Le cardinal Hollerich veut lui aussi changer l’Eglise

04 Novembre, 2022
Provenance: fsspx.news
Le cardinal Jean-Claude Hollerich

Le cardinal Mario Grech, secrétaire général du synode des évêques a été vivement accusé par le cardinal Gerhard Müller, dans un entretien récent, de vouloir changer l’Eglise. La même accusation peut être lancée contre le cardinal Hollerich, rapporteur général du synode sur la synodalité.

Mgr Jean-Claude Hollerich, cardinal archevêque du Luxembourg, est président de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE) et vice-président du Conseil des conférence épiscopales d’Europe (CCEE), et enfin rapporteur général du synode sur la synodalité.

Il a donné récemment un entretien à L’Osservatore Romano, reproduit sur Vatican news. Il est interrogé sur le synode et sur ce qui devrait être réformé selon lui dans l’Eglise.

Annoncer l’Evangile…

Il commence par un constat : « je crois qu’en Europe aujourd’hui, nous souffrons d’une pathologie, à savoir que nous sommes incapables de voir clairement ce qu’est la mission de l’Eglise ». C’est probablement vrai, mais pas pour les raisons que donne le cardinal.

Pour le porporato, le discours actuel parle trop de structures, mais, ajoute-t-il « nous ne parlons pas assez de la mission de l’Eglise, qui est de proclamer l’Evangile ». Encore faut-il comprendre ce qu’il entend par là. Il l’explique d’ailleurs juste après :

« Annoncer, et surtout témoigner, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Un témoignage que le chrétien doit interpréter principalement à travers son engagement dans le monde pour la protection de la création, pour la justice, pour la paix. » Autrement dit, une mission purement terrestre, horizontale, de laquelle la grâce est absente. Une mission naturaliste.

Comme exemple de l’accomplissement de cette mission, il donne les deux encycliques du pape François, Laudato si’ et Fratelli tutti, qui sont bien comprises par le monde. Il en veut pour preuve que les politiciens du Parlement européen, qu’il côtoie, ont tous lu ces deux encycliques et « reconnaissent le pape François comme le père d’un nouvel humanisme ».

Aveu tragique : il n’est pas demandé aux papes d’être des humanistes, mais de prêcher Jésus-Christ, sa Révélation, l’Eglise et le salut éternel par la grâce, le repentir de ses fautes et la pénitence.

Et de conclure ce passage par un autre aveu : « c’est à nous de pouvoir expliquer que l’humanisme de François n’est pas seulement une proposition politique, mais qu’il est une annonce de l’Evangile. » Mais de quel Evangile s’agit-il ? D’un Evangile terrestre, qui croit pouvoir sauver les hommes en restant à un niveau purement humain ?

Un changement dans le sacerdoce

Le cardinal Hollerich voit la synodalité comme une exigence de collégialité entre les évêques, et comme une redécouverte du sacerdoce universel des fidèles : « nous devons être conscients que le sacerdoce baptismal n’enlève rien au sacerdoce ministériel. (…) Il n’y a pas de sacerdoce ministériel sans sacerdoce universel des chrétiens, car il en découle. »

Au contraire, le sacerdoce « ministériel » est premier, et le « sacerdoce universel » fondé sur le baptême en découle : ce sacerdoce dans un sens dérivé, secondaire, ne peut s’exercer que sous la motion de l’action sacerdotale du prêtre. S’il n’y avait plus aucun prêtre, ni évêque sur terre, l’Eglise n’aurait plus qu’à disparaître, car elle ne pourrait plus accomplir l’acte suprême de la religion : le saint sacrifice de la Messe. Et sans ce sacrifice, l’Eglise a perdu sa raison d’être principale.

Le cardinal Hollerich prononce une nouvelle erreur peu après en niant une « diversité ontologique » entre le sacerdoce du prêtre et celui des fidèles. Il s’oppose à toute la Tradition, et même au concile Vatican II qui a dit à leur sujet : « bien qu’il y ait entre eux une différence essentielle et non seulement par le degré (…) » (Lumen Gentium, 10, 2). Il y a donc bien « diversité ontologique ».

L’autorité dans l’Eglise

Quant à la place des laïcs, l’archevêque de Luxembourg affirme : « Je pense que, tant en raison des résultats de ce Synode qu’en raison de la diminution des vocations, l’équilibre entre les laïcs et le clergé sera très différent à l’avenir de ce qu’il est aujourd’hui. » Il ne décrit pas ce nouvel équilibre, mais il déplore que la confrontation actuelle se fasse en termes de « pouvoir ».

Il critique à ce sujet le Chemin synodal qui se focalise sur ce problème. Il explique sa pensée à ce sujet : « La synodalité va bien au-delà du discours sur le pouvoir. Si les gens perçoivent l’autorité de l’évêque ou du curé comme un “pouvoir”, alors nous avons un problème. Parce que nous sommes ordonnés pour un ministère, pour un service. L’autorité n’est pas le pouvoir. »

Le lecteur peut se plonger dans un abîme de perplexité, ou encore se dire que le cardinal joue sur les mots. Il est à craindre que ce ne soit pas le cas. Dire que « l’autorité n’est pas le pouvoir » ne peut avoir un sens que si l’on réduit le mot « pouvoir » à désigner un dévoiement, un abus. Car il est bien évident pour tous, et même pour le dictionnaire, que l’autorité est un pouvoir.

