Le pape François en visite apostolique à Malte, les 2 et 3 avril 2022

26 Avril, 2022
Provenance: fsspx.news
Le pape François dans la grotte de Rabat où saint Paul trouva refuge

Le 10 février, Matteo Bruni, directeur de la Salle de presse du Vatican, avait annoncé : « Acceptant l’invitation du président de la République de Malte, des autorités et de l’Eglise catholique du pays, le pape François effectuera un voyage apostolique à Malte les 2 et 3 avril 2022 ». Cet Etat de 316 km2 est un archipel de huit îles dont quatre sont habitées, où 85 % de la population est catholique.

La capitale, La Valette, se trouve sur l’île de Malte. Le pape a visité La Valette, Rabat, Floriana, ainsi que l’île de Gozo et Hal Far. A son arrivée à l’aéroport de Malte, il a utilisé un élévateur pour descendre de l’avion. Sur le tarmac de l’aéroport, il montrait des difficultés à marcher.

Ne pas éteindre le rêve de vivre ensemble !

Devant les autorités et le corps diplomatique, le pape François a prononcé son premier discours au Palais des Grands maîtres, à La Valette. Dans ce pays où sévit la corruption, le souverain pontife a appelé à « renforcer les fondements de la vie commune, basée sur le droit et la loi. (…) L’honnêteté, la justice, le sens du devoir et la transparence sont les piliers essentiels d’une société civilement avancée », ils permettent d’« éradiquer le brigandage et la criminalité ».

François a également invité à préserver la terre de Malte « de l’avidité insatiable, de l’appétit d’argent et de la spéculation immobilière qui compromettent non seulement les paysages, mais aussi l’avenir ». Il a invité à mener les combats pour « la protection de l’environnement » et la « justice sociale », qui, selon lui, constituent « d’excellents moyens d’enthousiasmer les jeunes à la bonne politique, et de les éloigner de la tentation du désintérêt et du désengagement ».

Revenant une fois de plus sur le « phénomène migratoire qui marque notre époque », le pape a précisé « qu’il porte en lui les dettes des injustices passées, de l’exploitation, du changement climatique, et des conflits aventureux ». En réponse, « la Méditerranée a besoin d’une coresponsabilité européenne, afin qu’elle redevienne le théâtre de la solidarité et non l’avant-poste d’un tragique naufrage de la civilisation », a déclaré François.

Or dans son naufrage, saint Paul « était un homme qui avait besoin d’être accueilli », et aujourd’hui aussi, « la peur et le “récit de l’invasion” ne doivent pas prévaloir à l’égard de ceux qui traversent la Méditerranée en quête de salut. (…) L’autre n’est pas un virus dont il faut se défendre mais une personne à accueillir », a intimé le Saint-Père, « ne laissons pas l’indifférence éteindre le rêve de vivre ensemble », a-t-il repris inlassablement…

Sur ce sujet récurrent dans la bouche du pape, voir Nouvelles de Chrétienté : Dossier spécial « Le pape François et les migrants » (n°169, janvier-février 2018).

Dans l’après-midi de ce samedi 2 avril, le pape François s’est rendu sur l’île de Gozo pour prier au sanctuaire de Ta’ Pinu. Il y avait en ce lieu une petite chapelle abritant une peinture de la Vierge où, le 22 juin 1883, une jeune femme veuve, Carmela Grima, entendit une voix lui demandant de réciter trois Ave Maria, un pour chaque jour durant lesquels Jésus demeura au tombeau. Depuis lors, Ta’ Pinu est devenu un lieu de pèlerinage, et une église nouvelle a été érigée.

Faites “synode”, “marchez ensemble”

Au cours de la veillée de prière, organisée devant 3000 fidèles, François a dénoncé le déclin de la foi dans ce pays où le catholicisme est religion d’Etat. « La crise de la foi, l’apathie de la pratique religieuse, surtout dans la période post-pandémique, et l’indifférence de tant de jeunes à la présence de Dieu, ne sont pas des questions que nous devons “édulcorer” en pensant que, somme toute, un certain esprit religieux résiste encore.

