Hong-Kong : nouvelle condamnation pour Jimmy Lai

15 Décembre, 2021
Provenance: fsspx.news
Arrestation de Jimmy Lai en 2020

Le tribunal de district de Wan Chai a condamné Jimmy Lai, fondateur du journal Apple Daily, ainsi que sept autres personnes à des peines de prison ferme pour leur participation à la veillée du souvenir de Tiananmen le 4 juin 2020 qui avait été interdite pour raisons sanitaires.

Jimmy Lai, catholique déclaré, a été condamné à une peine de 13 mois de prison ferme. D’autres opposants ont été condamnés à des peines allant de neuf à quatorze mois de prison. La plus lourde peine a été portée contre Lee Cheuk-yan, ancien président de l’Alliance (Alliance en soutien aux mouvements patriotiques et démocratiques de Chine, mouvement qui a toujours organisé les veillées du 4 juin).

Une quinzaine d’autres militants, déjà condamnés pour cette même veillée, se sont vu infliger des peines allant de six à dix mois d’emprisonnement. Les peines de Jimmy Lai et de Lee Cheuk-yan seront toutefois confondues – purgées en même temps – avec celles qu’ils purgent actuellement.

Retour sur les faits

Depuis trente ans, une « veillée du souvenir » est organisée à Hong Kong à la mémoire des victimes de la répression de la place Tiananmen de Pékin, le 4 juin 1989. L’Armée populaire de libération avait pénétré avec des chars sur la place occupée par des dizaines de milliers de personnes, surtout des étudiants. Le nombre des victimes n’est pas connu avec certitude.

Pour la première fois, la police de Hongkong avait refusé la tenue de la manifestation pour des raisons sanitaires, en pleine pandémie de Covid-19. L’autorisation a aussi été refusée en 2021. Mais un millier de personnes s’étaient néanmoins réunies ce 4 juin 2020, et s’étaient ensuite dispersées après avoir allumé des chandelles et crié quelques slogans. La police n’a pas eu à intervenir.

Le jugement reconnaît que Jimmy Lai a quitté les lieux rapidement, mais affirme que sa seule présence était un acte voulu pour attirer l’attention sur le rassemblement illégal qui s’en est suivi. « Il n’a pas besoin d’inciter verbalement pour avoir l’intention d’inciter », indique le jugement.

Les avocats de la défense ont fait remarquer l’illégitimité de l’interdiction : l’épidémie était très bien contrôlée, et à l’époque les écoles, les magasins, les transports publics et même les boîtes de nuit et les clubs de karaoké étaient ouverts.

Une condamnation politique

Quelques jours avant la séance publique, le verdict avait été annoncé par la juge Amanda Woodcock, en présence de proches des trois prévenus, ainsi que de plusieurs diplomates occidentaux. Le cardinal Joseph Zen, grand ami de Jimmy Lai, était présent.

Une journaliste hongkongaise faisait remarquer : « Il y a quelques années, participer à un rassemblement illégal se soldait, dans le pire des cas, par une amende de 1.500 dollars (160 euros) et quelques jours de services communautaires ». Mais, le fait qu’il se soit agi d’une commémoration du 4 juin 1989 a rendu ce procès éminemment politique.

Le président de l’Alliance, Chow Hang-tung, a déclaré dans son plaidoyer : « Nous avons laissé des traces, une histoire du souvenir de Tiananmen. Que le tribunal entende ou non nos arguments est mineur. Ce qui compte est qu’on ne réussira pas à nous réduire au silence ».

Jimmy Lai, par la voix de son avocat, a fait cette belle déclaration : « Si se souvenir de ceux qui sont morts, victimes de l’injustice, est un crime, faites-moi payer pour ce crime afin que je partage le fardeau glorieux de ces jeunes dont le sang a coulé le 4 juin [1989]. »

La loi sur la sécurité nationale comme arme de répression

Le 1er juillet 2020, une loi controversée sur la sécurité nationale est entrée en vigueur à Hong Kong, après avoir été imposée au territoire par Pékin. Le gouvernement chinois s’est ainsi emparé du pouvoir pour réprimer les manifestations pro-démocratiques. La récente condamnation de Lai n’a pas été prononcée en vertu de cette loi, mais il est également accusé en vertu de la loi sur la sécurité.

Benedict Rogers, directeur général de l’organisation britannique Hong Kong Watch, a pointé que les récentes condamnations allaient à l’encontre de la Loi fondamentale, ou constitution, de Hong Kong.

« Ces condamnations tournent en dérision les affirmations selon lesquelles le gouvernement de Hong Kong continue de faire respecter la Loi fondamentale, qui garantit le droit à la liberté de réunion, à la liberté d’association et à la liberté de religion ou de croyance », a-t-il déclaré le 9 décembre.

« Il est de plus en plus clair que le gouvernement de Hong Kong n’est guère plus qu’un vassal du Parti communiste chinois à Pékin. Dépourvu d’autonomie, de décence et de bon sens, il semble déterminé à effacer l’autonomie, la culture et l’histoire de Hong Kong », a-t-il encore écrit.

Pour rappel, près de 200 policiers avaient arrêté Lai le 10 août 2020, ainsi qu’au moins neuf autres personnes liées au journal Apple Daily, dans le cadre d’une répression des libertés civiles dans le territoire insulaire. Ils avaient perquisitionné les bureaux du journal et saisi du matériel, ce qui avait amené la cessation de parution.