Immeuble londonien : un juge britannique charge le Vatican

07 Avril, 2021
Provenance: fsspx.news
Le secrétaire d’Etat du Saint-Siège à nouveau dans la tourmente ?

Dans l’affaire de la transaction immobilière douteuse de Sloane Avenue, impliquant plusieurs fonctionnaires du Saint-Siège, un magistrat britannique vient de rendre des conclusions qui contredisent l’enquête menée de son côté par la justice du Vatican.

Tout commence en 2012 dans les locaux du Credit Suisse à Londres, où un représentant de la secrétairerie d’Etat du Saint-Siège, et un financier italien, Raffaele Mincione, se rencontrent.

Ce dernier conseille :  « n’investissez pas dans un projet pétrolier en Afrique, mais dans l’immobilier de luxe à Londres ». Un conseil qui sera suivi d’effet deux ans plus tard, en 2014.

Un transfert de 150  millions d’euros aurait alors été effectué depuis les comptes du Credit Suisse et de la Banca della Svizzera Italiana (BSI) de Lugano à la société holding de Raffaele Mincione, permettant d’investir dans un immeuble d’un quartier huppé de la capitale britannique, au 60, Sloane Avenue.

Au passage, Raffaele Mincione et plusieurs de ses comparses, dont l’homme d’affaires Gianluigi Torzi, encaissent de juteux honoraires.

Oltretevere, on aurait dû se rappeler, avec Monsieur de La Fontaine, que les conseilleurs ne sont pas les payeurs : au fil des mois, les investissements à Londres – en raison de la dévaluation de la livre, de la crise économique liée à la Covid-19 et de l’incertitude liée au Brexit – ont enregistré de nombreuses pertes. Et celui du Vatican en particulier.

Ainsi, l’immeuble de Sloane Avenue pourrait avoir fait perdre une coquette somme – entre 73 et 166 millions d’euros – au Saint-Siège, si l’on en croit la déclaration de Mgr Nunzio Galantino, directeur de l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA), dans un entretien au quotidien italien L’Avvenire du 2 novembre 2020.

La justice du Vatican n’est pas en reste : le 5 juin 2020, les magistrats du plus petit Etat du monde font arrêter Gianluigi Torzi, accusé d’avoir extorqué les fonds ayant permis l’achat du 60, Sloane Avenue, profitant d’une présumée « incompétence  » de Mgr Alberto Perlasca, ancien chef de la première section de la secrétairerie d’Etat, un homme du cardinal Tarcisio Bertone, ancien numéro deux du Vatican, du temps de Benoît XVI.

Le volet britannique de l’affaire prend une tournure désagréable pour le Vatican

Les magistrats sollicitent également la justice britannique afin d’enquêter sur le volet anglais de l’affaire pour obtenir la saisie des comptes de M. Torzi. Coup de théâtre : le 24 mars dernier, le Corriere della Sera rapporte que le juge britannique du parquet de Southwark en charge du dossier, estime que les responsables de la secrétairerie d’Etat étaient loin d’être dupes d’une transaction immobilière douteuse.

« Les inexactitudes du Saint-Siège dans cette affaire sont effarantes », écrit dans son rapport Tony Baumgartner, qui considère qu’il n’existe pas selon lui de « motifs raisonnables laissant à penser que M. Torzi aurait eu un comportement criminel ».

Dans la décision de quarante-deux pages qui a été rendue publique, le magistrat de Southwark s’appuie, entre autres, sur une note datée du 25 novembre 2018, signée par le secrétaire d’Etat, le cardinal Pietro Parolin.

Le numéro deux du Vatican y approuve clairement la transaction immobilière au cœur de l’affaire : « Après avoir lu ce mémorandum, et à la lumière des explications fournies hier soir par Mgr Perlasca et Fabrizio Tirabassi ; après avoir été rassuré sur la validité de l’opération (qui apporterait des avantages au Saint-Siège), sa transparence et l’absence de risques de réputation […], je suis favorable à la conclusion du contrat. Merci. P. Parolin. »

Quoi qu’il en soit, la décision de Tony Baumgartner constitue un nouveau revers pour l’hôte de Sainte-Marthe qui a fait de la lutte contre la corruption l’un des objectifs saillants de son pontificat.

Dans l’enceinte léonine, il se chuchote même que des têtes pourraient bientôt tomber : cela commence à faire beaucoup depuis le début du pontificat…