La figure du cardinal Stepinac, enjeu diplomatique

01 Mars, 2021
Provenance: fsspx.news

La diplomatie consiste souvent dans l’art de forcer le hasard : le 18 février 2021, alors que l’église autocéphale serbe élisait son nouveau patriarche, le nonce apostolique en Croatie, Mgr Giorgio Lingua, rendait un hommage appuyé à l’ancien cardinal-archevêque de Zagreb, Mgr Alojzije Stepinac, un prélat autant adulé en Croatie que honni en Serbie.

Figure emblématique de l’épiscopat croate, le cardinal Stepinac (1898-1960) est admiré dans son pays pour avoir défendu les populations persécutées sous l’occupation nazie.

Une version que ne partage pas la Serbie : du côté de Belgrade, à l’inverse, le haut prélat est accusé d’avoir collaboré avec l’occupant à des crimes de guerre visant les populations serbes.

Autant dire que les paroles prononcées par le nonce le 18 février 2021 ont eu un écho remarqué, alors que l’entretien accordé à Vatican News par le diplomate romain, intervenait peu après que ce dernier eut été reçu en audience par le Saint-Père.

« J’ai été très impressionné, je dois le dire, par la figure de ce bienheureux prélat que les Croates considèrent comme leur père, et je comprends leur impatience de le voir élevé sur les autels », a déclaré Mgr Lingua.

Le nonce en Croatie de reprendre la sémantique fréquemment utilisée par le pape argentin, afin de brosser le portrait de l’évêque idéal : « Stepinac, tel un berger, était imprégné de l’odeur de son troupeau, il était proche de son peuple, et voyait l’Eglise comme un hôpital de campagne, retroussant ses manches pour faire tout son possible afin d’accueillir les pauvres et les réfugiés. »

En bonne logique, Mgr Lingua – qui, en sa qualité de nonce, a notamment pour mission de présenter des candidats à l’épiscopat – conclut : « le profil de l’évêque idéal, c’est le cardinal Stepinac qui l’incarne à mes yeux ». On ne saurait être plus clair.

Une intervention qui advient au moment où est choisi le nouveau chef de file de la confession autocéphale serbe.

Conformément à la coutume, les noms de trois candidats élus à la majorité simple ont été scellés dans des enveloppes placées dans un évangile. Un moine « orthodoxe » a alors tiré l’une des enveloppes, désignant ainsi le nouveau patriarche.

L’élu, jusqu’ici métropolite de Zagreb, est un soutien du président serbe, Aleksandar Vucic : le hasard fait souvent bien les choses…

L’élection du chef de file de l’église « orthodoxe » serbe survient dans un contexte politique tendu : la Serbie et le Kosovo sont mis sous pression par le président américain Joe Biden et par l’Union européenne. Ces derniers demandent la reprise du dialogue sur la normalisation de leurs relations, treize ans après l’indépendance de ce territoire que Belgrade ne reconnaît toujours pas.

De plus, en ce qui concerne une possible canonisation de Mgr Stepinac, le patriarcat serbe a écrit au pape François dès 2014, réaffirmant son opposition de principe à ce projet.

Afin de désamorcer le conflit, de juillet 2016 à juillet 2017, une commission œcuménique d’historiens serbo-croates – dont a fait partie le nouveau patriarche serbe – a été mise sur pied par le pape François, afin de parvenir à une réhabilitation de la figure du cardinal Stepinac : en vain.

« Je suis serbe, mais avant tout chrétien », a assuré dans un but d’apaisement, le patriarche Porphyre, dans la foulée de son élection : dans ce terrain miné par des oppositions qui plongent leurs racines loin dans le passé, les diplomates du Vatican ont encore fort à faire sur le dossier serbe.