Guerre en Ukraine : la diplomatie vaticane sous le feu des critiques

25 Juin, 2022
Provenance: fsspx.news
Giovanni Maria Vian, ancien directeur de l’Osservatore Romano

Le conflit ukrainien est l’occasion, pour certaines voix critiques de l’actuel pontificat, de s’élever, en Europe ou aux Etats-Unis : dernier en date, l’ancien directeur de l’Osservatore Romano, estime « confuse » la communication du pontife argentin. La réaction ne s’est pas faite attendre.

Giovanni Maria Vian a présidé aux destinées de l’Osservatore Romano pendant onze années. Avant d’être victime, en 2018, de la grande restructuration des médias du Vatican décidée par le pape François.

Autant dire qu’il ne faut pas s’attendre, de la part du directeur émérite du prestigieux quotidien romain, à une bienveillance excessive lorsqu’il s’agit de commenter certains aspects du pontificat actuel, comme en témoigne l’entretien accordé à Il Foglio, le 17 juin 2022.

L’homme de lettres se livre à une analyse sévère de la gestion du dossier ukrainien, jugeant « déroutante » la communication du Saint-Siège dont la réputation internationale a été, selon ses termes, « écornée » par une série de déclarations officielles « allant dans tous les sens ».

« Au départ – explique Giovanni Maria Vian – les médias du Vatican ont insisté sur une certaine responsabilité de l’Otan, sur sa propension à s’étendre trop à l’Est. Par la suite, le secrétaire d’Etat a évoqué le droit à la légitime défense du peuple ukrainien, et puis en fin de compte, le pape a de nouveau émis l’hypothèse d’une ‘faute’ attribuable aux ‘aboiements’ de l’Otan ».

A la question de savoir s’il est déjà arrivé par le passé que la diplomatie du Saint-Siège s’exprime de façon aussi « contradictoire » selon lui, l’ancien patron de l’Osservatore Romano, répond : « A ma connaissance, non. »

Et d’ajouter : « La confusion est considérable, elle dépasse le cadre de la seule communication, et le jugement de l’Histoire sera loin d’être positif. »

En cause, pour Giovanni Maria Vian : « L’origine argentine du Souverain Pontife, son caractère, ses décisions personnelles et sa manière directe et immédiate de décider et de communiquer, tout cela aide à contextualiser des choix souvent surprenants. En ce temps de guerre, on ne peut manquer d’observer que les positions du pape ressemblent à celles des Etats qu’on définissait autrefois comme ‘non alignés’. »

En écho à cette critique sévère, le média conservateur américain Fox News emploie les mêmes mots, accusant, le 20 juin dernier, le pontife argentin d’avoir « créé la confusion » : « Le Vatican a raté l’occasion d’apporter une clarté éthique à la guerre de la Russie contre l’Ukraine », juge Francis Rooney.

La défense du pape François n’a pas tardé, elle est venue du côté du journal Il Foglio. Quelques jours plus tard, l’écrivain et journaliste Marco Politi a démonté – sans pour autant nommer leurs auteurs – une à une les critiques faites à l’encontre de l’hôte de Sainte-Marthe :

« Le pape a brisé le charme du politiquement correct qui entourait le conflit ukrainien dès le premier instant », explique-t-il, faisant référence à une prise de parole du pape François pour qui « la guerre en Ukraine ne devait pas être jugée selon le schéma qui part du principe qu’il existe un bon Petit Chaperon rouge, et un loup très méchant ».

Selon le journaliste, la communication pontificale vise à « démanteler la fable simpliste du conflit en Ukraine », les déclarations émanant du Vatican sont « pertinentes » et « tout sauf improvisées. (…) François braque le projecteur sur la logique d’escalade par inertie » actuellement à l’œuvre dans le conflit, estime-t-il.

Pour finir, le pape semble avoir lui-même répondu à ses contradicteurs lors de l’angélus du 19 juin dernier : « Devant la souffrance d’un peuple martyr, on n’est pas face à deux lignes d’actions politiques (qui s’affronteraient) c’est plutôt la responsabilité humaine qui est en jeu. » Malgré un mal persistant aux genoux, le pontife argentin n’a rien perdu de son habileté au tacle…