Guinée-Bissau : montée préoccupante du militantisme islamiste

21 Juillet, 2022
Provenance: fsspx.news

Pour la première fois dans l’histoire du pays, une église, récemment reconstruite avec le soutien de l’Aide à l’Eglise en détresse (AED), a été saccagée. Les auteurs de l’attaque sont encore inconnus, mais la montée du militantisme islamique dans la région est préoccupante.

La population catholique de Guinée-Bissau, petit pays situé au sud du Sénégal, est inquiète à cause de l’attaque et du vandalisme d’une église catholique, Sainte Isabelle de Gabú, le 2 juillet 2022. Les images des dégâts causés par l’attaque ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux.

L’administrateur du diocèse de Bafatá, Don Luccio Brentegani, a dénoncé le vandalisme déclarant que « rien, ni personne, ne peut séparer la communauté chrétienne » du reste du pays. Les chrétiens sont une minorité d’un peu moins de 13 % dans cette ancienne colonie portugaise d’Afrique de l’Ouest.

Les musulmans forment la majorité, avec environ 46 % de la population, tandis que les adeptes des religions traditionnelles africaines représentent environ 40 %. Malgré cela, il s’agit du premier incident de vandalisme d’église de mémoire d’homme dans le pays.

Destruction d’images de saints et de crucifix

L’église construite en 1946 avait été rouverte il y a exactement un an, en juillet 2021, après l'aide apportée par l’AED pour diverses réparations dans l'édifice en mauvais état. Le toit menaçait de s’effondrer.

Les vandales ont détruit des statues : celles de Notre-Dame et de Sainte Elisabeth, patronne de la paroisse. Un crucifix et une image de Notre-Dame de Gebra ont également été brisés. Le P. Luccio, prêtre italien, explique que cette dernière image est « populaire parmi tous les catholiques de la partie est du pays, et constitue un très ancien symbole de la présence catholique en Guinée-Bissau. »

Le secrétaire régional de Gabú, Mussá Câmara, a déclaré que les autorités s’étaient engagées à retrouver et à traduire en justice le ou les responsables de cet acte de vandalisme. Pour sa part, interrogé par la presse, le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, a minimisé l’affaire.

« Combien de fois des mosquées ont-elles subi des vols ? Si on vole dans une église, on doit simplement laisser la police faire son travail. Si une église a été vandalisée, est-ce si grave ? À quelle fréquence les horloges, les ventilateurs électriques ou les climatiseurs sont-ils volés dans les mosquées ? Même au Vatican, ou à La Mecque, il y a des cas de vol, est-ce si grave ? »

Tension croissante dans la région

Même si l’on ignore encore à qui attribuer cet acte, il y a fort à craindre qu’il ne soit lié à la montée de l’extrémisme en Guinée-Bissau, contre laquelle le dernier rapport sur la liberté religieuse de l’AED avait déjà lancé une mise en garde.

Ce rapport indique que « la tension monte » dans ce pays africain, soulignant aussi que « certains groupes terroristes djihadistes se sont impliqués dans des activités illégales », comme le trafic de drogue.

La présence croissante de groupes terroristes islamiques dans cette partie de l’Afrique avait déjà conduit la Conférence épiscopale régionale d’Afrique de l’Ouest francophone – qui inclut les évêques de Guinée-Bissau – à publier un message pastoral commun en mai 2019.

Dans ce dernier, ils attirent l’attention sur l’« inquiétante vague de violences » à laquelle sont confrontés les chrétiens de la région. Bien qu’il soit fort probable que des groupes terroristes soient actifs dans la région, jusqu’à présent, cela ne s’était pas traduit par des actes de violence ou d’intimidation contre la population non musulmane, « mais il reste à voir si la présence islamiste radicale croissante changera cela », indique le rapport de l’AED.