Le cardinal Parolin accusé de mensonge par le cardinal Zen

10 Octobre, 2020
Provenance: fsspx.news

Décidément, le vent souffle en tempête au Vatican. Après le récent limogeage du cardinal Angelo Becciu, ancien substitut pour les Affaires générales de la secrétairerie d’Etat pour suspicion de fraude, c’est l’actuel secrétaire d’Etat, le cardinal Pietro Parolin, qui est accusé de mensonge.

Publié le 9 octobre sur son blogue c’est un véritable pamphlet qui est sorti de la plume enflammée du cardinal Joseph Zen qui ne pratique pas la langue de buis : il sait appeler un chat, un chat.

La raison de cette réaction

Le prélat chinois réagit à un discours du secrétaire d’Etat. Le ton est donné dès les premières lignes : « Je lis le discours prononcé par le Cardinal Parolin, secrétaire d’Etat, à Milan, le 3 octobre. C’était écœurant ! Il a raconté une série de mensonges en connaissance de cause. »

La suite n’est pas plus amène : « Le plus répugnant est l’insulte faite au pape émérite Benoît XVI en disant qu’il approuvait l’accord signé par le Saint-Siège il y a deux ans, sachant (…) qu’il ne viendra certainement pas le contredire. Il était aussi ridicule et humiliant que l’innocent cardinal Re soit “utilisé” une fois de plus pour soutenir les mensonges du Très Éminent Secrétaire. »

Déjà en mars dernier, le cardinal Re, sans doute sollicité par le cardinal Parolin, avait répondu à une missive du cardinal Zen envoyée à tous les cardinaux le 26 février. Le cardinal Zen avait immédiatement répliqué.

Le cardinal Zen continue par ces paroles accusatrices : « Parolin sait lui-même qu’il ment. Il sait que je sais qu’il est un menteur. Il sait que je dirai à tout le monde qu’il est un menteur. Il n’est pas seulement effronté mais aussi audacieux. Qu’est-ce qu’il n’osera pas faire maintenant ? Je pense qu’il n’a même pas peur de sa conscience. » Cela semble très dur, mais le plus fort reste à suivre.

« J’ai peur qu’il n’ait même pas la foi. J’ai eu cette impression lorsque Parolin, le secrétaire d’État, dans un discours commémoratif en l’honneur du cardinal Casaroli, a loué son succès dans l’établissement de la hiérarchie ecclésiastique dans les pays communistes d’Europe, en disant que “quand vous cherchez des évêques, vous ne cherchez pas des ‘gladiateurs’, qui s’opposent systématiquement au gouvernement et qui aiment se montrer sur la scène politique”.

« Je lui ai écrit pour lui demander s’il voulait décrire les cardinaux Wyszynski, Mindszenty et Beran. Il a répondu sans nier. Il a seulement dit que si j’étais mécontent de son discours, il s’excusait. » Et le haut prélat de conclure : « Mais celui qui méprise les héros de la foi n’a pas la foi ! »

Le jugement du cardinal Zen sur l’Ostpolitik

L’évocation de l’Ostpolitik par le cardinal Parolin fait bondir le haut prélat chinois. Rappelons que le terme d’Ostpolitik, dans l’Eglise, désigne les relations diplomatiques du Saint-Siège initiées avec le bloc communiste, spécialement sous l’impulsion du cardinal Agostino Casaroli.

Le cardinal Zen commente : « Le dialogue avec les communistes a commencé il y a longtemps. Il y avait déjà des représentants des évêques des pays communistes au Concile Vatican II (…). Ensuite, le pape Paul VI a envoyé Monseigneur Casaroli en mission pour rétablir les hiérarchies dans ces pays. »

Mais, ajoute-t-il « Il n’avait aucun moyen de connaître la situation réelle. Les hiérarchies établies ? Des évêques marionnettes : plus des fonctionnaires que des bergers du troupeau. Mais dans les pays qui ont une longue histoire chrétienne, ils ne pouvaient pas se comporter trop mal. »

Et pour enfoncer le clou : « Le dialogue s’est poursuivi par l’intermédiaire des papes Jean-Paul II et Benoît XVI, mais quel a été le résultat de cette politique que l’on appelle habituellement l’Ostpolitik ? » Pour illustrer sa réponse, le cardinal Zen cite des propos du pape émérite, Benoît XVI. « Dans le livre Benoît XVI, Dernier Testament, à la question : Avez-vous partagé et soutenu activement l’“Ostpolitik” du Pape (Jean-Paul II) ? Benoît XVI répond.

