L’heure de vérité entre la Chine et le Vatican

30 Novembre, 2022
Provenance: fsspx.news

Le Saint-Siège vient de protester officiellement contre l’installation récente d’un évêque auxiliaire au sein d’une juridiction ecclésiastique illégitime aux yeux de Rome, par le biais d’un communiqué au ton inhabituellement ferme. C’est le premier véritable test de l’accord sino-Vatican, reconduit il y a quelques semaines, et dont la survie ne semble tenir qu’à un fil.

La lune de miel, au moins apparente, entre le vicaire du Christ et le Fils du Ciel aurait-elle fait long feu ? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a été sérieusement entamée depuis le communiqué officiel publié sur le site officiel du Vatican, le 26 novembre 2022, comme l’a déjà rapporté FSSPX.Actualités.

Interrogé le 28 novembre sur l’installation unilatérale de Mgr John Peng Weizhao comme évêque auxiliaire du « diocèse de Jiangxi », le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a répondu à la presse qu’il n’était « pas au courant de cette question particulière », balayant d’un revers de main les protestations romaines.

Et Zhao Lijian de se borner à souligner que « ces dernières années, la Chine et le Vatican ont atteint une série de consensus importants, et (que) les relations sino-vaticanes continuent de s’améliorer afin de promouvoir un développement harmonieux du catholicisme chinois ».

Pour Michel Chambon, anthropologue et théologien spécialiste de la Chine, la fermeté nouvelle du Vatican marquerait un « changement de stratégie » dans le « contexte de montée de la pression depuis le mois d’avril dernier et l’arrestation du cardinal Zen ».

Loin de marquer l’échec de l’accord, le communiqué romain révèlerait, selon le chercheur, que celui-ci est rentré dans une phase de test : en effet, les autorités chinoises ont bien pris la précaution de nommer comme évêque, un prélat issu de l’Eglise dite « souterraine » ou « clandestine », reconnu par Rome depuis la première heure, évitant ainsi l’accusation de schisme formel, ce qui aurait signé l’ultime transgression fatale à l’accord entre Rome et Pékin.

Côté Saint-Siège, le bras de fer en cours aurait, toujours selon le sinologue, pour but de garantir le pouvoir de Rome dans le transfert des évêques et le découpage des circonscriptions ecclésiastiques : pour le Vatican en effet, le « diocèse » de Jiangxi demeure une province divisée en cinq diocèses et préfectures apostoliques, fusionnés en une seule entité par les autorités communistes, en 1985, sans l’aval du pape.

En d’autres termes, la décision de nommer un évêque légitime aux yeux de Rome, à un diocèse non reconnu par celle-ci, est pour Pékin une façon habile de clarifier et de durcir l’accord passé avec le Vatican, en lui traçant de sévères limites.

Pour Rome, communiquer son mécontentement serait une façon de « tester » les maîtres de l’empire du Milieu. Et plus encore peut-être, une opération de survie, une tentative pour la diplomatie vaticane de garder la face.

Le Saint-Siège ne saurait en effet transiger sur la faculté de nommer, promouvoir ou transférer ses évêques, au risque de perdre en crédibilité, et de laisser se détériorer un peu plus son image sur l’échiquier géopolitique mondial, à l’heure où beaucoup s’interrogent sur les silences de la diplomatie pontificale quant à la situation alarmantes des catholiques en Chine.

Dans un entretien accordé au magazine jésuite America, effectué une semaine avant la protestation du Saint-Siège, le pape a défendu une nouvelle fois la ligne diplomatique du Vatican vis-à-vis de la Chine. « On dialogue tant que c’est possible », insiste-t-il dans cet entretien. Le but du Saint-Siège, souligne-t-il, est de permettre aux catholiques chinois d’être « de bons catholiques et de bons Chinois ».

Prenant l’Ostpolitik menée par le cardinal diplomate Agostino Casaroli pendant la guerre froide comme modèle, il affirme que le « dialogue est la voie de la meilleure diplomatie », reconnaissant cependant sa lenteur et les « échecs » qui peuvent jalonner cette route.

Le Vatican ira-t-il jusqu’au bout de sa protestation ? Il est en tout cas certain que la Chine va profiter de cet épisode pour tester les limites de la détermination du Saint-Siège.