« Parfois, en effet, l’échafaudage peut être religieux, mais derrière ce vêtement, la foi vieillit. L’élégante garde-robe des ornements religieux, en effet, ne correspond pas toujours à une foi vivante animée par le dynamisme de l’évangélisation. Il faut veiller à ce que les pratiques religieuses ne se réduisent pas à la répétition d’un répertoire du passé, mais expriment une foi vivante, ouverte, répandant la joie de l’Evangile, car la joie de l’Eglise c’est évangéliser. »

S’adressant à l’Eglise maltaise, évangélisée par l’apôtre Paul, le pape François a fait appel au Synode et à son processus de renouvellement : « Etre une Eglise qui met au centre le témoignage et non pas quelque tradition religieuse ; une Eglise qui veut aller à la rencontre de tous avec la lampe allumée de l’Evangile, et non pas constituer un cercle fermé.

« N’ayez pas peur de vous engager, comme vous le faites déjà, sur des chemins nouveaux, voire risqués, d’évangélisation et d’annonce qui touchent à la vie, car la joie de l’Eglise c’est évangéliser. » Il a ensuite enjoint les Maltais à développer l’accueil. « Parmi les dernières paroles de Jésus sur la Croix, celles adressées à sa Mère et à Jean nous exhortent à faire de l’accueil le style pérenne de la vie de disciple », a-t-il souligné.

« Frères et sœurs, faites “synode”, c’est-à-dire “marchez ensemble”. Car Dieu est présent là où règne l’amour ! (…) Voilà l’Evangile que nous sommes appelés à vivre : accueillir, être experts en humanité, allumer des feux de tendresse. » – Comme d’habitude, la religion musulmane de la majorité des migrants « à accueillir », ne retient guère l’attention de François.

L’hypocrisie et le vice de montrer du doigt peuvent s’insinuer dans la religiosité

Le dimanche 3 avril, le Saint-Père est allé prier à Rabat dans la grotte où l’apôtre saint Paul trouva refuge, après son naufrage sur l’île. Dans sa prière, il a imploré Dieu de nous aider à reconnaître de loin les besoins de ceux qui luttent au milieu des vagues de la mer. 

Le souverain pontife a ensuite rejoint Floriana, aux portes de La Valette, pour y célébrer la messe devant près de 20.000 fidèles parmi lesquels des Philippins, Indiens, des familles et des retraités ; 200 prêtres étaient présents.

Dans son homélie, il a dénoncé les accusateurs de la femme adultère : « ces personnes nous montrent que le ver de l’hypocrisie et le vice de “montrer du doigt” peuvent s’insinuer dans la religiosité même, de tout temps, en toute communauté. Le risque de mal comprendre Jésus existe toujours ; d’avoir son nom sur les lèvres mais de le démentir dans les faits. Et on peut même le faire en élevant les étendards de la croix. »

Il poursuivit en fustigeant ceux « dont l’apparence extérieure est parfaite mais auxquels il manque “la vérité du cœur”. Ils sont le portrait de ces croyants qui, de tout temps font de la foi une façade, manifestent une extériorité solennelle, mais qui manquent de la pauvreté intérieure, le trésor le plus précieux de l’homme. »

Le pape François a demandé aux fidèles maltais de garder conscience que Dieu « laisse toujours une possibilité ouverte et sait trouver à chaque fois des voies de libération et de salut. (…) Il n’y a pas de péché ni d’échec qui, lorsqu’on le Lui apporte, ne puisse devenir une occasion pour commencer une vie nouvelle, différente, sous le signe de la miséricorde. Il n’y a pas de péché qui ne puisse prendre cette voie. Dieu pardonne tout. Tout. », a-t-il martelé.

L’humanité, le chemin de la fraternité et de l’amitié sociale

Le pape s’est rendu enfin dans un centre pour migrants, dernière étape de son voyage à Malte. Partant d’une citation des Actes des Apôtres à propos de l’accueil réservé par les Maltais à saint Paul et ses compagnons naufragés : « Ils nous ont traités avec une rare humanité » (Ac 28, 2), François a voulu « partager un rêve. (…) Puissiez-vous, migrants, après avoir vécu un accueil riche d’humanité et de fraternité, devenir personnellement témoins et animateurs d’accueil et de fraternité. »

Il est très important, ajouta-t-il, « que dans le monde d’aujourd’hui les migrants deviennent des témoins des valeurs humaines essentielles pour une vie digne et fraternelle ». Et de conclure : « Voilà le chemin ! Le chemin de la fraternité et de l’amitié sociale. Voilà l’avenir de la famille humaine dans un monde globalisé. »