« Nous en avons parlé. Il était clair que la politique de Casaroli… bien qu’elle ait été mise en œuvre avec les meilleures intentions, avait échoué. La nouvelle direction prise par Jean-Paul II était le fruit de son expérience personnelle, de ses contacts avec ces pouvoirs. Naturellement, on ne pouvait donc pas espérer que ce régime s’effondre bientôt, mais il était évident qu’au lieu d’être conciliant et d’accepter des compromis, il fallait s’y opposer par la force. Telle était la vision fondamentale de Jean-Paul II, que je partageais. »

Les simplifications coupables du cardinal Parolin

Dans cette évocation de l’Ostpolitik, en abordant le volet chinois, le cardinal Parolin retrace les tentatives de dialogue jusqu’au pape Pie XII. Il déclare que Pie XII avait abandonné la tentative, et que « cela a créé la méfiance mutuelle qui a marqué l’histoire ultérieure ».

Le bouillant Hong-Kongais en est bouleversé et réplique. « Il semble dire que c’est la “méfiance” qui a causé toute l’histoire des 30 années suivantes ! Peut-on simplifier ainsi l’histoire ? Qu’en est-il de l’expulsion de tous les missionnaires, après avoir été soumis à un tribunal populaire, condamnés comme impérialistes, oppresseurs du peuple chinois et même meurtriers ? Le représentant pontifical a aussi été expulsé, et de nombreux évêques ont été expulsés après des années de prison !

« Après l’expulsion des “oppresseurs impérialistes”, ils sont ont puni les opprimés, les chrétiens et le clergé chinois, coupables de ne pas vouloir renoncer à la religion apprise de ces oppresseurs ! La moitié de l’Eglise se retrouva en prison et dans des camps de travail forcé. Pensez aux jeunes membres de la Légion de Marie, entrés en prison à l’adolescence et qui avaient presque 40 ans à leur sortie (sauf ceux qui y sont morts).

« L’autre moitié de l’Église a également fini en prison, mais après avoir été torturée par les gardes rouges de la révolution culturelle. Après cela, il y a eu 10 ans de silence. »

Il répond ensuite à une objection tacite : « N’êtes-vous pas capable d’oublier les souffrances du passé ? Je n’ai rien souffert personnellement, ma famille et mes confrères l’ont fait. » Alors : « Pardonner, oui ! Mais oublier l’histoire ? L’histoire est maîtresse de vie ! »

Application de l’Ostpolitik en Chine

Le cardinal développe ensuite un thème qui lui est cher : « Le pape Benoît a clairement énoncé le principe qui doit guider tout dialogue : on ne peut pas vouloir arriver à un résultat à tout prix, un bon résultat dépend de la volonté des deux parties. » Mais ce principe n’est plus suivi : « Dans mon livre Pour l’amour de mon peuple, je ne resterai pas silencieux, j’ai raconté comment un groupe de pouvoir au Vatican n’a pas suivi la ligne du pape Benoît pour résoudre les problèmes avec le gouvernement de Pékin. »

Il en explique la raison : « Le pape Benoît avait une grande réticence à exercer son autorité. » Il en donne un exemple. Un jour qu’il se plaignait que les responsables du dossier chinois – il s’agissait du cardinal Ivan Dias et de Parolin, tous deux fervents partisans de l’Ostpolitik – ne suivaient pas la ligne du pape, Benoît XVI lui répondit : « Parfois, on ne veut pas offenser quelqu’un. »

Il conclut : « Il n’y a pas de continuité entre Benoît qui a dit “non” à l’Ostpolitik et François qui a dit “oui” à l’Ostpolitik. Il y a la continuité de l’Ostpolitik de Parolin : avant il ne suivait pas Benoît et maintenant François le suit. »

