Inde : face aux lois anti-conversion, les évêques haussent le ton

09 Octobre, 2021
Provenance: fsspx.news
Mgr Joseph Anil Joseph Thomas Couto

Face à la multiplication de lois anti-conversion qui menacent l’action des missionnaires en Inde, une délégation de religieux emmenés par l’archevêque de Dehli, s’est rendu au siège du gouvernement fédéral afin de protester contre le traitement fait à la minorité chrétienne.

Dans neuf Etats de l’Inde, qui en compte 27, tout un arsenal juridique sanctionne les conversions de l’hindouisme vers d’autres religions « par force ou par tromperie », parmi lesquels l’Odisha (ex-Orissa), l’Uttar Pradesh, l’Arunachal Pradesh, le Chhattisgarh, le Gujarat, le Jharkhand, l’Himachal Pradesh, le Madhya Pradesh et l’Uttrakhand.

Les religions musulmane et chrétienne sont particulièrement visées par ces lois adoptées au niveau local. Si elles ont pour but avoué de proscrire les conversions par la force, leurs détracteurs dénoncent une volonté de restreindre la liberté de culte des minorités. Pour les chrétiens indiens, elles entravent notamment l’action des missionnaires.

Un dixième Etat, le Karnataka, au Sud du pays, envisage de promulguer une loi similaire : ainsi, le 28 septembre 2021, le ministre en chef de l’Etat, Basavaraj Bommai, a publié un décret visant la « conversion religieuse forcée », bien que les dix évêques présents dans cet Etat aient rencontré le chef de l’exécutif local, afin de lui demander qu’aucune nouvelle législation ne soit adoptée.

Le même jour, une délégation d’une cinquantaine de religieux, emmenée par Mgr Anil Joseph Thomas Couto, archevêque de Dehli, était reçue au siège du gouvernement de l’Union, dans la capitale indienne, afin de demander une nouvelle fois l’abrogation des lois anti-conversion, et d’attirer l’attention sur les exactions répétées qu’elles entrainent sur les chrétiens.

Mgr Couto a notamment évoqué l’épisode du 17 septembre dernier, qui vit cinq familles chrétiennes subir des violences de la part d’hindous, dans le district de Kandhamal (Odisha) : « dans la plupart des cas », a souligné l’archevêque de Dehli, « la police et les fonctionnaires du gouvernement ne prêtent pas beaucoup d’attention aux plaintes des chrétiens ».

Les ministres fédéraux présents durant l’entrevue ont tenté de rassurer le prélat indien, lui promettant « d’examiner la question ».

Ces paroles seront-elles suivies d’effet ? On peut en douter quand on sait que le pouvoir est actuellement exercé, au niveau fédéral ainsi que dans la plupart des Etats, par le Bharatiya Janata Party (BJP) une formation nationaliste qui a pour but de purifier le pays de toute religion non hindoue.

Car les hindous sont ultra-majoritaires en Inde, où ils représentent 80 % de la population. Les minorités musulmanes et chrétiennes y représentent respectivement 14 % et 2,3 % de la population – soit vingt-neuf millions de chrétiens – dans un pays qui compte 1,3 milliard d’habitants.

Néanmoins, l’effondrement de la cote de popularité du premier ministre Narendra Modi, en raison de sa gestion calamiteuse de la crise de la Covid-19, ouvre une période d’incertitude politique qui pourrait profiter aux minorités religieuses, en leur procurant un peu de répit.