Le pape François souhaite se rendre à Moscou

09 Mai, 2022
Provenance: fsspx.news

C’est un pape âgé de 85 ans, immobilisé pour quelques temps en raison d’une déchirure de ligament, qui reçoit la journaliste Fiorenza Sarzanini en ce début du mois de mai 2022, pour faire le point sur la crise en Ukraine et sur une possible médiation de l’Eglise.

François ne cache pas son désir réitéré de se rendre à Moscou pour tenter une médiation de la dernière chance : « après vingt jours de guerre, j’ai demandé au cardinal Parolin [secrétaire d’Etat du Saint-Siège, NDLR] d’envoyer dire à Poutine que j’étais prêt à le rencontrer à Moscou. (…)

« Je n’ai pas encore eu de réponse, mais j’insiste toujours, bien que je craigne que Poutine ne puisse répondre positivement en ce moment, mais comment ne pas arrêter tant de brutalité ? Il y a vingt-cinq ans, nous avons vécu la même chose au Rwanda », explique le pontife argentin à la rédactrice en chef adjointe du Corriere della Sera.

Si le pape reconnaît que le maître du Kremlin exerce une grande responsabilité dans le déclenchement du conflit, il n’hésite pas néanmoins à apporter quelques nuances à et à évoquer l’attitude de l’OTAN dans ce dossier : « je n’irai pas jusqu’à dire que la colère de Poutine a été provoquée, mais plutôt facilitée », avance François.

Une façon pour lui de montrer qu’il demeure fidèle à sa position prise dès le début du conflit, consistant à dénoncer la violence sans désigner directement l’agresseur. Avec l’espoir, peut-être de laisser ouverte une éventuelle porte de sortie pour Vladimir Poutine.

Sur la question de la fourniture d’armements à l’Ukraine par les pays occidentaux, le pape avance à pas de velours : pas question d’approuver « le commerce des armes qui est un scandale contre lequel bien peu s’insurgent », mais le successeur de Pierre avoue ne pas pouvoir « répondre à la question de savoir s’il est juste d’approvisionner les Ukrainiens [en armes], car je suis trop loin ».

Lorsque Fiorenza Sarzanini lui demande si le chef de file de l’Eglise orthodoxe russe pourrait aider à résoudre le conflit, François fait un geste négatif de la tête et répond : « j’ai parlé à Cyrille [le patriarche de Moscou, NDLR] pendant quarante minutes via Zoom.

« Il m’a expliqué, papier en main, toutes les raisons qui justifiaient la guerre selon lui. Je l’ai écouté, et je lui ai dit : ‘mon frère, je ne comprends rien à tout ça, mais nous ne sommes pas des clercs au service de l’Etat, nous sommes pasteurs du même peuple saint de Dieu. Pour cette raison, nous devons chercher des voies de paix, pour mettre fin aux tirs d’armes à feu. »

Et le pontife romain de résumer : « le patriarche ne doit pas devenir un enfant de chœur de Poutine ». Et de confirmer que la réunion prévue en juin prochain à Jérusalem était abandonnée « d’un commun accord », en raison du « signal ambigu » que cela ne manquerait pas d’envoyer.

Sur un espoir de paix prochaine, et bien que le premier ministre hongrois lui ai dit que « les Russes avaient un plan, et que le 9 mai prochain tout serait terminé », François reste perplexe : « je suis pessimiste, mais nous devons faire tous les gestes possibles pour que la guerre cesse », confie-t-il.

En prenant congé de l’hôte de Sainte-Marthe, le pontife, qui ne pouvait pas se lever, adresse à son interlocutrice un dernier avertissement : « et surtout, vous les journalistes, ayez le souci d’enquêter sur les faits réels, et de raconter la réalité… »