Après cette forte affirmation, le cardinal Zen enfonce le clou : « On me le demandera. Dites-vous que Parolin manipule le Saint-Père ? Oui, je ne sais pas pourquoi le Pape se laisse manipuler mais j’ai des preuves pour le croire. Les choses qui sont sorties du Vatican sont venues de Parolin (évidemment avec le consentement du Pape) ! »

L’effet de l’accord

Le porporato revient sur les conséquences de l’accord. Il s’oppose une objection : « Mais comment pouvez vous dire que l’accord est mauvais ? N’ayant pas lu le texte, surtout celui en chinois, je ne peux pas porter de jugement. Mais – ajoute-t-il – le Très Éminent Parolin lui-même et ses sbires ont souvent déclaré qu’un mauvais accord vaut mieux que pas d’accord du tout. »

Le cardinal en reste pantois : « Je ne peux pas comprendre cela, bien que je sois professeur de morale. J’enseigne toujours que le mal ne peut pas être fait même avec de bonnes intentions. » Et la suite manifeste son exaspération.

« Certains disent : l’accord est bon, les communistes chinois ont enfin reconnu le pape comme l’autorité suprême de l’Église catholique. Si je ne vois pas le texte, je n’y crois pas.

« Le pape aura le droit de veto ! ajoute-t-on. Si je ne vois pas le texte, je n’y crois pas. Même en supposant qu’il l’ait, combien de fois peut-il l’utiliser sans blocage ?

« Avec l’accord, il n’y aura plus d’évêques illégitimes ! prétend-on. Peut-on faire confiance à la parole d’un régime totalitaire ? Ne vous souvenez-vous pas du concordat avec Napoléon ou avec le gouvernement nazi ? »

Le tir n’est pas fini. Les objections s’accumulent : « Si le Vatican est aussi conciliant qu’il l’est, les évêques légitimes ne seront probablement pas des évêques dignes de confiance. L’Église officielle en Chine est pleine d’évêques “opportunistes”, qui se vendent au gouvernement pour faire carrière. »

Il termine par une constatation désolée : « L’Église en Chine est-elle enfin unie ? Y a-t-il rapprochement entre les deux communautés ecclésiales ? Une normalisation de la vie de l’Eglise, juste parce que le Pape donne sa bénédiction à cette situation misérable, à cette victoire de l’ennemi ? Est-ce bon d’avoir des évêques légitimes, mais dans une Église objectivement schismatique ? »

Le dernier acte : Tout le monde dans une Église schismatique !

C’est de manière désabusée que le cardinal Zen aborde les derniers développements. « Le dernier acte de cette tragédie a été le plus désastreux et le plus cruel : les Directives pastorales du Saint-Siège concernant l’enregistrement civil du clergé en Chine, publiées en juin 2019 par “le Saint-Siège”, sans spécification du dicastère et sans signatures (mais elles sont de Parolin). Tout le monde est invité à rejoindre l’Association patriotique, l’Église schismatique. C’est le coup de grâce ! »

Sur le terrain, c’est la désolation : « Beaucoup de ceux qui ont résisté au régime tout au long de leur vie et ont persévéré dans la vraie foi (avec de nombreux martyrs dans leurs familles) sont maintenant invités par le même “Saint” Siège à se rendre ! Perplexité, déception et même (personne ne devrait être scandalisé) ressentiment pour avoir été trahi. »

Certes, « le Saint-Siège “respecte” leur conscience s’ils n’ont pas envie de faire cet acte. Mais l’effet sera le même : ils n’auront plus d’églises, ne pourront plus dire de messes pour les fidèles, il n’auront plus d’évêques. Il leur reste à vivre la foi dans les catacombes, en attendant des jours meilleurs. »

Pour quels fruits ?

Quant aux résultats, ils sont essentiellement négatifs : « Durcissement notable de la persécution, persistance à faire disparaître les communautés non officielles, exécution stricte de règles autrefois assouplies, telles que l’interdiction pour les mineurs de moins de 18 ans d’entrer dans l’Église et de participer à des activités religieuses. La “sinisation” ou religion du parti communiste : la première divinité est le pays, le parti, le dirigeant du parti. »

La conclusion est tragique : « Il semble que pour sauver l’accord, le Saint-Siège ferme les yeux sur toutes les injustices que le Parti communiste inflige au peuple chinois. »