Le cardinal Koch soutient une hérésie sur la Loi juive

13 Septembre, 2021
Provenance: fsspx.news
Le cardinal Kurt Koch accueilli en Israël

Suite à une catéchèse du pape François, le rabbin Rasson Arousi, président de la Commission du Grand rabbinat d’Israël pour le dialogue avec le Saint-Siège, a écrit une lettre au cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, en charge des relations avec le judaïsme, pour se plaindre.

Le cardinal Koch lui a répondu le 3 septembre 2021 pour expliquer la parole papale. Il note en particulier que « la conviction chrétienne permanente est que Jésus-Christ est la nouvelle voie du salut. Toutefois, cela ne signifie pas que la Torah soit diminuée ou ne soit plus reconnue comme la “voie du salut pour les Juifs”. »

Or ce passage renferme une hérésie, car c’est un dogme de la foi catholique que la Loi mosaïque a été abrogée. Cela demande une explication précise.

La loi mosaïque, destinée à disparaître devant la loi chrétienne, n’a été que partiellement abrogée ; et cette abrogation ne s’est accomplie que progressivement. Ainsi, dans quelle mesure la loi de Moïse a cessé d’être en vigueur ? Et quand est-il devenu inutile ou même défendu de l’observer ?

Dans quelle mesure la Loi mosaïque a-t-elle été abrogée ?

La Loi se compose de trois parties : la loi civile d’Israël, la loi liturgique et la loi morale.

La loi civile des Juifs

Cette loi constituait le peuple choisi pour préparer la venue du Messie en gardant la révélation que Jésus-Christ viendrait parfaire, et les prophéties qui devaient trouver en lui leur accomplissement.

Dès lors, après la venue de Jésus-Christ, le peuple d’Israël n’avait plus de raison d’être : il ne lui restait plus qu’à se fondre dans ce peuple nouveau promis à Abraham, que toutes les nations étaient appelées à former : l’Eglise du Christ, pasteur unique de ce troupeau universel.

Cette société catholique est composée non plus de circoncis, mais de baptisés, et sa loi est celle du Christ, héritière de l’assistance divine jusque-là réservée au seul peuple d’Israël. Mt, 28, 19, 20.

La loi liturgique ou cérémonielle

Le culte des Juifs incluait comme éléments essentiels : la tribu de Lévi ; le temple de Jérusalem ; les victimes qui y étaient offertes ; enfin, la signification figurative et prophétique inhérente à ces sacrifices comme à tous les autres rites ou cérémonies de ce culte.

Or, selon Malachie, 1, 11, le sacerdoce lévitique a été transféré aux gentils. Et d’après Daniel, 9, 24-27, le temple de Jérusalem devait être détruit, et il l’a été. A la place des victimes immolées à Jérusalem, une oblation pure devait être faite à Dieu en tous les lieux du monde, Malachie, 1, 11.

Enfin les figures de l’ancienne alliance annonçaient le jour où, accomplies en Jésus-Christ et dans son Eglise, elles ne pourraient plus signifier comme futures les réalités présentes. Toute cette législation cérémonielle devait donc nécessairement céder la place au nouveau culte institué par Jésus-Christ.

La loi morale

Sous le nom de loi morale mosaïque il faut placer toutes les prescriptions de droit naturel qui y sont contenues, et spécialement le décalogue, sauf le précepte d’observer le sabbat, qui est de droit positif – c’est-à-dire fixé par une volonté divine spéciale.

La matière de cette loi morale était évidemment obligatoire avant Moïse et n’a pas cessé de l’être encore aujourd’hui, même indépendamment de la nouvelle promulgation que Jésus-Christ en a faite.

D’ailleurs, Jésus-Christ n’a pas seulement conservé le décalogue : il l’a confirmé et perfectionné soit en l’expliquant, Mt, 5, soit par les conseils évangéliques ; il y a ajouté le poids de son autorité divine, les motifs sous lesquels il le propose à notre obéissance et la grâce pour l’accomplir.

Quand la Loi de Moïse a-t-elle été abolie ?

La loi nouvelle est le testament nouveau fait par Jésus-Christ et destiné à remplacer celui de l’ancienne loi. Pour abroger la première loi, il fallait que le testament nouveau ait été établi par la mort de Jésus-Christ, Heb, 9, 16, 17, puis promulgué. Cette promulgation a eu lieu le jour de la Pentecôte : c’est seulement à cette date que l’ancienne loi a pris fin, et a perdu toute force obligatoire.

Après la Pentecôte, pendant quelque temps, l’observation de certains rites mosaïques est restée licite, mais l’on ne pouvait plus les regarder comme nécessaires au salut. Ainsi, saint Pierre et saint Paul ont pratiqué quelques-uns de ces rites, à l’occasion.

Mais les deux apôtres étaient d’accord sur l’inutilité de ces rites. Au concile de Jérusalem, réuni pour traiter cette question, saint Pierre démontra que les Gentils étaient sauvés sans la loi mosaïque, par la grâce de Jésus-Christ. Ac, 15, 7-21. Saint Paul, Gal, 2, 16, n’est pas plus explicite.

