A Hong Kong, Pékin intensifie sa pression sur l’Eglise

08 Janvier, 2022
Provenance: fsspx.news
La cathédrale de Hong Kong, enserrée par les bâtiments voisins, comme les catholiques le sont par la politique de sinisation

La sinisation et la pensée de Xi Jinping sur la religion étaient au programme d’une réunion organisée au plus haut niveau entre les représentants catholiques de Chine populaire et ceux de Hong Kong, dont la marge de manœuvre semble se réduire singulièrement au fil des mois.

La réunion s’était tenue dans la plus grande discrétion, le 31 octobre 2021. Rien n’avait fuité jusqu’ici, car au pays de Confucius, le silence demeure une vertu des plus prisées.

C’est seulement à quelques heures du passage à 2022 que plusieurs prêtres hongkongais ont décidé de jouer le rôle de lanceurs d’alerte, en révélant la venue, dans l’ancienne colonie britannique, d’évêques de Chine continentale ayant pour but de « tenir informé » le clergé local de la « vision de la religion entretenue par le président Xi Jinping ». Tout un programme…

Les prêtres ayant assisté à ce séminaire inédit, le décrivent comme « l’action jusqu’ici la plus assumée de Pékin, pour tenter d’exercer son influence sur le diocèse de Hong Kong », censé pourtant dépendre avant tout du Saint-Siège.

Bien que les dirigeants catholiques de Hong Kong aient rencontré leurs homologues continentaux individuellement par le passé, c’est la première fois que les deux parties se sont réunies à un tel niveau, à l’initiative de la République de Chine populaire.

Une réunion d’une journée qui a été attentivement suivie en direct, via Zoom par les membres du Bureau de liaison du gouvernement central de Pékin à Hong Kong, l’entité qui incarne l’autorité croissante du Parti communiste chinois (PCC) dans la cité portuaire.

Interrogée par Reuters, Susanne Ho, porte-parole du diocèse de Hong Kong, a déclaré que le diocèse « n’a pas pour habitude de divulguer les détails de ses réunions privées », tandis que le Bureau de liaison n’a pas même daigné faire quelque commentaire que ce soit.

Sans jamais mentionner le nom de Xi Jinping, ni émettre d’instructions en provenance de Zhongnanhai – la nouvelle Cité interdite – les intervenants chinois ont développé l’idée selon laquelle la politique de « sinisation » à l’œuvre sur le continent, était une forme d’inculturation dans la droite ligne de ce que prônent l’Eglise catholique et le Saint-Siège en la matière. Xi Jinping, et Mateo Ricci, même combat en somme…

L’un des prêtres présents a livré son sentiment : « on aurait dit qu’il ne s’agissait là que d’une première étape, et qu’ils ne souhaitaient pas être trop insistants, mais nous savons tous ce qu’il y a derrière le terme de ‘sinisation’ si bien qu’il n’y avait nul besoin de donner plus de précisions. »

« L’ombre de Xi Jinping planait sur la réunion »

C’est ce qu’a déclaré un second prêtre joint par Reuters. Et pour cause : au même moment, le président chinois affirmait depuis Pékin que « le PCC devait désormais consacrer l’essentiel de son action à la sinisation des religions, en vue d’unir le plus grand nombre de croyants autour du Parti et du gouvernement ».

La réunion a été présidée par le cardinal John Tong, qui était encore, au 31 octobre dernier, administrateur apostolique du diocèse.

Etaient aussi présents l’évêque élu de Hong Kong – mais non encore consacré à cette date – Mgr Stephen Chow, ainsi que le père Peter Choy, un proche du régime de Xi Jinping.

Fait intéressant rapporté par les témoins : le nouvel évêque de Hong Kong n’a assisté que brièvement à la réunion, sans être présent ni à l’ouverture, ni à la clôture. Un service minimum afin de s’assurer probablement une marge de manœuvre dans un avenir loin d’être radieux.

L’un des témoins de la réunion conclut, lucide : « la pression se fait plus forte ; il va nous falloir être plus intelligent que jamais pour résister ». A Hong Kong, les nuages s’amoncellent dans un ciel toujours plus rouge.