La crise de l’Eglise en Allemagne par les chiffres

29 Juin, 2022
Provenance: fsspx.news
La cathédrale de Cologne

La situation chiffrée de l’Eglise en Allemagne pour l’année 2021, livrée le 27 juin dernier, manifeste la profondeur du délitement du tissu ecclésial dans ce pays. Mais elle montre aussi que, malgré les promesses du Chemin synodal et les prises de position contraires à la doctrine de l’Eglise, la situation ne fait qu’empirer.

Un bilan post-Covid catastrophique

Les statistiques pour l’année 2020 avaient été catastrophiques, mais elle reflétaient, selon Mgr Georg Bätzing, président de la Conférence épiscopale allemande, le fort impact de la pandémie sur la vie des communautés : un net déficit quant aux mariages, aux baptêmes, aux premières communions et aux confirmations.

Les chiffres de 2021 montrent un certain rattrapage : deux fois plus de mariages et de confirmations, et moitié plus de baptêmes. Mais si l’on compare avec les années ayant précédé la pandémie, le compte n’est pas bon. La moyenne des années 2020 et 2021 est très inférieure aux chiffres de 2019.

Un nombre de départs dévastateur

Il faut se souvenir qu’en Allemagne les fidèles sont officiellement enregistrés auprès de l’Etat, en raison de l’impôt religieux. En effet, une partie de l’impôt sur le revenu de chaque catholique est reversé à l’Eglise. La désinscription, est considérée comme une “sortie d’Eglise”.

L’année 2021 a enregistré 359.338 sorties d’Eglise, 138.000 de plus que l’année précédente. Il y a dix ans, un chiffre de 138 000 sorties d’Eglise aurait déjà été considéré comme inquiétant ; en 2010, l’année où l’ampleur des abus a été révélée, 181 000 personnes avaient quitté l’Eglise. Si l’on ajoute les décès, cela fait un total de presque 550.000 catholiques de moins que l’année précédente.

Le tableau ressemble aux années précédentes. Les conclusions tirées des chiffres de 2019 peuvent être appliquées à l’identique à l’année en cours : les diocèses dont les évêques sont particulièrement exposés dans les débats sur les réformes, qu’ils soient conservateurs ou progressistes, sont si proches les uns des autres dans les statistiques qu’aucune conclusion n’émerge.

Les pasteurs conservateurs ne tiennent pas particulièrement bien leur troupeau, ni les évêques progressistes ne tiennent les gens dans leurs bras grands ouverts. D’ailleurs, les statistiques protestantes sont parallèles dans les tendances. C’est l’institution qui n’a plus d’importance : peu importe les différenciations internes et les débats.

Mgr Bätzing a réagi en déclarant que « le renouveau que nous apportons avec le Chemin synodal n’est manifestement pas encore arrivé ici, au contact des croyants ». La réforme qu’il propose ressemble à une modernisation de rattrapage, qui apparaîtra toujours insuffisante. Même là où les décisions commencent à être mises en œuvre le mécontentement persiste.

La crise sans cesse renouvelée des abus

Les enquêtes et les études se poursuivent dans les divers diocèses, entraînant à chaque fois les même accusations, et les mêmes remises en causes générales. Le Chemin synodal n’aide en rien, bien au contraire. Il donne l’impression que la réforme est discutée depuis 50 ans, sans résultat. L’optimisme des principaux protagonistes du synode, clergé comme laïcs, n’est pas partagé.

Chiffres records, chute libre, fusion, implosion : les superlatifs utilisés chaque année pour décrire les nouveaux chiffres s’usent. La métaphore n’est pas nécessaire, les chiffres suffisent : en 2018, le nombre de sorties a été le deuxième plus élevé jusqu’à présent. En 2019, le plus haut. En 2020, à nouveau le deuxième plus élevé. En 2021, à nouveau le plus élevé – en attendant la suite.

Manifestement, le Chemin synodal n’est pas la panacée, et il finira par achever une Eglise moribonde.