Jérusalem : la présence chrétienne menacée

22 Avril, 2022
Provenance: fsspx.news
Panorama de Jérusalem-Est

C’est dans un climat de tension que les chrétiens de la vieille ville de Jérusalem ont célébré cette année les fêtes de Pâques. En cause : un hôtel occupé de façon illégale, depuis la mi-carême, par des colons juifs qui cherchent à éradiquer toute présence chrétienne dans la Ville Sainte. Avec le soutien tacite des autorités.

Depuis plusieurs années déjà, les trois principales confessions chrétiennes – catholique, arménienne orthodoxe, et grecque orthodoxe – sont confrontées à une entreprise systématique de colonisation de leurs quartiers, de la part de factions nationalistes juives.

C’est ainsi que le groupe Ateret Cohanim - littéralement “Couronne des prêtres” - s’efforce de « judaïser » Jérusalem-Est – un secteur illégalement annexé par Israël selon l’ONU – en acquérant des biens immobiliers par le biais de sociétés écrans, et en y installant des colons juifs afin d’éradiquer l’identité chrétienne de la Ville sainte.

Le conflit a amorcé un nouveau tournant vers la mi-carême, le 27 mars 2022, lorsque les colons ont repris, en y entrant par effraction une partie de l’hôtel Petra.

La propriété de cet immeuble, situé près de la porte de Jaffa à Jérusalem, est disputée depuis 20 ans devant les tribunaux israéliens.

Vendu par l’ancien patriarche grec-orthodoxe, Irénée Ier, dans le cadre d’un accord controversé en 2004, l’hôtel Petra et son voisin l’hôtel Imperial sont depuis revendiqués par Ateret Cohanim. De son côté, le Patriarcat grec-orthodoxe n’a cessé d’accuser la partie adverse de fraude.

Les actions d’Ateret Cohanim cette semaine valident cette affirmation. En s’introduisant par effraction dans le Little Petra, ils agissent comme s’ils étaient au-dessus des lois, sans crainte de conséquences, a dénoncé Theophilos III au cours de la conférence de presse avant d’appuyer : « Il ne s’agit pas seulement d’une menace pour deux hôtels, mais d’une menace pour l’ensemble de la présence chrétienne dans la vieille ville de Jérusalem. »

Une colère partagée par les catholiques qui ont fait front commun devant le danger que représente cette nouvelle spoliation pour l’avenir des chrétiens dans la cité sainte : « nous vous soutenons et nous sommes de votre côté », a assuré le Custode de Terre Sainte au chef de file des grecs orthodoxes, le père Francisco Patton.

Côté israélien, on a promis de « faire de son mieux pour traiter cette question et de faire pression sur les groupes radicaux, afin qu’ils cessent d’occuper l’hôtel ».

Des vœux pieux non suivis d’effets : « il semble que l’Etat n’ait pas le pouvoir, ou la volonté, de faire pression sur les occupants », a déploré Theophilos III, peu avant Pâques.

Une complaisance de l’Etat juif contre laquelle s’insurge le père Nikodemus Schnabel. Pour le bénédictin qui préside aux destinées de l’abbaye du Mont Sion, qui jouxte la vieille ville, « il est très préoccupant qu’Israël ait fermé les yeux ».

Un moine qui sait de quoi il parle, puisque son couvent a été la cible de nombreux actes de vandalisme imputés aux colons, le plus souvent classés sans suite. « Une ville de Jérusalem privée de toute présence chrétienne, avec seulement des juifs et des musulmans ? Quel ennui ! », prévient le père Schabel.