La Cour constitutionnelle de Colombie dépénalise l’IVG

23 Février, 2022
Provenance: fsspx.news
Siège de la Cour constitutionnelle de Colombie

La Cour constitutionnelle de Colombie a approuvé la dépénalisation de l’avortement jusqu’à 24 semaines de grossesse. Par cette manière d’agir, elle passe outre l’autorité du pouvoir législatif dans un domaine aussi fondamental que le droit à la vie.

Dans ce que la grande majorité des médias du monde entier considèrent comme une étape historique pour les droits des femmes (sic), la dépénalisation du crime d’avortement a été approuvée lors d’une session extraordinaire de la Cour constitutionnelle colombienne. Cinq magistrats ont voté pour et quatre contre la dépénalisation.

« La Colombie est à l’avant-garde des droits en matière de procréation, tant au niveau régional que mondial », a déclaré à l’AFP l’avocate Catalina Martínez, du mouvement Causa Justa, à l’origine de la contestation en justice pour inconstitutionnalité de l’infraction d’avortement.

Jusqu’à présent, l’avortement n’était autorisé en Colombie que pour trois motifs : si la santé ou la vie de la mère est en danger, si l’avortement résulte d’un viol ou d’un inceste, ou si le fœtus est malformé. Dans tous les autres cas, il était passible d’une peine pouvant aller jusqu’à quatre ans et demi de prison.

La Colombie devient le cinquième pays d’Amérique latine à dépénaliser l’avortement et le plus souple en termes de délai pour le pratiquer. En Amérique latine, l’avortement est légal en Argentine, en Uruguay, à Cuba et au Guyana, ainsi que dans quatre Etats mexicains, dont celui de la capitale Mexico. Dans la plupart des cas, il est autorisé jusqu’à entre 12 et 14 semaines de grossesse.

La réaction du président colombien

Le président de Colombie, Ivan Duque, a qualifié mardi « d’atroce» la décision de la Cour constitutionnelle de dépénaliser l’avortement jusqu’à 24 semaines de grossesse, et critiqué la juridiction d’avoir pris une décision sans l’avis du Parlement.

« Nous sommes face à une décision qui concerne l’ensemble de la société colombienne et cinq personnes ne peuvent proposer à la nation quelque chose d’aussi atroce que de permettre l’interruption d’une vie jusqu’à six mois de gestation », a déclaré le président conservateur à des journalistes.

Il faisait notamment référence au vote des cinq magistrats – contre quatre – de la Cour en faveur de cette dépénalisation pour n’importe quel motif jusqu’au sixième mois de gestation. Ce vote fait d’ailleurs toucher du doigt l’absurdité de pareille situation : pour une voix il est décidé de la vie ou de la mort d’enfants qui seront assassinés par dizaines de milliers dans le sein de leur mère.

« Dans cette décision je pense qu’il y a des choses très complexes. La première, (le délai) de 24 semaines. Nous ne parlons pas d’une vie en gestation, mais d’une vie qui est déjà dans l’attente de naître », a justement critiqué le chef de l’Etat. A ce stade l’enfant est viable avec le secours des techniques modernes de néonatalogie, ce qui accroît encore l’horreur de pareille décision.

Le président colombien a dit également craindre, qu’après la décision de la Cour, l’avortement ne devienne « un mécanisme contraceptif », notamment en raison de la tradition machiste dans certaines régions du pays où les femmes peuvent être rejetées lorsqu’elles demandent à leur partenaire « qu’il utilise des méthodes comme le préservatif ».

En théorie le Parlement peut modifier la décision de la Cour, en réunissant une majorité s’opposant à l’avortement. Mais ces dernières années les parlementaires ont soigneusement évité d’entrer dans ce débat.