Le cardinal Pell estime avoir été “ciblé” pour ses positions conservatrices

06 Octobre, 2021
Provenance: fsspx.news

L’archevêque émérite de Sydney (Australie) refait en Europe la « une » des médias au-delà des Alpes à l’occasion de la sortie en Italie du premier tome de son Journal de prison, un récit intéressant à plus d’un titre, notamment pour décrypter ce qui se joue oltretevere.

Etre un prince de l’Eglise et passer plus de quatre cents jours en prison dans un pays non communiste, c’est le triste record dont le cardinal George Pell se serait bien passé à quatre-vingts ans. Une expérience qui n’a pas entamé la pugnacité dont l’Australien ne s’est jamais départi.

D’ailleurs, le ton est donné dans l’entretien accordé à Avvenire le 25 septembre dernier, lors de la présentation de son Journal de prison au séminaire épiscopal de Pordenone : « écrire en prison est une bonne thérapie. Beaucoup l’ont fait, à commencer par Saint Paul », plaisante le haut prélat.

Le cardinal Pell n’exerce pas vraiment l’art de la litote lorsqu’il s’agit d’analyser le lynchage judiciaire et médiatique dont il a été victime : « j’ai été visé en raison de ma défense de la vision traditionnelle de la famille, de la vie et de la sexualité », assure-t-il.

Et de reconnaître que « le facteur déclencheur a été la crise des abus », car dès le début du procès, l’ancien archevêque entend dire qu’il est « possible, même probable (qu’il) soit innocent, mais (que) l’Eglise a fait tellement de mal qu’il est juste que certains payent et soient punis ». Et d’ajouter, un brin fataliste : « malheureusement, ça m’est tombé dessus ».

Sans chercher à la minimiser, le haut prélat tient à resituer la question des abus au sein de l’Eglise dans un contexte plus général de crise religieuse : « dans nos sociétés occidentalisées, cette grande tragédie n’est pas le problème numéro un. Le principal problème réside dans l’affaiblissement de la foi et le fait que beaucoup de jeunes ne croient plus.

« C’est là le grand défi. A côté de cela, il y a la crise morale de la famille et l’énorme menace de la pornographie, non seulement pour l’Eglise mais pour toute l’humanité », prévient-il.

Sur le rôle de « Monsieur propre » des finances du Vatican, que le pape François lui avait confié, et qui lui a attiré certaines inimitiés au sein de la Curie, le cardinal Pell lance avec un sourire entendu : « pour moi, il n’y avait aucune différence entre les Italiens et les non-Italiens. Mais entre les personnes honnêtes et celles qui ne l’étaient pas ».

Preuve pour lui que la transparence avance dans ce domaine : « le procès du cardinal Angelo Becciu peut se tenir, c’est un moment important parce qu’ainsi le Vatican peut être vu comme un lieu où la loi est respectée », souligne l’ancien archevêque de Sydney qui n’a jamais caché s’être heurté de plein fouet à l’ancien numéro deux de la secrétairerie d’Etat, dans le cadre de ses fonctions.

Autre signe d’un certain franc-parler australien : le synode universel, grand chantier cher au pontife argentin, ne paraît pas déclencher un enthousiasme excessif chez le haut prélat ; « je ne suis pas un expert en synodalité – ironise-t-il – et je n’en vois pas beaucoup qui comprennent vraiment ce que cela signifie, mais je suivrai tout ça avec un grand intérêt ».

Lorsqu’on lui demande enfin ce qui l’a le plus marqué durant sa période carcérale, le cardinal Pell répond sans hésiter : « ne pas avoir pu célébrer la messe, l’alcool étant interdit en prison ; et ne pas savoir ce qui se passe dehors ».