Le complexe inavoué du Concile

25 Mars, 2021
Provenance: fsspx.news
Procession d’entrée des Pères conciliaires en octobre 1962, lors du Concile

Dans l’entretien qu’il a accordé à DICI, ce 12 mars 2021, l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, affirme : « La débandade doctrinale et morale de ces dernières années traduit bien ce complexe d’infériorité que les hommes d’Eglise entretiennent vis-à-vis du monde moderne. »

Cette remarque montre combien l’aggiornamento conciliaire est tributaire d’une attitude psychologique où se mêlent admiration béate de la modernité et sourde défiance à l’égard de la Tradition.

Depuis plus de 50 ans, l’admiration se manifeste par un optimisme irénique, et la défiance par des repentances à répétition.

Pour faire accepter ce nouveau rapport au monde, le Concile s’est voulu pastoral et non doctrinal. Selon lui, la doctrine est dogmatique, donc psychorigide, et la pastorale est souple, donc miséricordieuse.

Mais on omet de dire que les auteurs de cette révolution sont profondément complexés devant la modernité triomphante et embarrassés par la Tradition pesante, à leurs yeux.

Aujourd’hui les nouveaux pasteurs ont les yeux de Chimène pour l’écologie. La pastorale est devenue bio-amazonienne : il faut sauver la planète.

Autrefois l’Eglise se souciait essentiellement de sauver les âmes, mais il faut évoluer, discerner les « signes des temps » qui ont désormais les nattes de Greta Thunberg et les rotondités de la Pachamama.

Quel est le résultat de cette mise à jour ou, plus précisément, de cette mise au goût du jour ? L’influence médiatique de l’Eglise est aujourd’hui inversement proportionnelle à son influence doctrinale et morale.

Elle s’étale dans les journaux et sur les ondes, mais elle se meurt dans des séminaires vides et des églises désertes, avec une catéchèse indigente et une liturgie désacralisée.

On n’entend plus que les accords dissonants de la cacophonie pastorale : des évêques donnent la communion aux divorcés « remariés », d’autres la refusent ; des prêtres bénissent des unions entre personnes de même sexe, d’autres les condamnent… Et le pape invite à la miséricorde pastorale.

Ce n’est pas la société contemporaine qui est complexe, ce sont les clercs qui sont complexés. De fait, la nouvelle pastorale repose sur un complexe d’infériorité.

Un complexe inavoué, parce qu’inavouable. Car il manifeste, au fond, une perte de la foi : des hommes d’Eglise épousent les idées du monde, oubliant que l’Eglise est l’épouse du Christ.

Peut-on en guérir ? Saint Paul écrivait aux Romains : « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais transformez-vous par le renouvellement de l’esprit, afin que vous éprouviez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait. » (Rm 12, 2)

Les Romains d’aujourd’hui seraient bien inspirés de suivre cet enseignement salutaire, en se transformant « par le renouvellement de l’esprit », et en se mettant à jour sur « la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait ».

Abbé Alain Lorans