Le cri silencieux des catholiques bosniaques

24 Novembre, 2021
Provenance: fsspx.news
Mgr Franjo Komarica

En Bosnie-Herzégovine, malgré la signature des accords de paix de Dayton, en 1995, la situation de la minorité catholique s’est dégradée, alors qu’elle est prise en étau entre orthodoxes et musulmans, sans que ni la communauté internationale ni l’Europe ne lèvent le petit doigt.

Dans un entretien accordé à l’Aide à l’Eglise en détresse (AED), Mgr Franjo Komarica, évêque de Banja Luka, revient sur la situation de son pays, qui n’a pas évolué depuis la fin de la guerre en Bosnie, en 1995.

L’évêque a récemment qualifié son pays d’“Absurdistan” ou d’Etat impossible. Il s’explique : « Ce n'est pas la faute des autochtones, qui ne vivent pas ensemble ici depuis hier. La communauté internationale, et en particulier les Européens, ont permis qu’une guerre par procuration soit menée ici de 1992 à 1995. Depuis la fin de la guerre, la Bosnie-Herzégovine est toujours un pays provisoire, l’immobilisme y règne. »

Depuis les accords de paix de Dayton, censés mettre fin à la guerre et instaurer une coexistence pacifique entre les différentes ethnies de la région, un Haut Représentant international détient de fait le plus haut pouvoir politique en Bosnie-Herzégovine, explique le prélat. « Mais bien que, depuis 1995, cette fonction soit occupée par son huitième titulaire, ça n’a pas transformé le pays en un Etat de droit », déplore-t-il.

Il faut en effet se rappeler que la Bosnie-Herzégovine est désormais un Etat fédéral multi-ethnique avec trois peuples constitutifs, les Serbes, les Bosniaques et les Croates, et deux entités : la République serbe de Bosnie et la Fédération de Bosnie-Herzégovine.

Or, la République serbe de Bosnie est sous influence de la Russie orthodoxe, tandis que la Fédération est sous l’influence de la Turquie et donc du monde islamique. Les Croates, majoritairement catholiques, sont, quant à eux, en train de « s’éteindre », prévient l’évêque de Banja Luka.

Les catholiques sont persécutés sur tous les plans, souligne le prélat : « sur le plan politique, social et aussi économique. Souvent, des catholiques rencontrent des problèmes parce qu’ils portent un nom croate. Il est également difficile pour eux de trouver du travail. Il existe encore une partie du pays, l’Herzégovine occidentale, où ils peuvent plus ou moins vivre. Mais là aussi, les catholiques préfèrent émigrer. »

Il est sûr qu’en Bosnie orientale, là où règne l’islam en maître, la cohabitation n’est plus possible…

Une fois de plus, les catholiques semblent avoir fait les frais des accords de paix de 1995 : « l’accord stipulait que la Bosnie-Herzégovine et la communauté internationale devraient apporter un soutien politique, juridique et matériel à ceux qui souhaitaient retourner dans leur pays. Cela n’a pas été le cas pour les Croates », affirme Mgr Komarica, documents à l’appui.

Point n’est donc besoin d’aller au Proche Orient pour trouver des catholiques persécutés, puisqu’ils sont déjà à nos portes : « s’il existe en Europe une Eglise en détresse, c’est bien la nôtre. Dans mon évêché de Banja Luka, 95 % des édifices ecclésiastiques ont été détruits ou gravement endommagés pendant la guerre », se résigne le prélat en concluant l’entretien.

Une situation d’autant plus affligeante qu’au même moment la Communauté européenne, aveuglée, fait la promotion de l’agenda LGBT, quand elle ne se laisse pas séduire par les sirènes d’une modernité islamisée, affirmant avec le Conseil de l’Europe que « la beauté est dans la diversité comme la liberté est dans le hidjab »…