Le pape a différé son rendez-vous avec les membres de la CIASE

13 Décembre, 2021
Provenance: fsspx.news
M. Jean-Marc Sauvé

Le pape François aurait dû recevoir les membres de la Commission Sauvé le jeudi 9 décembre 2021, mais le rendez-vous a été reporté sine die. Cette entrevue prévue depuis le mois d’octobre, a été déplacée pour « des raisons d’agenda » trop rempli.

Le report, connu déjà depuis plusieurs semaines, avait fait jaser. D’autant qu’il coïncidait plus ou moins avec l’envoi de l’Analyse critique de huit membres de l’Académie catholique de France à Mgr Eric de Moulins-Beaufort, mais aussi à la nonciature pour être communiqué ensuite à Rome.

Devant cette annonce, certains avaient émis l’hypothèse que le pape et la Curie voulaient rester en retrait et prendre le temps d’examiner le travail de la Commission Sauvé. Le président de la conférence des évêques de France s’était chargé d’expliquer le report du rendez-vous pour la raison susmentionnée : un calendrier trop chargé.

Mais l’affaire rebondit. Durant le vol qui le ramenait d’Athènes, le lundi 6 décembre, François a répondu à une question à ce sujet, dans laquelle il prend une certaine distance avec le rapport Sauvé : « Lorsque vous réalisez une étude sur une période aussi longue, vous risquez de confondre la façon de voir le problème il y a 70 ans avec la façon de voir maintenant », a-t-il expliqué.

Et il a ensuite enfoncé le clou : « Il faut être prudent avec les interprétations qui sont données dans le temps. » Ces propos se recoupent avec ce qu’a déclaré, en privé, le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat du Saint-Siège. Il a en particulier insisté sur le fait qu’un tel rapport ne pouvait justifier « de réformer profondément l’institution ».

Il semble que ce soit l’Analyse du rapport Sauvé par les membres de l’Académie catholique de France qui ait été déterminante pour repousser l’entrevue avec les membres de la CIASE.

D’après le journal La Croix, faisant mention de « plusieurs sources vaticanes », les milieux romains reprochent à la Commission « d’avoir excédé ses prérogatives, en formulant des recommandations dans des domaines de compétence qui ne sont pas les siens ».

FSSPX.Actualités a fermement dénoncé cet aspect, en notant plus particulièrement certaines propositions, dont les supposés s’attaquent plus ou moins gravement à la foi catholique elle-même. Les évêques français quant à eux, n’ont formulé aucune critique des recommandations.

La Curie s’est aussi étonnée de la méthode employée pour obtenir l’estimation bien connue maintenant, et proclamée par M. Sauvé lors de la présentation du rapport.

Mgr de Moulins-Beaufort avait annoncé qu’il demanderait l’aide du pape pour la suite à donner au rapport et au mesures qui devraient être prises. Il doit maintenant rencontrer François ce lundi 13 décembre, à la suite de l’Assemblée plénière d’automne. A cette occasion, Le Figaro résume la situation par ce titre : « Rapport Sauvé : le pape demande des comptes aux évêques de France ».

La situation risque d’être compliquée pour l’épiscopat français qui va sans doute s’employer à défendre un rapport qu’il a commandité et approuvé entièrement, alors que Rome – pape et Curie comprise – y met de nettes réserves.

Et si l’aide demandée se concrétisait en dessillant les yeux de l’épiscopat de l’Hexagone sur cette affaire délicate et douloureuse ? Affaire qui ne peut en aucun cas être l’occasion d’une attaque contre les institutions de l’Eglise, ni donner prise à de graves critiques sur sa méthodologie, au risque de rendre ces plaies encore plus douloureuses.

Et l’exemple allemand ?

Cette prise de conscience de l’anormalité du rapport de la CIASE devrait peut-être mener à se rappeler du rapport MHG des évêques allemands  plusieurs fois commenté dans FSSPX.Actualités. Ce document accusait déjà l’Eglise, et utilisait le mot « institutionnel », équivalent de « systémique ». Mais les réactions furent peu nombreuses, et n’empêchèrent pas la mise en place du Chemin synodal.

Ce synode a émis des propositions qui valent largement les recommandations de la CIASE. Elles ont déjà franchi plusieurs étapes, et sont en passe d’être votées et promues au rang de lois dans l’Eglise d’Allemagne, à charge pour chaque évêque de les concrétiser dans son diocèse.

Mais il semble qu’il soit plus facile de faire les gros yeux à l’épiscopat français qu’aux évêques allemands. Et Mgr de Moulins-Beaufort n’a pas la stature d’un cardinal Reinhard Marx ou d’un Mgr Georg Bätzing, l’actuel président de la Conférence épiscopale allemande.

Si cet épisode pouvait dessiller les yeux de Rome devant l’urgence de freiner ou de stopper le Chemin synodal, tout ne serait pas perdu. Mais il est sans doute trop tard pour une partie des fidèles allemands.