Ainsi, le Dictionnaire de l’Académie française définit l’autorité, dans son premier sens : « Pouvoir ou droit de commander, de contraindre. » Et le Centre national de ressources textuelles et lexicales, qui fait référence, dit : « Pouvoir d’agir sur autrui. » Dans un sens catholique, l’autorité est précisément le pouvoir donné à ceux qui en ont la compétence, pour aider les subordonnés à atteindre leur fin.

Un changement anthropologique ?

Le cardinal Hollerich ayant parlé de « pastorale inadaptée à notre époque », il est amené à s’expliquer. Il constate que « tout change à une vitesse inconnue il y a seulement quelques décennies ». Et il ajoute : « Aujourd’hui, nous ne pouvons même pas l’imaginer, mais il y aura de très, très grandes transformations anthropologiques. »

Et pour bien se faire comprendre il ajoute : « nous ne parlons pas d’anthropologie culturelle, mais de changements qui concernent également la sphère biologique, naturelle ». Voilà qui est singulier. L'archevêque du Luxembourg annonce une évolution dans l’espèce humaine. Vers quoi ? Que veut-il dire ? Il précise quelque peu : « notre travail pastoral parle à un homme qui n’existe plus ».

Après avoir constaté le déracinement des générations actuelles, le rapporteur général du synode explicite la nécessité d’une adaptation pastorale aux changements anthropologiques. Il constate « constamment que les jeunes cessent de considérer l’Evangile, s’ils ont l’impression que nous faisons de la discrimination ».

La raison en est que « pour les jeunes d’aujourd’hui, la valeur la plus importante est la non-discrimination. Non seulement celle du genre, mais aussi celle de l’ethnie, de l’origine, de la classe sociale. Ils sont très en colère contre la discrimination ! » Et si l’on suit bien sa pensée, l’Eglise doit être à la remorque de cette donnée contemporaine, sans quoi, son message ne sera pas reçu.

Il y a dans cette logique des éléments profondément opposés à la doctrine catholique. Car elle entraîne à dire que « tout le monde est appelé. Personne n’est exclu : même les divorcés remariés, même les homosexuels, tout le monde. » C’est oublier que ce ne peut être en tant que divorcés remariés ou en tant que homosexuels, mais en tant qu’hommes qui veulent faire pénitence pour leurs péchés et cherchent à éviter d’y tomber.

Dieu bénit l’amour entre personnes de même sexe selon le cardinal

C’est sans doute l’une des parties de cet entretien la plus gravement opposée à la doctrine de l’Eglise. Commentant la décision des évêques belges de langue flamande de bénir les unions entre personnes de même sexe, le cardinal affirme : « Si l’on s’en tient à l’étymologie [de bénir] de “dire du bien”, pensez-vous que Dieu puisse jamais “dire du mal” de deux personnes qui s’aiment ?

Pour le coup, c’est la stupéfaction. Le cardinal Hollerich a-t-il lu l’Evangile qu’il veut proclamer ? Ou bien saint Paul ? Car il n’y a pas d’équivoque. Quant aux divorcés remariés, Notre Seigneur les condamne fermement : il faut citer le passage :

« Les Pharisiens lui dirent : “Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour quelque motif que ce soit ?” Il leur répondit : “N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, les fit homme et femme, et qu’il dit : A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront les deux une seule chair.

« Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. » (Mt 19, 3-6) – Et plus loin : « Je vous le dis, celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère ; et celui qui épouse une femme renvoyée, se rend adultère. » (Mt 19, 9)  N’est-ce pas « mal dire » ?

Quant à saint Paul, dans l’épître aux Romains (1, 26), il condamne sévèrement les « passions d’ignominie » et il conclut : « nous savons que le jugement de Dieu est selon la vérité contre ceux qui commettent de telles choses ». N’est-ce pas « mal dire » également ?

Une erreur philosophique grave

Derrière les éléments de non-discrimination, même de ce qui est mal, et d’approbation de tout « amour », quel qu’il soit, se dresse une erreur philosophique grave qui les permet : la justification automatique d’un amour humain, par lui-même. Mais un tel amour n’est bon que s’il respecte la loi divine, car seul Dieu donne à un objet d’être bon par Son amour.

Et pour le montrer, posons la question au cardinal : « Que direz-vous lorsqu’il s’agira d’un amour incestueux ? » Comme celui entre un frère et une sœur, ou un fils et sa belle-mère par exemple. D’après son raisonnement, puisqu’ils s’aiment, Dieu ne peut « dire mal ». Mais saint Paul, encore lui, a déjà tranché la chose dans l’affaire de l’incestueux de Corinthe (1 Co 5, 1-13).

Le rapporteur du synode voudrait-il contredire saint Paul ? Ou bien veut-il s’arrêter devant cette dernière conséquence ? Et pour quelle raison alors ?

Nous nous trouvons bien devant une volonté de transformer l’Eglise de Jésus-Christ en… autre chose. Une sorte d’ONG, teintée de spiritualité, engagée dans les combats sociétaux du moment, et dans l’écologie intégrale. Immergée dans le monde d’aujourd’hui, elle doit en prendre toutes les couleurs et en accepter les codes et les déviations. Même si certaines limites sont posées.

Avec un tel secrétaire général et un tel rapporteur général à la manœuvre, le synode, qui s’annonçait déjà bien sombre, n’apparaît plus que comme une machine de guerre contre l’Eglise. Mais, même si le mal peut parfois paraître triompher, c’est le Christ qui dirige son Eglise, et il ne laissera pas défigurer son épouse.