cette mission les manants de Dieu doivent être humblement fiers. »

Dossier « Le pape et les migrants », Nouvelles de Chrétienté n°169, janvier-février 2018, 4 €, à commander à CIVIROMA, 33 rue Galande, F-75005 Paris.