Le pape au chevet du péronisme

20 Avril, 2021
Provenance: fsspx.news
Entrée de la bibliothèque apostolique vaticane

Le pape François a reçu le ministre argentin de l’Economie, en tournée en Europe au mois d’avril 2021, afin d’obtenir une renégociation de la dette de son pays. Un soutien marqué envers un membre éminent du gouvernement péroniste qui tient actuellement les rênes de l’Argentine.

L’opération-sauvetage du péronisme passerait-elle par le Vatican ? Peut-être, si l’on en juge par l’audience que le pape François a accordée, le 14 avril 2021, à l’un de ses compatriotes, Martin Guzman.

Le ministre argentin de l’Economie n’a pas parcouru onze mille kilomètres pour impétrer la bénédiction papale, mais plutôt un soutien à forte valeur symbolique, au moment même où son pays connaît une situation économique des plus délicates.

Martin Guzman a en effet été chargé de renégocier la dette de 45  milliards de dollars contractée auprès du Fonds monétaire international (FMI) et de 2,4  milliards auprès du Club de Paris, un groupe informel de créanciers internationaux placé sous l’égide du Trésor français.

Or, Buenos Aires le répète à qui veut l’entendre : l’Argentine est incapable de rembourser ses prêts, du moins selon le calendrier qui lui est actuellement imposé.

En effet, à l’heure qu’il est, les réserves nettes du pays s’élèvent à 4  milliards de dollars, d’après les cabinets privés. Ce qui laisse peu de souplesse, au regard des 3,8  milliards de dollars à verser au FMI entre les mois de septembre et décembre 2021…

Au début du mois d’avril 2021, le pontife romain a donc publiquement demandé au FMI et au Groupe de la Banque mondiale (GBM) une « réduction significative de la dette » envers les pays pauvres, dans ce qu’il considérait comme « un geste profondément humain ».

« Un esprit de solidarité mondiale nécessite au moins une réduction significative du fardeau de la dette des nations les plus pauvres, aggravée par la pandémie », a déclaré le pape François, dans une allusion discrète à son pays d’origine, nettement comprise par ses interlocuteurs.

Une autre circonstance vient brouiller les cartes : les élections législatives partielles doivent – sauf report, de plus en plus envisagé en raison de la deuxième vague de Covid-19 qui frappe le pays – se tenir en octobre 2021.

Et il n’est pas avéré que le gouvernement de centre-gauche puisse se maintenir au pouvoir, dans le contexte de crise que traverse le pays. Le soutien du pape François tombe donc à point nommé.

Un soutien qui ne doit pas étonner, le pontife argentin n’ayant jamais fait mystère de ses préférences envers les gouvernements à forte tendance sociale s’inscrivant dans la lignée du péronisme historique né en 1945 : le pape d’ascendance piémontaise a d’ailleurs été lié à une tendance de la jeunesse péroniste.

Or, le président de la République argentine, Alberto Fernandez, s’inscrit précisément dans cette tendance.

Oltretevere, les esprits les plus chagrins murmurent que le successeur de Pierre n’a pas déployé autant d’efforts lorsqu’il s’est agi de défendre la vie de l’enfant à naître, au moment où le Sénat argentin s’apprêtait à légaliser l’avortement en décembre dernier.

D’ailleurs, un dernier signe n’a trompé personne : le ministre de l’Economie argentin a été reçu dans la bibliothèque privée du palais apostolique, là-même où le pape reçoit habituellement les chefs d’Etat…