Génétique : le Vatican n’entend pas avoir un train de retard

06 Octobre, 2022
Provenance: fsspx.news

Le Saint-Siège vient d’organiser un colloque inédit sur l’ingénierie moléculaire et cellulaire. Le but : garder la main sur une science en constante évolution, ce qui nécessite l’élaboration et la mise à jour de solides garde-fous éthiques à l’attention des scientifiques.

« Cette science progresse comme un train lancé à vive allure : plutôt que de nous lamenter, nous devons reprendre la main, monter dans ce train, intervenir, et si besoin, le faire changer de voie. » Pour Ralf Stutzki, chef du pôle éthique du département d’ingénierie moléculaire de l’Université de Bâle (Suisse), il est urgent que l’Eglise aide les chercheurs à formuler des normes éthiques afin de guider leurs travaux.

C’est tout le sens de la première conférence internationale sur l’éthique de l’ingénierie du vivant, organisée conjointement par l’Académie pontificale pour la vie et l’hôpital pédiatrique Bambino Gesu, les 26 et 27 septembre 2022.

Pour aborder les aspects éthiques de l’ingénierie moléculaire et cellulaire, le colloque a rassemblé des professeurs d’éthique et de philosophie, ainsi que des scientifiques impliqués dans l’édition et le séquençage du génome humain.

Dans son mot d’introduction, Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie – contesté pour certaines positions progressistes – a déclaré que l’objectif de cette rencontre était de réfléchir aux développements scientifiques et technologiques d’aujourd’hui, en particulier dans le domaine de la vie et de la santé.

A l’heure actuelle, dans le but de soigner des pathologies très diverses, la recherche est parvenue à fabriquer des micro-tissus cellulaires, à partir de cellules souches, adultes ou embryonnaires : dans ce dernier cas, l’Eglise s’oppose à cette pratique car elle passe par la destruction de l’embryon, tandis qu’elle soutient à des fins thérapeutiques la recherche sur les cellules souches adultes.

Mais l’ère numérique déplace toujours plus le curseur, comme l’explique dans son intervention Hans Clever, généticien néerlandais, directeur du pharma Research and Early Development (pRED) chez Roche, puissante société pharmaceutique basée en Suisse.

En effet, lorsque les scientifiques franchissent les normes éthiques et travaillent sur des cellules souches embryonnaires, ils parviennent aujourd’hui à créer des « embryoïdes », c’est-à-dire des structures qui ressemblent à un embryon, mais qui sont dénuées de certaines cellules essentielles pour dépasser ce stade précoce.

Pour Hans Clever « à mesure que la recherche progressera, ces  “embryoïdes” auront toutes les propriétés de véritables embryons, ce qui soulèvera de nouveaux problèmes éthiques, et c’est là que nous avons besoin de lignes directrices vraiment solides ».

Présente au colloque, Marie-Jo Thiel, médecin enseignant l’éthique à l’Université de Strasbourg, a rappelé la « contribution importante » que la théologie catholique peut et doit apporter en cette matière pointue : « Les valeurs et l’éthique ne sont pas des limites ou des obstacles à l’innovation et au changement ; elles représentent une boussole indiquant la meilleure direction pour un avenir durable », a-t-elle déclaré.

Hans Clever résume bien le problème : selon lui,  il est urgent d’« impliquer les spécialistes en éthique dans les réunions de chercheurs, car ces derniers ne parviennent pas à prendre du recul, voulant aller toujours plus loin pour voir ce qui se passe à la prochaine étape ».

Quitte à foncer dans le mur : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », prévenait déjà Rabelais en son temps. Reste à voir désormais si l’écho de ce colloque dans le monde scientifique sera à la hauteur de l’espérance de ses organisateurs.