Saint Augustin a expliqué que cette tolérance provisoire était un dernier honneur funèbre rendu à la synagogue expirante. Toutefois, cette tolérance devait avoir un terme : lorsque la diffusion de l’Evangile eut réalisé complètement le nouvel ordre des choses prédit et figuré par l’ancienne loi, celle-ci ne put plus être observée sans faute.

Il est donc interdit : 1° de pratiquer les cérémonies judaïques pour honorer Dieu ; excepté celles qui ne seraient pas strictement judaïques comme les encensements, mais l’observation du sabbat ou de la circoncision est défendue ; 2° d’observer les préceptes mosaïques d’ordre civil en y attachant la signification religieuse spéciale qu’ils avaient dans la loi de Moïse.

Dans ces deux cas, observer la loi mosaïque équivaudrait à affirmer que Jésus-Christ n’est pas encore venu. Il y a une différence entre les préceptes civils et ceux d’ordre cérémoniel. Les premiers visaient d’abord le bien social des Hébreux ; les figures qui s’y ajoutaient en étaient séparables ; les seconds, au contraire, n’avaient d’autre raison d’être que de signifier la venue future du Messie.

La Synagogue représentée à droite du Grand portail de Notre-Dame de Paris. Remarquer sa couronne à terre, sa lance brisée, le joug, les tables de la Loi qu'elle laisse échapper et le serpent qui lui sert de bandeau

L’abrogation de la loi mosaïque est un dogme

Ce dogme ne devait pas tarder à se dégager du fait de l’accession des Gentils à la religion chrétienne. Le chapitre 15 des Actes des apôtres, révèle qu’une vive discussion éclata à Antioche au sujet des Gentils : fallait-il les soumettre ou non à la loi de la circoncision ? Paul et Barnabé pensaient que non et le concile de Jérusalem leur donna raison.

Dès le premier siècle l’Eglise retrancha de sa communion les cérinthiens et les ébionites, partisans acharnés de la loi de Moïse, qui soutenaient que les Gentils eux-mêmes ne pouvaient être sauvés sans l’observation de cette loi.

Les judéo-chrétiens, qui observaient la loi ancienne sans y astreindre les Gentils, furent tolérés : au milieu du IIe siècle, saint Justin n’ose condamner ceux qui vivaient avec les autres chrétiens. Mais d’autres, furent, dès le IIIe siècle, considérés comme hérétiques. A cette époque, il était acquis que les Juifs eux-mêmes ne pouvaient plus licitement pratiquer les observances de Moïse.

Dans la Somme théologique saint Thomas a donné une synthèse de la question : La loi cérémonielle a-t-elle cessé d’être en vigueur à l’avènement de Notre-Seigneur ? Oui, répondit-il, car les rites sont les symboles du culte intérieur, c’est-à-dire des choses dans lesquelles on croit et l’on espère.

Or, dans la religion de Jésus-Christ, si les biens célestes sont toujours futurs, nous possédons cependant les moyens de les obtenir, alors que la religion ancienne ne faisait que promettre ces moyens pour l’avenir. L’abrogation des rites anciens devait donc avoir lieu : commencée à l’avènement de Jésus-Christ, elle a été consommée par sa passion, selon la parole du Christ mourant.

Après leur abrogation, ces rites sont-ils devenus illicites ? Non, dit saint Thomas ; ils ont pu être observés, sans être, il est vrai, tenus pour obligatoires, jusqu’à ce que l’Evangile eût été suffisamment répandu. Ils sont alors devenus totalement illicites et mortifères.

Une décision infaillible de l’Eglise

En 1441, la bulle Cantate Domino du pape Eugène IV précise : « La sainte Eglise romaine croit fermement, confesse et enseigne que les prescriptions légales de l’Ancien Testament ou de la loi de Moïse, qui se divisent en cérémonies, choses saintes, sacrifices et sacrements, ayant été instituées pour signifier une chose à venir, toutes convenables qu’elles fussent pour le culte à rendre à Dieu à cette époque, ont cessé lorsque la venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ a réalisé la chose qu’elles signifiaient ; les sacrements du Nouveau Testament ont commencé alors d’être en vigueur.

« Après la passion, quiconque a placé son espérance dans les prescriptions susdites et s’y est soumis comme à des choses nécessaires au salut, comme si la foi à Jésus-Christ ne suffisait pas à le sauver, a péché mortellement.

« L’Eglise ne nie cependant point que depuis la passion jusqu’à la promulgation de l’Evangile, ces prescriptions n’aient pu être observées à la condition de n’être pas tenues pour nécessaires au salut, mais elle affirme qu’après la promulgation de l’Evangile on ne peut plus les observer sans manquer son salut éternel. » Symboles et définitions de la foi catholique, Denzinger, n° 1348, Ed. du cerf.

Ainsi, contrairement à ce qu’écrit le cardinal Koch : « la conviction chrétienne permanente est que Jésus-Christ est la nouvelle voie du salut. Toutefois, cela ne signifie pas que la Torah soit diminuée ou ne soit plus reconnue comme la “voie du salut pour les Juifs” », est condamné sévèrement par la Sainte Ecriture, par les théologiens et par le magistère infaillible.