Inde : un peu de répit pour les chrétiens

19 Avril, 2021
Provenance: fsspx.news
Cour suprême de l’Inde

A New Delhi, la Cour suprême vient de rejeter un recours visant à interdire au niveau fédéral les conversions de l’hindouisme vers une autre religion : une mesure déjà en vigueur dans plusieurs Etats, dénoncée par l’Eglise qui y voit une entrave supplémentaire à son action missionnaire.

Le catholicisme va-t-il pouvoir souffler un peu en Inde ? En théorie, oui, si l’on en croit l’arrêt rendu par la Cour suprême du pays, le 9 avril 2021.

Ce jour-là, la plus haute juridiction de la république fédérale examinait le recours dont l’avait saisie Ashwini Kumar Upadhyay, juriste et fervent soutien de la cause du parti nationaliste hindou au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP).

Celui-ci demandait l’introduction d’une loi fédérale afin de limiter de façon drastique les conversions à une autre religion, s’appuyant sur de prétendus passages frauduleux et massifs de l’hindouisme vers le christianisme ou l’islam, « en usant de la carotte et du bâton », selon les termes du requérant.

« Il n'y a plus un seul district où l’on n’exerce pas la magie noire, et où l’on ne recense pas de conversions religieuses forcées. (…) Il n’y a pas une semaine sans que de tels incidents soient signalés dans notre pays dans lequel les conversions s’opèrent en intimidant, en menaçant, en attirant par des dons et des avantages monétaires », avançait Ashwini Upadhyay.

Insensible à des arguments sans fondement, la Cour suprême a rejeté un recours jugé inconstitutionnel au regard de l’article 25 de la Constitution indienne, qui stipule que les citoyens sont libres de professer, de pratiquer et de propager librement leur religion, dans les justes limites de l'ordre public.

« Pourquoi pensez-vous que le terme ‘propager’ est utilisé ? Pourquoi une personne de plus de 18 ans ne devrait-elle pas choisir sa religion ? », a lancé Rohinton F. Nariman, magistrat à la Cour, à l’adresse de l’avocat du BJP.

Selon le père Babu Joseph Karakombil, ancien porte-parole de la Conférence des évêques d’Inde (CBCI), la décision de la plus haute juridiction indienne arrive « au bon moment, alors que les groupes pros hindous accusent les missionnaires chrétiens d’utiliser des moyens frauduleux pour convertir les pauvres dalits [ou intouchables, personnes considérées hors-castes et affectés à des fonctions ou des métiers jugés impurs] », a-t-il expliqué à Ucanews.

Ainsi que FSSPX.Actualités l’a déjà évoqué, huit Etats indiens – tous aux mains du BJP – ont introduit des lois anti-conversion, qui ciblent en premier lieu les minorités musulmanes et chrétiennes, et dont les peines peuvent aller jusqu’à dix ans de prison pour les contrevenants.

Officiellement, ces nouvelles lois visent à punir les conversions effectuées par la violence ou par la ruse : en réalité, comme le dénoncent les chrétiens, elles sont utilisées pour criminaliser l’action des missionnaires.

Au pays des maharadjas, la religion hindoue rassemble 80% de la population, tandis que le christianisme ne représente guère plus de 2%, dans un pays qui compte 1,3 milliard d’habitants.

Le BJP et son chef, le premier ministre Narendra Modi, ont placé la notion d’hindutva – littéralement « hindouïté » – au cœur de leur action politique, ce qui implique l’éradication du sol indien de toute religion étrangère.