Le cardinal Becciu sera jugé par le tribunal de la Cité du Vatican

05 Juillet, 2021
Provenance: FSSPX Spirituality
Au centre, Giueseppe Pignatone, président du Tribunal de la Cité du Vatican

Dans deux longs articles, le site Vatican news annonce le procès des personnes suspectées dans une fraude financière ayant régulièrement alimenté l’actualité depuis deux ans et concernant un immeuble londonien. L’enquête préliminaire étant achevée, la première audience se tiendra le 27 juillet prochain.

Un rappel des faits

L’affaire, qui commence en 2013, concerne un immeuble situé sur la Sloane Avenue, dans le quartier de Chelsea à Londres. Un fonds luxembourgeois est utilisé pour prendre une participation dans ce bâtiment de 17.000 m2 transformé en appartements de luxe. A cette date, la Secrétairerie d’Etat investit 200 millions de dollars dans le fonds Athena Capital Global Opportunities de Raffaele Mincione.

En 2018, à cause d’irrégularités dans la gestion, le Vatican décide de racheter l’immeuble, avec des pertes considérables, évaporées dans les canaux intermédiaires. Il est question de plusieurs centaines de millions d’euros selon certaines sources.

Ce rachat se fera par un intermédiaire financier, Gianluigi Torzi, qui s’était mis d’accord avec Raffaele Mincione. Deux autres personnages interviennent alors, Enrico Crasso et Fabrizio Tirabassi, qui se serviront de complicités internes au Vatican pour réaliser une opération frauduleuse.

La Secrétairerie d’Etat devra verser 15 millions d’euros supplémentaires pour obtenir finalement le contrôle du bâtiment.

L’Autorité d’information financière (AIF, devenue depuis AISF) est également sur la sellette, car elle aurait eu connaissance en temps voulu des anomalies, et n’aurait pas pris les décisions qui s’imposaient.

Le cardinal Angelo Becciu, ancien substitut de la Secrétairerie d’Etat est accusé d’interférences diverses pour masquer des irrégularités.

Il est aussi visé pour les versements effectués par la Secrétairerie d’Etat à l’entreprise de Cecilia Marogna pour un montant de 575 000 euros. L’enquête a révélé que ces sommes « ont été utilisés, dans la quasi-totalité, pour effectuer des achats non compatibles et donc non justifiables avec l’objet social de cette société ».

Il est enfin accusé d’avoir financé la coopérative de son frère Antonino à hauteur de 600 000 euros provenant de la Conférence épiscopale italienne, et de 225 000 euros provenant des fonds de la Secrétairerie d’Etat.

Les personnes accusées

Le président du Tribunal de la Cité du Vatican, Giuseppe Pignatone, a ordonné l’inculpation de dix personnes à la demande du Promoteur de Justice. Seront ainsi jugés :

René Brülhart, ancien président de l’AIF ; Mgr Mauro Carlino, ancien secrétaire du Substitut de la Secrétairerie d’Etat ; Enrico Crasso, gestionnaire pendant des décennies des investissements de la Secrétairerie d’Etat ; Tommaso Di Ruzza, ancien directeur de l’AIF ; Cecilia Marogna, qui a reçu des sommes considérables de la Secrétairerie d’Etat pour mener des activités de renseignement ; Raffaele Mincione ; Nicola Squillace, avocat impliqué dans les négociations ; Fabrizio Tirabassi, employé du Bureau administratif de la Secrétairerie d’Etat ; Gianluigi Torzi, intermédiaire financier.

Enfin le cardinal Angelo Becciu, qui s’est déclaré « victime d’un complot ». Il a ajouté que « le moment de la clarification approche, et le Tribunal pourra constater le caractère absolument mensonger des accusations ».

René Brülhart a pour sa part déclaré que « l’affaire constitue un vice de procédure » qui sera clarifié, affirmant avoir toujours exercé ses fonctions et ses devoirs « avec correction, loyauté et dans l’intérêt exclusif du Saint-Siège et des organes qui le représentent ».

A considérer les 500 pages extraites de la requête du tribunal publiées par le Vatican, résumées en deux articles très circonstanciés par Vatican news, il apparaît que le Saint-Siège veut faire de ce procès une vitrine de sa nouvelle transparence financière, et montrer que les récentes critiques faites par Moneyval, en particulier celle qui pointait que « les enquêtes sont trop longues, leurs résultats, modestes, et au bout du compte, il n’y a pas de véritable dissuasion », appartiennent au passé.