Hong Kong : l’Eglise catholique est-elle menacée ?

23 Septembre, 2020
Provenance: fsspx.news
Cathédrale de l'Immaculée Conception à Hong Kong

L’éminent millionnaire catholique et magnat des médias, Jimmy Lai, a été arrêté avec deux de ses fils et deux dirigeants de sa société Next Media, comme le rapporte le site catholique américain Crux.

L’entrepreneur Jimmy Lai, parmi les plus critiques du régime chinois, a été arrêté le 10 août 2020 au matin, à son domicile de Ho Man Tin. Le siège de son journal Apple Daily a également été perquisitionné à grand renfort de police à la recherche de preuves montrant « la collaboration avec les forces étrangères », selon la nouvelle Loi sur la sécurité nationale, a annoncé l’agence des Missions étrangères italienne AsiaNews.

Après la Loi sur la sécurité nationale, les arrestations  

Le chef d’entreprise, âgé de 71 ans, faisait partie des 10 personnes interpellées dans un coup de filet contre la mouvance pro-démocratie. Ces personnalités sont accusées d’avoir conspiré avec des étrangers pour « provoquer le chaos ». Leur arrestation a été rendue possible avec la nouvelle loi qui a réduit à néant le modèle « un pays - deux systèmes », en vigueur jusqu’au 30 juin 2020.  

Converti à l’âge adulte au catholicisme et grand ami du cardinal Joseph Zen Ze-kiun, évêque émérite de Hong Kong, Jimmy Lai a poursuivi une campagne pour la liberté avec l’Apple Daily, devenant un grand partisan du mouvement démocratique. Son journal a régulièrement publié des rapports sur les scandales et la corruption au sein de la classe dirigeante communiste. Grâce à la nouvelle loi sur la sécurité, Pékin a désormais les mains libres pour le poursuivre. 

Jimmy Lai est connu pour être un fervent soutien de l’Eglise catholique à Hong Kong, souligne la journaliste Ellen Ann Allen, du site internet Crux. Il aurait réalisé des dons à hauteur de 20 millions de dollars en faveur du cardinal Zen, qui les a utilisés pour soutenir l’Eglise catholique dite « souterraine » (non-officielle) de Chine. L’argent donné au prélat équivaudrait à près du tiers de toutes les donations de soutien réalisées par Jimmy Lai, selon le journal South China Morning Post. La plus grande part de ces fonds a servi à renforcer le mouvement pro-démocratie à Hong Kong.  

Jimmy Lai, ses deux fils Ian et Timothy, et la militante pro-démocratie Agnès Chow ont été libérés sous caution dans la nuit du 11 au 12 août, publiait AsiaNews le jour même. Lai et ses deux enfants, dans l’attente du procès qui aura lieu en septembre, n’ont fait aucun commentaire. Agnès Chow a dénoncé l’utilisation par le gouvernement de la nouvelle loi sur la sécurité nationale « pour réprimer la dissidence politique ». 

Depuis le 1er juillet, Hong Kong est le théâtre d’arrestations massives et d’une répression contre les militants pro-démocratie. Le cardinal Zen a déclaré à plusieurs reprises qu’il était prêt à être arrêté. Sur 7,5 millions d’habitants Hong Kong compte environ 900 000 chrétiens pratiquants, dont 500 000 catholiques.  

Pourquoi le silence de François sur Hong Kong ?

Le cardinal John Tong, archevêque de Hong Kong, n’a pour l’instant pas pris position sur la nouvelle loi de sécurité, affirmant dans l’hebdomadaire du diocèse ne pas croire que la nouvelle loi menaçait la liberté religieuse. Mgr Zen a considéré que son successeur avait fait cette déclaration pour apaiser les autorités chinoises, mais qu’elle ne reflétait pas sa position d’origine. Le cardinal Zen a par ailleurs critiqué à plusieurs reprises le « silence » du pape François devant l’action du gouvernement de Xi Jinping. Car si le souverain pontife et son administration ne semblent pas se priver de condamner les exactions dans bien des pays, occidentaux ou non, l’attitude change indubitablement avec Pékin.  

L’évêque émérite de Hong Kong a publié sur son blogue, le 6 juillet, un long rappel sur la politique vaticane en Chine. Il conclut par ces réflexions sur la situation à Hong Kong : « Dans la situation actuelle, on [le Saint-Siège] nous demande de rester dans une position “unie”. A tout prix ? Unis dans la vérité ou dans le compromis ? (…) Pourquoi, alors que toutes les nations crient à l’injustice, manque-t-il la voix du Vatican ? Est-ce que cela a vraiment à voir avec l’argent ? Pourquoi le Vatican ne veut-il pas réfuter la calomnie ? »

Les tractations diplomatiques en cours pour le renouvellement de l’Accord provisoire et secret entre le Vatican et Pékin, peuvent expliquer le mutisme romain.